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 24 IMAGES AU FFM – LE DÉBUT DE LA COMPÉTITION – par François Jardon-Gomez    

2011-08-22

LA LUMIÈRE AU BOUT DU TUNNEL

    Début de compétition en demi-teinte pour cette  35e édition du FFM : les cinéphiles sont au rendez-vous, mais pas toujours la qualité des films. Deux réussites (Coteau Rouge; Hasta la vista) pour trois œuvres plutôt moyennes (David; Life back then; Playoff). Par-dessus tout cela, une tendance: les films, lumineux ou pas, sont surchargés de musique.

    Commençons par les bonnes nouvelles, histoire de se réjouir un peu : le Forcier nouveau est un grand cru. Racontant la lutte pour leur survie des habitants d’un quartier défavorisé de Longueuil, Coteau Rouge est un conte doux-amer qui s’impose comme un des films les plus drôles de Forcier. Le récit des origines de la famille Blanchard, issue d’un esturgeon du Fleuve St-Laurent, introduit une dimension mythique qui éloigne le film du réalisme. Toutefois, ceci n’empêche pas Forcier d’ancrer son film dans le réel (ne retrouve-t-on pas de ces récits fondateurs extravagants dans toutes les familles ?), mais en se permettant un décalage salutaire (notamment par le jeu des acteurs, toujours à la limite du décrochage) qui lui est propre. À ce titre, la musique de Michel Cusson joue de ce décalage pour se faire par moment trop appuyée, sursignifiant les effets de Forcier. Personnages truculents, extravagance carnavalesque et irrévérence sont au rendez-vous (les couples Dupuis-Bonnier et Lepage-Laparé sont tout bonnement extraordinaires), mais aussi une tendresse qu’on n’attendait pas, surtout après le politique Je me souviens (bien qu’on retrouve une charge contre la gentrification des quartiers résidentiels dans Coteau Rouge, le discours social et politique est moins à l’avant-plan); là réside la force du cinéaste qui sait rester hors des sentiers battus. Coteau Rouge, bien que porté par une certaine naïveté (tout peut s’arranger en autant qu’on fasse preuve de solidarité, que les « petites gens » tiennent tête aux « smattes », qui seront de toute façon punis par la toute-puissance du clan familial) et peut-être à cause de cela, est un film lumineux, loin du désespoir et de la douleur qui pouvait caractériser l’œuvre du cinéaste (pensons à Night Cap).

    Autre bon  moment de cinéma : Hasta la vista, du Belge Geoffrey Enthoven, qui raconte le périple de trois amis handicapés qui désirent perdre leur virginité dans un bordel spécialisé en Espagne. Avec une prémisse de base qui sied habituellement aux films pour adolescents (pensez à American Pie), le film pouvait facilement mal tourner. Heureusement, Enthoven signe un road-movie sur les aléas de l’amitié hilarant et touchant à la fois : donnons crédit aux acteurs, qui livrent les dialogues souvent incisifs avec un superbe sens de la répartie. La réussite du film tient notamment à l’absence de complaisance du cinéaste envers ces personnages handicapés, qui sont tour à tour attachants et désagréables, capables d’une méchanceté parfois troublante qui donne un intéressant contre-point à la tendresse qui traverse le film. Enthoven aborde également, avec beaucoup de tact, des questions plus délicates : les handicapés peuvent-ils se permettre d’être plus cruels que les autres à cause de leur condition ? Bien évidemment, la réponse donnée par le film est négative (on ne réinvente pas toujours la roue), mais l’originalité du scénario et la finesse des dialogues font mieux passer la pilule du bon sentiment. Une mise en scène soignée, définie par un usage judicieux du gros plan et du plan d’ensemble, permet aux acteurs de donner leur pleine mesure à l’écran. Hasta la vista constitue, avec Coteau Rouge, le film le plus réussi depuis le début de la compétition.

    Le reste est moins réjouissant. David, premier long métrage de Joel Fendelman, aborde la question des préjugés entre les cultures religieuses. Le film pêche par excès de bons sentiments et n’apporte rien de nouveau sur les thèmes (culture, tradition, communauté, différence) qu’il approche timidement. La morale finale – l’important est de trouver un compromis entre le respect de sa tradition et l’ouverture à l’Autre – n’émeut guère et on se contentera d’apprécier l’interprétation sentie des enfants. Pour sa part, Life Back Then, dernier film de Takahisa Zeze, nous rappelle qu’une bonne idée ne fait pas un bon film. Deux jeunes adultes (un homme et une femme) se raccrochent à la vie en côtoyant la mort au travail : ils nettoient les maisons de défunts, triant les objets à détruire et ceux à redonner à la famille. Malgré quelques bons moments (les flash-backs douloureux du jeune homme ou ce joli travail de mise en scène alors que la caméra est toujours un peu en mouvement, épousant l’instabilité des personnages), Life Back Then devient rapidement un film sirupeux (cette musique insupportable!) qui perd tout intérêt dans ses dernières trente minutes. Dommage. Le film le plus intéressant du deuxième jour de la compétition fut plutôt un court métrage, Dans le cadre du Français Philippe Lasry, qui présente les mésaventures d’une actrice lors d’une audition. Lasry aborde de manière intelligente et drôle l’artificialité du cinéma, surtout lorsqu’il est question d’émotions à transmettre à l’écran (ici, l’actrice doit pleurer sans en être capable).

    On attendait également mieux de la part d’Evan Riklis (un habitué du festival, gagnant du Grand prix des Amériques en 2004 avec La fiancée syrienne), dont la dernière œuvre, Playoff, est décevante. Film convenu mené par un scénario d’une mollesse navrante, dialogues qui tombent à plat, mise en scène sans relief (toutes les scènes sont filmées de manière identique, qu’il s’agisse d’un dialogue ou d’un match de basketball), musique omniprésente qui empêche le spectateur d’appréhender les scènes, Riklis manque son coup en voulant mélanger Histoire et politique à un drame sportif aux rebondissements prévisibles qui n’a rien à envier à Hollywood.

    En terminant, quelques suggestions pour les prochains jours : The Law of Attraction de Tianyu Zhao (lundi 11h20, Impérial; mardi 16h30, Impérial), This is not a Film de Jafar Panahi, dernier film du cinéaste réalisé alors qu’il était en résidence surveillée (lundi 14h30, Quartier Latin 9; mardi 16h50, Quartier Latin 9), Rent Boys de Rosa von Praunheim (lundi 19h, Quartier Latin 9), La conquête de Xavier Durringer sur l’élection de Nicolas Sarkozy (mardi 19h, Impérial) et La Run (mardi 9h, Impérial; 19h, Théâtre Maisonneuve).

François Jardon-Gomez


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