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24 IMAGES AU FFM – FIN DE LA COMPÉTITION – par François Jardon-Gomez

2011-08-28

L’ESSOUFLEMENT

    C’est sur les genoux que l'on termine notre visite de la compétition officielle de la 35e édition du FFM. L’affluence est restée généralement la même durant les derniers jours (malgré une salle à moitié vide pour The Mole), le beau temps et le début de la fin de semaine n’ont pas eu raison de la ténacité des festivaliers, même si la fin de la compétition ne les gâtait pas. D’autant plus que la tentation était grande d’aller voir ailleurs avec la visite de Lelouch (et la présentation de son dernier film) vendredi, la présentation d’un documentaire sur Godard et Marcel Ophüls vendredi et samedi et la dernière présentation de 17 filles samedi. Bref, la compétition avait bien pâle allure dans les derniers milles.

    Five Square Meters, de l’Espagnol Max Lemcke, The Mole, du Polonais Rafael Lewandoski, et What a Beautiful Day, de l’Italien Gennaro Nunziante, pêchent tous par manque de subtilité dans la manière. Mise en scène sans inventivité, dénouement sans surprise, acteurs peu convaincants, il n’y avait rien à se mettre sous la dent de ce côté. Si Lewandoski essaie d’appréhender le malaise de la jeune génération polonaise face aux années du communisme, son esquisse de relation père-fils ne se révèle pas plus travaillée qu’à première vue. Le plus affligeant est par contre le film de Nunziante – qui a pulvérisé les records italiens du box-office l’an dernier – qui se veut une comédie politiquement incorrecte, mais dont les gags ne dépassent pas le ras des pâquerettes. Les gags sont convenus (une musulmane à qui on fait manger du porc, on n’y avait pas pensé !), la relation amoureuse typée (une terroriste doit charmer un garde de sécurité malhabile, mais tombe amoureuse de celui-ci) et la charge sociale à laquelle prétend le film, particulièrement contre la corruption qui fait rage en Italie, n’est pas assez appuyée pour convaincre. Et What a Beautiful Day est une comédie de situation qui tire un peu partout en même temps (corruption, politique, religion, terrorisme), mais qui n’est ni assez outrancière (comme celle de Forcier) ni assez bien écrite (comme celle de Mouret) pour être une réussite.

    Chronicle of my Mother, du Japonais Masato Harada, est cependant venu sauver la mise samedi après-midi. Adaptant un récit autobiographique du grand écrivain Yasushi Inoue sur les dernières années d’une femme qui perd petit à petit la mémoire, Harada aborde avec délicatesse les questions d’abandon et d’oubli dans les rapports familiaux. De belle facture (superbe direction photo qui enveloppe les personnages dans un clair-obscur propice au dévoilement du passé, utilisation efficace des inserts et gros plans sur les mains et visages des acteurs), le film suit une chronologie classique pour montrer les tentatives du fils, Kosuke, de faire la paix avec ses souvenirs et sa mère, dont le tempérament s’aggrave au fur et à mesure qu’elle sombre dans la sénilité. Porté par la performance époustouflante de Kirin Kiki dans le rôle de la mère « mi-sénile, mi-comédienne », Chronicle of my Mother est un film qui s’impose avec douceur, sans esbroufe, et qui clôt la compétition sur une belle sérénité. Soulignons qu’il sera présenté une dernière fois dimanche après-midi à l’Impérial, à 16h00.

    Alors, qu’en est-il au final de cette compétition ? Quelques bons coups (Coteau Rouge, L’art d’aimer, The Fire, Hasta la vista, Chronicle of my Mother), parmi lesquels les films de Forcier et Mouret font figure de favoris, mais surtout plusieurs films moyens qui ne donnent pas au FFM la stature à laquelle il voudrait accéder. Outre cette vision « optimiste » du monde qui traverse la compétition, nous avons aussi eu droit à des œuvres abordant des rapports troubles au passé (qu’il soit historique, comme dans Black Thursday, The Mole, Once upon a Time there lived a Simple Woman, Playoff, Lessons of a Dream ou thématisé en tant que souvenir douloureux auquel les personnages doivent faire face dans The Fire, A Family of Three, Tatanka, Life Back Then et Chronicle of my Mother) - autant de films qui regardent en arrière pour mieux appréhender le présent. Le deuil aura aussi été au centre de bien des propositions, mais sans qu’on aborde la question de manière originale. Manque d’originalité et d’audace derrière la caméra, voilà peut-être ce qui aura fait le plus défaut cette année. Au final, un festival en demi-teinte où les surprises n’auront pas été assez nombreuses.

    La compétition du FFM 2011 aura également été l’année des performances féminines: Maja Schoene (The Fire), Negar Javaherian et Fatemeh Motamed-Arya (Here Without Me), Nana Eikura (Life Back Then), Kirin Kiki (Chronicle of my Mother), Céline Bonnier et Louise Laparé (Coteau Rouge), Frédérique Bel et Julie Depardieu (L’art d’aimer) illuminent l’écran et sauvent, dans certains cas, leurs films de la médiocrité.

      En terminant, quelques suggestions pour dimanche : outre Les yeux de sa mère, film de clôture de Thierry Klifa (Impérial, 10h; Théâtre Maisonneuve, 19h), on pourra revoir Salt White, du Georgien Keti Machavariani (Quartier Latin 13, 10h), Hasta la vista (Quartier Latin 9, 14h30), The Fire (Quartier Latin 15, 14h50) et The Good Neighbour de l’Allemand Stephan Rick (Quartier Latin 11, 16h50).

François Jardon-Gomez

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