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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

QUARANTIÈME

2011-10-13

Elle ne portait pas son hijab et apparaissait la tête rasée dans le film My Teheran for Sale. Elle a été condamnée à 90 coups de fouet et un an d'emprisonnement. Les catastrophes en série se poursuivent en Iran. Nous n'oublierons pas non plus Marzieh Vafamehr.   

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Évidemment, il y a les films, que chaque jour notre équipe de blogueurs sans peur et sans reproche vous feront découvrir au gré de leurs coups de cœur de leurs coups de gueule. Il y aura aussi les invités, les rencontres, les fêtes, les rétros et autres hommages (celle consacrée à l'iranien Asghar Farhadi, réalisateur du magnifique Une séparation, semble un incontournable), les projections de projets web (The Johnny Cash Project nous allume particulièrement), les conférences, les visites dans toutes les marges de l'univers cinéma et l'atmosphère que personne ne peut réellement prédire. Mais il y a aussi les à-côtés, tous ces événements spéciaux qui font qu'un festival n'est pas qu'une succession sans fin de projections plus ou moins attendues, mais également un lieu vivant et animé où se multiplient les échanges et les occasions rares.  

    Trois d'entre eux nous font particulièrement frétiller. D'abord, cet hommage certes léger, mais tout de même, au grand critique français Michel Boujut décédé le 29 mai dernier. Dans la mythique émission Cinéma, Cinémas qui, de 1982 à 1991, l'homme inventa avec brio, fougue et intelligence, rien de moins qu'une façon unique et inspirante de parler cinéma à la télé. Entrevues décalées (Allen, Chabrol, Fuller… ils y sont tous), voix-off incisive et précise, sujets pertinents et dynamiques… tout y était, et même plus. Et apportait en outre la meilleure réponse possible à cette observation que Boujut faisait d'ailleurs lui-même : « Une salle de cinéma, c'est comme une chambre d'hôtel. Il arrive qu'on s'y sente un peu seul face à soi-même ». Pour lui rendre hommage, le FNC diffusera l'épisode que consacrait cette émission qui manque à un autre disparu de l'année, Raul Ruiz (dont le festival diffusera également Le temps retrouvé).
Pour l'apéritif, l'entrevue de Sam Fuller à Cinéma, Cinémas:

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    Fêter ses 40 ans, c'est aussi se faire plaisir. Simplement, sans chercher l'esbroufe ou l'épate-chaland facile. Juste ressortir des malles un film qui n'a pris ni poussière, ni ride, pour le petit bonheur de l'offrir sur grand écran, à la mesure de sa réelle dimension. Cette année, on se paiera ainsi la traite avec The shoot Horses, don't they de Sidney Pollack, mais aussi, et surtout Husbands, réalisé en 1970 par ce cher Cassavetes, où Peter Falk (décidément, l'année aura été rude en terres cinéphiles), aux côtés de Gazzara et de Cassavetes lui-même, nous entraîne dans une fugue démente et délirante où toute l'identité de l'homme américain sera forcée de se redéfinir et où s'inventera une nouvelle signification au mot amitié. Un film fait en toute liberté qu'il fera bon voir ou revoir sur un écran digne de sa mémoire.

Un extrait d'Husbands :


    Et enfin, cette idée toute bête, toute chouette, accessible à tous ceux capables de s’approcher suffisamment d’un ordinateur et dusite du Festival: celle de demander directement à des cinéastes de rendre hommage, chacun à leur façon, à ces 40 années de cinéma. Détour guy maddinesque vers The Night of the Hunter pour Deco Dawson, fétichisme et actrices pour Denis Côté, animation violente pour Théodore Ushev dans Rossignols en décembre, emprunt à la poésie de Jorge Luis Borges dans l’organique De temps et d’eau de Catherine Martin, icebergs et mélopées dans Home de Zacharias Kunuk, voix-off entêtante dans La part du déterminisme de Sophie Deraspe, expérience joyeuse et swingante signée Marie Losier, plongée en plein esprit du jazz pour Bruce McDonald… Ce sont en tout dix cinéastes, tout en style et en concision, qui ont joué le jeu de la carte blanche pour mieux nous causer cinéma. Dix courts films, entre une et trois minutes, explorant suivant sa propre personnalité, dix facettes d’un univers inépuisable, dix aspects d’un monde qui n’a pas fini de nous enchanter, dix dimensions d’une planète qu’on ne s’épuisera jamais d’arpenter. 

Bon anniversaire et bon cinéma 

Helen Faradji

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Vos réactions (1)

  1. Très intéressante entrevue avec Fuller que Godard a été l'un des premiers démontrer l'importance du cinéaste.

    par Christian Rasselet, le 2011-10-15 à 14h21.

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