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24 IMAGES AU FFM - OUVERTURE - par Marcel Jean

2011-08-19

    Elles sont loin derrière les années où les politiciens et les fonctionnaires boudaient le FFM et son opiniâtre directeur, l’impayable Serge Losique. Hier soir, sur le tapis rouge qui reliait le Complexe Desjardins à la Place des arts, les élus se succédaient, du maire de Montréal, Monsieur Gérald Tremblay (qui n’a pas trébuché), à la Ministre de la Culture féminine conditionnelle, Madame Christine Saint-Pierre (oui, je sais, son ministère ne s’appelle pas exactement comme ça), en passant par diverses personnalités du coin adverse: Madame Pauline Marois, Monsieur Bernard Landry, Madame Louise Harel (trois péquistes dans la même salle, quel cocktail explosif!).

    Lorsque tout le monde a été bien assis, le directeur à l’indévissable casquette noire a rendu un bref hommage à Ginette Reno - dont la filmographie est longue de quatre rôles - ponctué par un montage d’extraits qui s’est terminé par une séquence bien choisie de C’t’à ton tour, Laura Cadieux, où il était question à la fois de Catherine Deneuve et de Claude Lelouch, deux des grands invités du festival cette année. Ne manquait que Bertrand Tavernier qui, toutefois, était le seul du trio à être bien présent dans la salle.

    Une fois que les membres du jury présidé par l’Espagnol Vincente Aranda ont tous été présentés, le couple André Forcier et Linda Pinet est venu saluer le public et remercier les finances publiques avant la projection de leur dernier opus, Coteau rouge.

    Quel plaisir de retrouver Forcier en verve dans cette sympathique fresque d’un quartier populaire de la Rive Sud, où quatre générations de Blanchard cultivent la solidarité et un esprit d’entreprise particulier qui les font passer de la vidange de cadavres à la location de cordes à linge. On aura l’occasion de revenir plus longuement sur ce film, l’un des plus drôles et des plus accessibles de Forcier, qui s’inspire largement d’éléments autobiographiques. Pour l’anecdote, rappelons seulement que le couple Pinet-Forcier a eu une maison dans le chic quartier Collectivité nouvelle, où les cordes à linge étaient interdites, avant de retourner à Coteau rouge, le modeste quartier d’enfance du cinéaste, où Linda et André font pousser du raisin autour de leur piscine hors-terre.

    Hier soir, le public bien sapé du FFM a eu droit a une copie de travail de Coteau rouge: pas de générique final, ni d’étalonnage, quelques plans hors synchro... Certains s’en sont offusqués. Pourtant, à qui sait regarder et écouter, le film était bien là: le réalisme magique, le sens du grotesque, l’esprit d’invention, la tendresse, le jeu sur le fil du rasoir de Roy Dupuis et de Céline Bonnier... Le plus triste, c’est que si le FFM avait obtenu la projection d’une copie de travail du prochain Wong Kar Wai ou du prochain Kusturica, les même auraient célébré le coup de maître. Devant Forcier, fièrement debout sur la ligne de départ malgré les embûches et le manque de moyens, ceux-là rechignent. Je me souviens pourtant avoir vu, à Cannes, il y a de cela 25 ans, un film projeté en copie de travail remporter la Palme d’or. C’était The Mission, le film était arrivé en hélicoptère à la dernière minute dans un fouillis inénarrable, on avait annulé la projection de presse pour la remplacer par une projection où tous les spectateurs devaient se munir d’un billet... Ceux qui avaient pu entrer dans la salle étaient des privilégiés... Hier soir, André Forcier a fait confiance au public en lui montrant son film dans sa condition la plus fragile. C’est un honneur de l’avoir vu ainsi. Ceux qui ont rechigné là dessus ne méritaient tout simplement pas d’y être.

    Quelques suggestions pour le weekend: le documentaire Khodorkovsky, de l’Allemand Cyril Tuschi, portant sur l’ennemi numéro un de Poutine, ex-homme le plus riche de Russie aujourd’hui emprisonné (vendredi 19h, au Quartier Latin 9; samedi 12h10 au Quartier Latin 9), Playoff de l’Israélien Eran Riklis (samedi 11h20, à l’Impérial; samedi 21h30, au Théâtre Maisonneuve; dimanche 19h, à l’Impérial), Pitfall d’André De Toth, projeté dans le cadre des Coups de coeur de Bertrand Tavernier (samedi 16h20, au Cinéma ONF), Blinging de Steve Sanguedolce (samedi 16h50, au Quartier Latin 17), Cry Danger de Robert Parrish, autre Coup de coeur de Tavernier (dimanche 16h20, au Cinéma ONF).

Marcel Jean

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