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Films de la semaine

COTEAU ROUGE - critique d'Éric Fourlanty

2011-09-08

SUR LA BONNE PENTE

    Les dernières nouvelles que nous ayons eu d’André Forcier, c’était Je me souviens, en 2009, film aux multiples facettes, en noir et blanc. Plus linéaire, Coteau Rouge est plutôt de la famille de L’eau chaude, l’eau frette, en couleurs et coloré, romantique et truculent. Une comédie bon enfant, enracinée dans des préoccupations sociales, sans qu’elles prennent le dessus sur le plaisir. Visiblement, le cinéaste s’amuse, et nous aussi.

    Après un plan d’ouverture sur un ciel qui s’étend à perte de vue au-dessus d’un lac, Je me souviens débutait avec une discussion entre un jeune garçon et ses parents, dans un canot. Après un plan d’ouverture dans les algues d’une rivière aux eaux glauques, Coteau rouge s’amorce sur une discussion entre un adolescent et son père, dans une chaloupe. Même décor, même situation, mais ambiance radicalement différente. En effet, si le premier était un film d’époque campé dans les immensités abitibiennes, celui-ci se déroule dans les maisonnettes d’un quartier populaire du Vieux-Longueuil. Le ton est léger, le rythme, toujours aussi soutenu, et le scénario, signé par Forcier, Linda Pinet et Georgette Duchaine, défile à la cadence d’une sitcom les péripéties comico-tragiques d’une poignée d’êtres humains des bords du Saint-Laurent. 

    L’une des grandes forces de Forcier, c’est de réussir à installer une pléiade de personnages en peu de temps, sans hiérarchie évidente de prime abord, et sans qu’aucun ne soit caricatural ou bâclé. Dans Coteau Rouge, au bout de quelques minutes, on connaît déjà une bonne dizaine de caractères (anglicisme assumé, tant ces protagonistes sont des « caractères » plutôt que des personnages), sans qu’on sache encore autour duquel l’histoire va tourner. Et c’est bien parce que celle-ci gravite, circule et zigzague autour de cette joyeuse équipe au complet qu’on ne le sait pas tout de suite. 

    Au cœur de l’intrigue, il y a tout de même le clan Blanchard. L’aïeule fut un esturgeon géant (nous sommes chez Forcier, ne l’oublions pas!), le patriarche (Paolo Noël) est un ancien vidangeur de cadavres, son fils (Gaston Lepage), un garagiste fou de pétanque et de sa femme (Louise Laparé), mère porteuse pour leur fille (Céline Bonnier), elle-même mariée à un promoteur immobilier véreux (Roy Dupuis), et sœur d’un boxeur déchu (Mario Saint-Amand) qui ne vit que pour sa femme qui a le cancer (Hélène Reeves) et leur fils adolescent (Maxime Desjardins-Tremblay). À travers tout ça, on a aussi eu le temps de faire la connaissance de la nouvelle « factrice » (Sandrine Bisson) et de la jeune voisine de la fille Blanchard (Bianca Gervais), mariée à un joueur de hockey (Anthony Lemke).  Sans parler des petits rôles tenus par France Castel, Charlotte Laurier, Pascale Montpetit, Francine Ruel et Donald Pilon. Y a du monde à la messe païenne! 

    Avec le côté direct et carré des téléromans et la fluidité fleurie des conteurs-nés, Forcier tricote les fils de son histoire avec un redoutable doigté, comme une araignée tisse sa toile, jusqu’à ce que la destinée, inéluctable et tragique, ne fasse son œuvre. Après tout, le destin avec un grand D n’est pas l’apanage des dieux et déesses de l’Olympe. Les Longueillois et Longueilloises, eux aussi, y ont droit! 

    C’est dans ce mélange de trivialité et de mythe que Forcier rejoint les Tremblay, les Pagnol, les Altman. Et, pour la première fois, avec une légèreté qui, bien que menée avec beaucoup de sérieux, indique que l’ex-enfant terrible du cinéma québécois, le Fellini made in Qwebec évolue, à 64 ans, comme les plus grands, fidèle à lui-même et sans rien à prouver. 

Éric Fourlanty

La bande-annonce de Coteau rouge: