Format maximum

Plateau-télé

VIAN 46-59 - par Robert Lévesque

2011-09-15

    Ce serait chouette de pouvoir passer un coup de fil au Bison ravi, là-haut. Le réveiller en décalage stellaire, le jeter au bas de son nuage en pantalon (dessiné par Maïakovski) pour lui apprendre que Juliette Gréco est si remontée du faciès que ça lui coûte la peau des fesses et qu’elle ne veut toujours pas crever…, seule survivante du Tabou. Lui dire aussi que, si les socialos ont voté la semaine des 35 heures, personne n’a encore inventé la journée de deux heures…, et que les soucieux socialistes ont maintenant bien des soucis avec c’lui qu’a mis son zob dans des coinstots bizarres…, bref que, si les journaux en couleur existent et que l’homme est allé voir si la lune a un côté pointu (elle n’en a pas !), la grenouille bancroche vient tout juste d’ouvrir ses bras à son Ourson, l’Ursula.
 
    Mais, non monsieur non madame, vaudrait peut-être mieux pas sur nos téléphones à clavier composer son numéro ancien, au Boris Godounov Vian, le Godounov de sa maman mélomane qui aimait tant l’opéra, quand lui préférait le jazz et la java des bombes atomiques, car on n’aurait que des mauvaises nouvelles à lui refiler au Bison des anciens « bœufs », lui dire que le soleil est froid de plus en plus, que le fond vert de la mer ce n’est plus ça du tout, qu’il y a des marées noires partout et des maladies transmises sexuellement qu’on attrape ici-bas…
 
    Oui, mais, tout de même, on pourrait lui apprendre au fortiche germanopratin, s’il ne le sait pas encore, qu’il est bel et bien entré dans la Pléiade, le palace, le Lutetia des lettres  sis rive gauche et dans lequel établissement, rangé entre Verlaine et Vigny, entre un pilier de bar et un lecteur de la Bible, il peut maintenant, pour le restant de sa mort, loger gratos dans des draps de papier missel et danser à jamais avec Hildegarde… pour que ce soit toujours lui qu’on regarde, encore, lui, le snob, qui peut maintenant faire admirer aux anges son suaire de chez Dior
 
    C’est bizarre, se dira-t-il, le pléiadisé posthume, puisqu’en 1946 c’est un curaillon, l’abbé Jean Grosjean, qui l’avait coiffé au poteau en allant chercher devant lui le prix de la Pléiade que « Jean-Sol Partre » lui avait pourtant promis pour L’écume des jours. C’était dans la poche, 100,000 francs anciens, lui susurrait « l’agité du bocal » (au fait, m’sieu Boris, saviez-vous que c’lui qu’avait baptisé l’agité du bocal le philosophe du Flore et du Castor a cassé sa pipe tout juste un an ou deux après vous, à Meudon avec ses chiens, son perroquet et sa Lucette, qui vit encore sa Lucette, à 99 berges ; j’imagine que, là-bas, dans ses enfers et son bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline, même pas veuf, n’a pas pu vous joindre dans vos andains…, c’eût été trop de trouble…).
 
    Bref, trêve de pastiches et mélanges, on s’amusera ferme ce jeudi 15 septembre à 20 heures sur TV5 en regardant V comme Vian pour revivre le temps béni du Vian d’après-guerre, les années zazous qu’étaient moins connes que les années yé-yé, la chemise à carreaux sera de rigueur, on descendra la télé à la cave, on enfumera le tout, on enfilera le piccolo, on tuera tous les affreux et personne, personne, ne viendra cracher sur votre tombe, mon cher Boris. Juré craché !
 
Robert Lévesque

P.-s. : Ursula Kubler-Vian est morte le 18 janvier 2010, Henri son cher « Salvaduche » le 13 février 2008 et les chiens noirs du Mexique dorment (toujours) sans rêver

Un extrait de V comme Vian: