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24 IMAGES AU FFM – AVANT LE SPRINT FINAL - par François Jardon-Gomez

2011-08-26

DU PAREIL AU MÊME    

    C’est un peu le sentiment qui m’anime en voyant ces films pour la plupart moyens, ni complètement ratés ni complètement réussis, rattachés les uns aux autres par une pléthore de bons sentiments dont on ne sait que faire (le mot d’ordre de cette année semble être : « Ne craignez rien, la vie ira mieux même si elle est parfois difficile. » ) Sans parler de l’omniprésence de la musique, peut-être l’aspect le plus enrageant de la compétition. C’est à se demander d’où vient cette tendance, qui ne semble d’ailleurs pas exclusive au FFM, un peu comme si les cinéastes craignaient de laisser l’image et la parole signifier par eux-mêmes, comme s’il fallait à tout moment les accompagner pour que le public comprenne ce qui se passe à l’écran. Ce faisant, on lui refuse, à grands coups de violons ou de musique indie, la possibilité d’appréhender une scène et de s’en imprégner convenablement. N’en jetez plus, la cour est pleine ! disait le poète. Si certains films se distinguent par la qualité de leur mise en scène, notamment La Run, du Québécois Demian Fuca, et The Law of Attraction, du Chinois Zhao Tianyu, ils perdent cependant de leur intérêt à cause de nombreuses faiblesses : thèmes et thèses éculées, jeu inégal des acteurs, montage qui manque de rythme, problèmes de tons… la compétition est majoritairement composée de films mal maîtrisés et rapidement oubliés.      

    Heureusement, ici et là surgissent des films qui s’éloignent de cette vision (trop) optimiste du monde (La Run et Black Thursday, du Polonais Antoni Krauze, le font aussi, mais ils sont nettement moins réussis). L’attendu L’art d’aimer, dernière offrande d’Emmanuel Mouret, est de ceux-là. Le réalisateur poursuit dans sa veine d’un cinéma de la parole et du dialogue – avec tout le lot de sous-entendus, malentendus et imbroglios que peut laisser supposer le marivaudage –, au charme suranné, porté par des acteurs impeccables qui prennent manifestement plaisir à décliner à l’écran les aléas de l’amour et du désir. Le film s’attarde particulièrement au moment précis où l’on tombe amoureux, celui où une petite musique se fait entendre en nous. Cette musique, au centre même du film (la première citation qui ponctue le film, truffé de références littéraires, l’annonce : « Il n’y a pas d’amour sans musique ») contribue efficacement au ton des scènes; si elle est omniprésente, on le pardonne au cinéaste parce qu’il en fait le point focal de son œuvre. Mouret laisse sans vergogne ses personnages (et le public) en plan : pas question de donner un mode d’emploi sur l’art d’aimer (le titre est d’ailleurs emprunté à une œuvre d’Ovide, tout comme une des citations), mais plutôt de présenter un chassé-croisé de segments qui renvoient le spectateur à sa propre conception de l’amour, du couple, du désir et de la liberté. Somme toute un film charmant, drôle et bien écrit, à la mise en scène plus travaillée qu’Un baiser s’il vous plaît ou Changement d’adresse, comme en témoignent les plans-séquences millimétrés ou ces gros plans juste assez appuyés (surtout dans la partie entre Ariane Ascaride et Philippe Magnan).     

    Autre réussite que The Fire, de l’Allemande Brigitte Maria Bertele, un film dur qui relate les difficultés d’une femme violée à obtenir justice. Mise en scène sobre (même lors des scènes plus violentes), acteurs solides et usage intelligent de la musique (une fois n’est pas coutume) sont autant d’éléments qui contribuent à cette réussite. Bien que le film comporte certaines invraisemblances (l’avocat d’abord haï devenant subitement le seul confident et allié de Judith, un manteau compromettant et fort visible que personne ne remarque), The Fire, en conviant le spectateur à suivre Judith dans l’abîme de son obsession et de son incapacité à oublier le viol (les preuves ne sont pas assez concluantes et le violeur ne sera pas poursuivi), échappe judicieusement au schéma type de la victime cherchant vengeance – et devenant monstre à son tour – pour s’attarder au désespoir de cette femme qui ne peut qu’entraîner son agresseur dans sa folie pour le forcer à se compromettre. Lentement, de manière méthodique, la réalisatrice signe un film ponctué de scènes fortes qui captent la fragilité humaine.     

    Petit détour hors de la compétition pour attraper 17 filles, premier film de Muriel et Delphine Coulin, présenté lors de la Semaine de la critique à Cannes, qui raconte l’histoire de 17 lycéennes qui décident d’avoir un enfant en même temps. Évidemment, c’est le choc. Parents, professeurs, camarades de classe, (presque) personne ne les comprend. Mais elles sont frondeuses (il faut voir leur regard haut), rêveuses (« On n’empêche pas une fille de rêver » dira l’une d’elles) et désirent plus que tout changer le (leur) monde, revendiquant haut et fort leur droit à la liberté (la loi interdisant aux parents de forcer une mineure à avorter). C’est filmé doucement, avec grâce (ces gros plans qui s’attardent délicatement au corps de ces jeunes filles, du grain de la peau aux yeux, les plans fixes indiquant le désœuvrement de toute une génération de jeunes à Lorient), ponctué de traits d’humour (entre autres la visite en groupe à la pharmacie), mais aussi de moments sombres : inévitablement, la peur et le doute s’installent, tout ne peut pas bien finir. 17 filles montre habilement ce clivage entre deux générations, l’une prise dans sa morosité, incapable de s’expliquer un tel choix et refusant toute responsabilité (superbe scène entre parents et professeurs qui rejettent la « faute » les uns sur les autres), et l’autre qui ne demande qu’à s’émanciper, fût-ce de manière paradoxale. (Signalons que 17 filles est projeté une dernière fois ce vendredi, à 15h10, au Quartier Latin 10.)     

    Après les fleurs, le(s) pot(s) : encore une fois, plusieurs bobines sont de mauvaise qualité (The Law of Attraction, le film iranien Here Without Me; The Fire) – soit abîmées ou ayant des problèmes de son –, sans parler des sous-titres bourrés de faute (la palme revient au navrant Black Thursday). Admettons que tout cela manque de sérieux pour un festival d’ampleur internationale. Il manque également à cette édition du FFM une ambiance particulière. Problème récurrent, me direz-vous. Si les séances de la compétition sont généralement bien remplies (bien qu’on déplore toujours l’absence d’un public jeune), du moins à l’Impérial – une si belle salle qui attend toujours d’être ressuscitée et qui le mériterait bien –, le quartier général du Hyatt est plutôt vide. On ne ressent ainsi aucune fébrilité qui irait au-delà de la volonté de certains festivaliers à courir pour voir le plus de films possible.      

    Suggestions du vendredi : Ces amours-là, le dernier Lelouch (Impérial, 19h10) ainsi que la leçon de cinéma donnée par celui-ci (Quartier Latin 9, 14h30, précédée du documentaire D’un film à l’autre), Tiempos Menos Modernos (Quartier Latin 12, 16h50), Fils unique du Belge Miel Van Hoogenbemt (Quartier Latin 13, 21h30), Marcel Ophüls et Jean-Luc Godard, la rencontre de St-Gervais (Quartier Latin 9, 17h40) et Cinco metros cuadrados (Impérial, 11h20; Théâtre Maisonneuve, 21h30). 

François Jardon-Gomez
 

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