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Plateau-télé

TU SERAS UN CINÉASTE, MON FILS - par Robert Lévesque

2011-10-06

    Voilà une belle idée, celle d’aller chercher dans l’enfance de cinéastes de premier plan sinon une scène primitive, du moins une anecdote majeure, un moment particulier par lequel leurs caractères ont pu commencer à se former. Si cela avait été un documentaire bâti à l’aide d’archives familiales, petits bouts de films amateurs (comme Guitry l’a fait avec des artistes en fin de vie, ça s’appelait Ceux de chez nous, on y voyait entre autres Rodin, Degas et Auguste, le père de Jean Renoir) c’eût été un régal pour les cinéphiles à fibre historienne. Hélas, Enfances, c’est de l’ordre du docudrame, ça sent le téléfilm bien soigné, même si ça se regarde… (ARTV à 23 heures le 12 octobre).  

    Six cinéastes d’aujourd’hui se sont mis à la tâche de cerner deux ou trois choses que l’on sait d’eux, et d’en ajouter au besoin, de romancer un brin, mais à partir des mémoires ou biographies desdits génies du septième art et de ce que, maintenant qu’ils sont tous morts et enterrés vivants (dans les cinémathèques) on connaît de leurs vies, de leur envergure, de leurs manies et manières. Il y en a donc six, un Autrichien, un Américain, deux Français, un Anglais et un Suédois. Les maîtres.  

    Yann Le Gal, qui en a eu l’idée en 2008, signe celui sur l’auteur de M le Maudit. Le petit Fritz a dix ans, il apprend que ses parents vont se marier à l’église. Il les croyait déjà mariés en bons chrétiens. Nenni. Il apprendra alors que sa mère est juive et que son père, qui l’a épousée à la mairie, veut ce mariage pour la protéger. Grande perturbation pour lui qui a, bien ancrée, la foi chrétienne et son corollaire dans la pureté de l’Autriche comme celle de l’Allemagne. Il fugue. Sa mère l’attendra. Il revient en pleine nuit, ils s’enlacent en pleurs et sur l’écran apparaît cette phrase de Lang : « J’ai beaucoup aimé ma mère et c’est le seul bon souvenir de mon enfance ».  

    Isid Le Besco a choisi le cinéaste de Citizen Kane. Il est costumé, il joue Hamlet. Joufflu pour un prince du Danemark. Son père l’initie aux tours de magie, lui apprenant que c’est le regard qui fait le magicien. Sa mère, soudain, est très malade. Le gamin se colle au lit de sa maman et ne voudra pas quitter la chambre. Il la regarde, se dit : « Si j’arrête de la regarder, elle va mourir ». Gros plan de mains enlacées. Elle semble prendre du mieux, puis sur l’écran la phrase : « Ma mère est morte un an plus tard… J’ai toujours eu le sentiment de n’avoir jamais été à la hauteur des espoirs qu’elle mettait en moi ».  

    C’est plus comique avec Tati. Joana Hadjithomas et Khalil Joreige saisissent le cinéaste de Mon oncle le jour de la photo de classe à l’école. C’est le plus grand. Le photographe, cherchant la symétrie du groupe, ne sait comment le placer. Bref, il dérange. Finalement, on lui demandera de rester loin derrière le groupe et ainsi sur la pellicule, il aura l’air d’être à la hauteur des autres. La phrase de Tati apparaît : « La vie moderne est faite pour les premiers de classe, ce sont les autres que j’aimerais défendre ».  

    Lutte des classes chez Renoir. Ismaël Ferrouki filme le futur auteur de La règle du jeu à la campagne, en vacances au manoir familial. Il fait la rencontre d’un enfant débrouillard, paysan, pauvre, emballant. Avec lui, il va apprendre à braconner, voler des œufs, attraper et cuire un lapin, se salir. Il va se faire rabrouer par sa mère. En plus, il a donné ses souliers à son nouvel ami. On croira que c’est lui qui les lui a volés. Le petit Jean dira la vérité, mais son nouvel ami sera tout de même puni. La phrase : « Je sais que nous devons, non pas repousser, mais absorber l’étranger qui vient nous apporter ses connaissances et son talent ». Absorber…  

    Corinne Gerfin s’occupe du cinéaste de Vertigo. Il a 10 ans, il adore les actrices de théâtre. Il leur demande des autographes. Il découpe les photos des programmes et les colle dans son scrap-book. Sa mère sévère va brûler ce livre cher… Une nuit, privé de théâtre, il y a un orage, il se lève, il croira voir sa mère morte étendue au sol. Effet d’éclairs. Il va à la cuisine, il vide un bol de purée et se recouche. Les parents reviennent. Plan fixe sur le programme que la mère dépose sur un guéridon. La phrase : « Il se peut que l’éducation, si simple chez un homme, et mon instinct transparaissent dans mon travail ».  

Puis il y a celui sur le réalisateur de Cris et chuchotements. Je vous laisse le découvrir, mais sachez que la mère du petit Ingmar est jouée par Elsa Zylberstein… 

Robert Lévesque

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