Format maximum

Blogues

Bernard Lutz (1944-2011)  L’ARCHIVISTE, LE CINÉPHILE, LE COMPLICE - par Marcel Jean

2011-09-15

    C’était un homme discret, d’une extrême gentillesse, curieux et généreux, qui aimait et connaissait remarquablement le cinéma, qui se faisait un plaisir d’aider les chercheurs, les professeurs, les critiques, les cinéastes aussi... « Ce Monsieur aimait les créateurs et gardait avec soin et affection les archives de l’ONF », écrivait la cinéaste Julie Perron sur la page Facebook de 24 images, à l’annonce de son décès. Carol Faucher, qui l’a côtoyé quotidiennement à l’ONF pendant 25 ans, va dans le même sens: « Bernard Lutz n’était pas qu’un employé de l’ONF. Il était aussi un cinéphile passionné, conscient de faire partie de la grande équipe d’une institution unique dans laquelle oeuvraient des cinéastes et des artisans du cinéma dont il connaissait le travail et dont il se sentait solidaire. » 

    Bernard Lutz faisait partie de ces travailleurs de l’ombre qui soutiennent avec modestie, patience et passion une cinématographie. Avec enthousiasme, il avait collaboré à la première édition du Dictionnaire du cinéma québécois, en 1988, écrivant principalement des textes portant sur des personnalités moins connues du public. L’historien du cinéma québécois Pierre Véronneau, qui a bénéficié de la collaboration de Bernard Lutz  dans ses recherches pendant une vingtaine d’années, en garde un excellent souvenir: « Il n’avait pas une approche bureaucratique de son travail, il essayait constamment de te faciliter la tâche. Il aimait l’ONF et était préoccupé que s’écrivent des choses fondées, approfondies, intelligentes sur l’organisme. En fait, sa volonté d’améliorer la connaissance de l’ONF était telle que lorsqu’il reconnaissait quelqu’un qui pouvait aller dans le sens de cet objectif, il en prenait soin. » 

    Le cinéaste Denys Desjardins, réalisateur de plusieurs films sur l’histoire du cinéma québécois, a lui aussi profité de l’expertise précieuse de l’archiviste. « J’ai été très proche de Bernard, je l’ai même filmé dans Mon œil pour une caméra (ONF, 2001). Dans le silence comme dans la parole, il m’a beaucoup appris sur ce curieux métier de collectionneur de documents.  Encore aujourd’hui, je suis en montage à l’ONF et le travail de Bernard me permet de raconter le passé. Sans lui, une partie de notre mémoire serait amnésique…» 

    Pour Pierre Véronneau, il ne fait pas de doute que « l’histoire de l’ONF n’aurait pu être écrite de façon aussi complète sans Bernard Lutz. Il a contribué à transformer la nature des publications portant sur l’organisme. De toutes les institutions fédérales, l’ONF est peut être celle dont l’histoire est la mieux documentée. Cela, c’est en partie grâce à Bernard, qui a mis les archives papier de l’ONF dans un ordre et une accessibilité exemplaires. Il s’occupait de ses clients davantage que de ses boîtes, de sorte qu’il pouvait aller jusque dans les bureaux des producteurs pour trouver la réponse à une question. » 

    Ceux qui ont beaucoup travaillé avec Bernard Lutz voyaient en lui non seulement un collaborateur, mais un complice. Carol Faucher se rappelle « la création de La collection Mémoire (1998-2009) dont les objectifs étaient de mettre en valeur les œuvres de cinéastes ayant œuvré à l’ONF en regroupant leurs films en coffrets — d’abord VHS puis DVD – avec suppléments et livret.  Ces projets, tributaires en partie de ses archives, l’emballaient autant que nous. Combien de fois nous a-t-il même devancés dans notre travail? Non seulement savait-il répondre promptement à nos demandes, mais il menait ses propres recherches en parallèle aux nôtres, nous rapportant avec fierté parfois des photos, des notes de service, des critiques, des textes dont nous ne soupçonnions pas l’existence et qu’il gardait précieusement dans quelques classeurs de son bureau. Bref, Bernard était plus qu’un allié et un collaborateur incontournable, il était un complice essentiel. »

    « Bernard, c’est celui qui pensait l’avenir dans le présent du passé », résume bellement Denys Desjardins. Pierre Véronneau fait quant à lui remarquer que « l’ONF devrait être reconnaissant d’avoir eu, à cet endroit et pendant une si longue période, quelqu’un de cette nature. » Bernard Lutz était un archiviste et un cinéphile d’exception, un homme apprécié de tous ceux qui l’ont côtoyé. Voilà pourquoi nous lui rendons hommage aujourd’hui. 

Marcel Jean
 

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (1)

  1. Bravo Marcel, un gros Merci, moi aussi, comme d'autres, j'ai eu à travailler avec lui.. je me souviens en particulier d'une recherche sur des textes théoriques (oui ils existent) de Colin LOW, aux archives de l'ONF... Bernard m'a permis de faire plein de photocopies et autres petites facilités... je ne pouvais pas le remercier dans mon article... C'est comme si je pouvais le faire aujourd'hui. Un peu tard je le sais.. et il y a eu bien d'autres rencontres, toujours au coin de la gentillesse et de l'amour du cinéma Merci Marcel Pierre Pageau

    par Pierre Pageau, le 2011-09-15 à 10h26.

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.