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Écrans

ENFIN L'AUTOMNE - critique de Juliette Ruer

2011-09-08

     Premier long métrage canadien à être distribué sur YouTube, Enfin, l’automne fait parler de lui depuis le 4 septembre, date de sa mise en ligne et de sa projection simultanée au Festival Off-courts de Trouville. Le film est autofinancé par Patrick Boivin et Olivier Roberge, co-réalisateurs.  Les acteurs n’ont pas été rémunérés, les musiciens ont échangé leur musique contre une place au générique, et le film n’est pas commercialisé. De Patrick Boivin, membre des autodidactes de Phylactère Cola, on aime les idées, le sens du montage et de l’histoire, et ses animations marrantes où trônent quelques Iron Man et autres Transformers.

    Ceci résumant la carte de visite de l’œuvre, on s’installe devant l’ordi, on tape YouTube, on écrit Enfin l’automne, on choisit le format désiré et c’est parti pour 70 minutes de film. J’hésite encore à savoir si ce film est du cinéma dans son approche la plus dénudée (l’art pour l’art, pas de commerce, un spectateur seul face à une œuvre) ou si c’est la version asséchée de la chose : zéro partage, zéro moment privilégié, zéro mise en situation cinéma. On passe son temps sur YouTube, voilà juste un clip un peu plus long que les autres.

    Une hésitation qui a certainement rapport avec le contenu : le film est sympa, on le prend pour ce qu’il est, une agréable surprise, une petite marche en ville. Mais sans plus. Voici un triangle amoureux qui laisse la jolie part aux acteurs, qui se partagent tous de nobles sentiments dans un Montréal presque quatre saisons. Le beau gosse tient un café, son copain fait du théâtre de marionnettes dans le parc et la fille retape des vieux meubles. L’amour s’en mêle. Nobles sentiments, car les liens qui se tissent et se dénouent le font sans heurts, sans vrais jaloux, sans larmes et sans revanche; pas de grosse déception, juste de l’amitié super cool et de l’amour sans tendresse. Über Plateau, le truc. Beyond Mile End.

    Déformation du court ? L’intérêt réside dans les scènes, et non dans l’ensemble. Chaque scène a sa cadence et ses sommets, rythmée par des regards, quelques mots, les sentences d’un prêtre anglo ou l’évaluation d’un fauteuil dans une ruelle. Mais mises bout à bout, cela donne une chronique urbaine sans véritable souffle, où l’on surfe sur une humeur égale, avec des dialogues et un scénario qui ne font pas de vagues. Dans la même veine urbano-errante, The Favourite Game de Bernar Hébert laisse des traces depuis 2003.

    La dose de branchitude bon enfant de ce film donne certes une image de Montréal que les bobos de la planète nous envient. Montréal, ville moyenne avec érables qui changent de couleur et grands parcs, ruelles et vélos; artistes grands enfants aux cœurs tendres, rois du système D et des amours cool.

    Ça vaut quand même la peine de payer pour s’assoir dans un fauteuil pour le voir…

Juliette Ruer

Enfin, l'automne: