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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

ILS ÉTAIENT SEPT

2011-09-29

    Une couche de polar, une autre sentimentale, un 14 juillet, une jeune femme amoureuse et un anniversaire. La fête à Henriette réalisé par Duvivier en 1952 n’est peut-être pas le genre de films dont l’Histoire s’est souvenue. Mais on y trouve ce dialogue, signé Henri Jeanson, pur et net, tranchant et déterminé. « Nous n’avons qu’une liberté : la liberté de nous battre pour conquérir la liberté ». Un dialogue, dont la teneur, même si nous ne le préférerions pas, résonne aujourd’hui avec ardeur.

    Se battre. Chaque jour, par le simple fait d’exercer leur métier, les cinéastes et gens du cinéma iranien le font. Sans acte de courage mirobolant, simplement en illustrant, en animant, en offrant un miroir à leur société. Simplement en rappelant, bien malgré eux, que toute la puissance du cinéma est là : dans ces images qui disent le monde, qui disent l’oppression, qui disent la tyrannie et qui voyagent, sous le manteau souvent, accueillies sur les écrans étrangers des festivals ou autres pour rappeler constamment, avec vaillance, bravoure, dignité, que le cinéma n’est pas qu’un divertissement, ni même un art, mais un acte de résistance.

    Filmer, dans les conditions dans lesquelles le font les cinéastes iraniens, c’est se révolter, se tenir debout. Imprimer sur quelques précieux mètres de pellicules le témoignage d’une réalité sur laquelle nous, spectateurs choyés, humains privilégiés, n’avons pas le droit de fermer les yeux.

    C’est brandir, avec un courage fou, un téléphone cellulaire, comme Sepideh Farsi dans son documentaire Teheran Without Autorisation, une caméra numérique comme Mojbata Mirtahmasb et Jafar Panahi dans Ceci n’est pas un film ou Mohammad Rasoulof dans Au Revoir, une petite caméra facilement cachable, utilisée en toute clandestinité comme Bhaman Ghobadi dans No One knows about Persian Cats, pour refuser à travers un récit d’abdiquer sa liberté.

    C’est aussi pour d’autres, comme Asghar Farhadi et sa magnifique Séparation, parvenir par on ne sait par quel miracle à se faufiler entre les gouttes pour mieux laisser exploser la réalité de leur pays sur grand écran, échappant au couperet de la censure comme les aînés Makhmalbaf ou Kiarostami y arrivaient.

    C’est encore refuser de baisser le regard, parce que l’on est une femme, comme Shirin Neshat dans Women without Men ou Rakshan Bani-Etemad dans Mainline, et continuer à hurler à la face du monde son mépris pour un régime qui bafoue les droits comme d’autres refusent d’admettre qu’il y a corruption.

    C’est évidemment aussi tout ceux dont les films ne parviennent pas à traverser les frontières, tristes représentants du proverbial iceberg dont on ne voit que la pointe. Ces damnés de la terre pour qui l’art est bel et bien une question de survie.

    C’est enfin tous ceux qui appuient, aujourd’hui, les cinéastes iraniens, du Festival de Cannes laissant ostensiblement une chaise vide dans son jury pour rappeler la douloureuse absence de ceux sans qui tout cela ne peut effectivement pas être tout à fait une fête, à Serge Toubiana qui sur le blogue de la Cinémathèque Française  relaye leurs mauvaises nouvelles, en passant par Marjane Satrapi, dont l’univers créatif ne cesse de ramener au premier plan la situation iranienne, et les comités de soutien divers et variés qui pensent, à raison, qu’au royaume du cinéma, la solidarité est et doit être un principe fondamental.

    Dimanche le 18 septembre, Mojtaba Mirtahmasb, Nasser Saffarian, Hadi Afarideh, Mohsen Shahnazdar, Shahnam Bazdar, Mehrdad Zahedian et la productrice Katayoune Shahabi, accusés d’être des espions au service de la chaîne BBC (!), ont été arrêtés et transférés dans une cellule de la tristement célèbre prison d’Evin.

    Depuis, La Maison du Cinéma, à Téhéran, est apparemment devenue un lieu de rassemblement où se réunissent ceux qui réclament leur libération. Il serait temps que l’esprit de résistance qui les anime contamine aussi le merveilleux monde du cinéma, à l’échelle planétaire. Que tous se soulèvent, saluent le cran et la force de leurs homologues, qu’à chaque prix gagné, manifestation publique, déclaration, une pensée leur soit dédiée. Qu’ils et elles soient empêchés de créer, de penser, de s’exprimer est déjà intolérable. Ce serait ajouter l’injure à l’insulte qu’ils soient, en outre, oubliés. 

Bon cinéma 

Helen Faradji   

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