Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

DES RESTES DU FESTIVAL DES FILMS DU MONDE

2007-08-30

Des restes du FFM

    De retour à nos moutons après de fort satisfaisantes vacances, nous nous retrouvons plongés en plein Festival des Films du Monde. Comme toujours, quelques perles à y découvrir, mais dans l'ensemble c'est surtout la survie d'un événement quasi sous respirateur qui marque. On admire facilement la ténacité, mais qui pourrait encore s'extasier sur la direction artistique du tout tant l'impression d'éparpillement, de poudre aux yeux et de laisser-aller domine. Triste situation.

    Tiens, nous parlions de perle du festival. Celle-ci y a été présenté samedi dernier et prend l'affiche ce vendredi. Lady Chatterley de Pascale Ferran (Petits arrangements avec les morts), gagnant de 5 césars dont ceux du meilleur film et de la meilleure actrice pour Marina Hands, apportant encore une fois la preuve qu'on peut bien reprocher ce qu'on veut à la France, mais pas le fait de ne pas savoir prendre son cinéma au sérieux. Se réapproprier ainsi une oeuvre ayant été fort maladroitement adaptée auparavant (notamment dans un véritable sommet de l'érotico-kitsch), réussir à évoquer l'amour et la sexualité avec à la fois tant de simplicité et de noblesse, faire de moments aussi délicats un vrai film de cinéma à la puissance et à la force indéniables, le défi était grand: Pascale Ferrand l'a relevé avec brio et sensibilité. On se souvient également de son discours intelligent et profond prononcé à la cérémonie des césars (reproduit ici). Ambitieuse, pointue, érotique et échevelée, l'œuvre adaptée de D.H. Lawrence a été copieusement et superbement commentée dans les pages de la revue 24 Images par Marie-Claude Loiselle, on vous y renvoie avec plaisir.

    Pour le reste, on serait tentés de passer assez rapidement notre chemin. Rien d'emballant en effet dans ce Scorpion, où Clovis Cornillac, un des acteurs français les plus malléables du moment, se transforme en boxeur thaï pour patauger dans une série B glauque et poisseuse convenant bien mal à cette douce fin d'été. Même sentence pour les deux livraisons, désormais hebdomadaires de cinéma gore, avec ce remake d'Halloween (John Carpenter, 1978) signé Rob Zombie. Ouh, l'histoire est « vraie », ouh, Michael Myers a vraiment une face de psychopathe, ouh on a peur.

    On se demandera aussi ce que Kevin Bacon et John Goodman, trop rares, ont bien pu aller faire dans cette galère nommée Death Sentence (James Wan, réalisateur des Saw 1 et II) qui remange à la sauce d'aujourd'hui le thème de la vengeance qu'incarnaient de façon si nauséabonde Charles Bronson et sa moustache.
Toujours aussi peu excitant, la comédie romantique française Prête-moi ta main, réunissant l'improbable couple Alain Chabat-Charlotte Gainsbourg pourra tout de même réveiller avec assez d'honnêteté notre fleur bleue intérieure. D'autant que pour revoir Bernadette Lafont au cinéma, comme ici, on serait prêt, il est vrai, à beaucoup de bassesses.

    Histoire de vérifier que notre planète, décidemment la pauvre, va bien mal, c'est un scandale, personne ne fait rien, on pourra bien jeter un œil à La 11ème heure, documentaire réalisé par Nadia et Leila Conners, abordant les grands problèmes du monde par le prisme d'entretiens avec 70 scientifiques, intellectuels et dirigeants politiques, et bénéficiant surtout d'une arme de promotion massive : la présence à la production de Leo-jesuisleroidumonde-DiCaprio, fer de lance de cette nouvelle tendance lancée par quelques acteurs américains : la célébrité peut nous aider à faire avancer le monde. Fallait l'oser!

    Pour  davantage de viande, on se laissera plus facilement guider par Sweet Mud, second long du scénariste et réalisateur israëlin, Dror Shaul, primé à Sundance qui nous emmène dans un kibboutz en 1974 pour suivre le destin d'un garçon de 12 ans, seul homme de la famille, chargé de veiller sur sa mère psychologiquement instable. On a déjà vu plus gai.

    À noter également la reprise au cinéma du Parc de Killer of Sheep, réalisé par Charles Burnett en 1977, drôle d'objet en noir et blanc filmé pour presque rien dans le quartier de Watts et traversé de quelques fulgurances poétiques admirables. Le reste du film laisse, par contre, pantois.
 
     Petit retour par le FFM pour notre film de la semaine, où il était présenté en compétition officielle. Toi, troisième long-métrage de François Delisle, après Le Bonheur est une chanson triste réunit un trio d'acteurs indiscutables, Anne-Marie Cadieux, Marc Béland et Laurent Lucas pour une plongée dans ce que les histoires d'amour peuvent avoir de plus rude.

    Finalement, c'est encore au FFM qu'on aura déniché les films les plus excitants de la semaine.
 
 Helen Faradji

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.