Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

LE NÉCESSAIRE RENOUVEAU

2011-09-15

    Et si…? Et si on arrêtait de chialer chaque année alors que Toronto et son clinquant festival ouvrent leurs portes dorées? Et si Montréal se mettait à rêver d’avoir elle aussi un événement unique, grandiose, concurrentiel dédié au cinéma? Et si on se serrait tous les coudes et que tout devienne magiquement beau, fin et fort? Ah, que la vie serait belle si on mettait tous nos lunettes roses et que Montréal se retrouvait enfin sur le grand échiquier des places mondiales où se joue le destin du cinéma chaque année. Ce sont, on l’imagine, les pensées qui ont pu traverser l’esprit de François Macerola, président et chef de la direction de la SODEC, lorsque la semaine dernière, il avançait cette idée : réunir Fantasia, le Festival des Films du Monde et le Festival du Nouveau Cinéma au sein d’un seul méga-événement automnal qui ferait la nique à tous les râleurs de service.

    Sur le papier, et même dans les faits, rien de plus difficile que de mettre en place un tel projet, soyons bien honnêtes. Entre les susceptibilités des uns, les egos des autres, les identités de chacun, voilà en effet le genre de plan qui risquerait de faire exploser en plein vol les bonnes volontés à l’œuvre (on se rappellera ici de l’aventure « droit dans le mur » vécue en 2005 par la première tentative de regroupement festivalier à Montréal…). Et dans cette proposition encore trop floue pour convaincre, trop de questions restent en suspens : pourquoi n’avoir pas embarqué Cinémania dans l’histoire (dont le mandat, on le rappelle, est de présenter des films francophones avec des sous-titres anglais, ce que font déjà les 3 autres gros festivals) par exemple? Ou les Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal? Et dans l’éventualité d’une telle fusion, cela multiplierait-il le financement de l’événement par trois ou resterait-il au contraire de la même teneur? Un programmateur à trois têtes, est-ce que ça existe vraiment (à part dans les films présentés à Fantasia)? Et surtout, qui y gagnerait vraiment? Montréal qui, pour le coup, deviendrait réellement un Toronto bis, probablement redondante, probablement sans les mêmes moyens? Les cinéphiles qui, certes, économiseraient probablement sur le nombre de billets achetés, mais ne pourraient plus étaler leurs plaisirs de cinéma de juillet à octobre? Ou les films eux-mêmes pour qui, pourtant, cette idée de réunion factice n’apparaît pas comme un gage de meilleure circulation ou de plus efficace circulation?

Bref, le scepticisme reste entier. Sauf que…

    Sauf que le statu quo dans lequel est embourbé le monde festivalier cinéma de Montréal nous pousse aujourd’hui aux limites du ridicule. Rien ne bouge, tout s’enlise, chacun grognant à l’idée de perdre le moindre petit bout de terrain. Dans ce contexte, la proposition de François Macerola a tout de même du bon. Certainement utopique, encore plus certainement irréalisable, son idée a tout de même l’immense mérite de venir faire donner un petit coup de pied dans la fourmilière qui en a grandement besoin. Rien, aujourd’hui, ne semble en effet plus utile et même salvateur que cette bouffée d’air frais, cette idée toute neuve mise sur la table, cet éclat de force vive dont on a sincèrement envie qu’elle puisse porter ses fruits. Il faut que les choses changent, et si l’idée de M. Macerola n’est assurément pas, en l’état actuel des choses, celle qui semble convenir, restent que la porte a été ouverte et le coup de projecteur lancé sur une situation qui use les patiences et les enthousiasmes, même les plus fervents.

    Et si ce plan sur la comète, tout rafraîchissant soit-il, ne parvient pas à fédérer, c’est parce qu’il identifie mal ledit statu quo. Ou plutôt qu’il semble animé par de bonnes intentions (faire du cinéma une fête, oui et encore oui), au nombre desquelles surgit pourtant la pire : ne froisser aucune vanité. Car à bien le regarder, le problème des festivals à Montréal n’est pas tant leur éparpillement temporel. Pas plus que de la comparaison avec le TIFF (joue-t-on vraiment dans les mêmes catégories?). Mais restent pourtant trois faits qui ne semblent pas avoir été nommés lors du lancement de cette nouvelle idée de méga-festival. 1) Il y a maintenant de nombreuses années que Fantasia fait cavalier seul chaque année, son fidèle public le suivant les yeux fermés dans le dédale d’une programmation encore trop inégale pour réellement faire consensus, mais dont chaque instant semble exhaler l’enthousiasme et le plaisir. 2) Chaque automne, le FNC est le rendez-vous cinéphile de l’année en forme de best-of des autres festivals et si la passion et la fougue semblent s’être atténuées avec les années, il est encore l’endroit rêvé où faire des découvertes, où enfin voir ces films qui autrement nous échapperaient. 3) Le FFM est un festival moribond où ni la flamme du « festivalons-ensemble », ni la joie anticipée d’y dénicher quelques perles n’ont été entretenues depuis longtemps. Cherchez l’erreur. 

Bon cinéma 

Helen Faradji 

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