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24 IMAGES AU FNC - JOUR 2 — par Marcel Jean

2011-10-14

NOUS SOMMES TOUS DES MOUCHES

    Un festival, ce n’est évidemment pas que des films, mais aussi et surtout des rencontres. C’était l’ouverture, hier soir, du FNC Lab, la section du festival consacrée aux expériences de cinéma élargi : performances, installations, etc. L’infatigable cinéaste Pierre Hébert et la toujours étonnante clarinettiste Lori Freedman avaient l’honneur de casser la glace dans une salle bien remplie (à vue de nez, environ 250 spectateurs). Au programme, 49 Flies, performance de cinéma en direct et d’improvisation musicale sur fond sonore de mouches prises entre les deux vitres d’une fenêtre double (gracieuseté du concepteur sonore Claude Beaugrand). Première surprise, Hébert, qui a donné ce spectacle dans différentes villes à travers le monde, chaque fois avec un musicien différent en duo avec les 35 minutes de sons de mouches, a superposé les enregistrements de quatre de ces prestations — un violon alto, une harpe, une trompette et une contrebasse — créant un quatuor virtuel d’un surprenant équilibre. Lors du spectacle d’hier, Lori Freedman s’exécutait donc avec ce quatuor en plus des mouches.

    Sur l’écran, l’image d’une fenêtre, filmée en prises de vues réelles, sur laquelle Pierre Hébert dessine (des pattes de mouche?), créant rapidement l’obsédante trajectoire en boucle de l’insecte incapable de résoudre l’énigme posée par la transparence trompeuse de la vitre. Puis, l’image de la fenêtre s’estompe, laissant le spectateur aux prises avec ce cercle vicieux qui se multiplie, s’épaissit, se complexifie, symbole d’une condition d’existence absurde, toute entière tournée vers l’angoisse de la mort. Enfin, quelques éléments s’ajoutent, le plus marquant étant une poupée au regard absent, qui ouvrent le propos sur la condition humaine, pas tellement plus joyeuse, si on l’observe du point de vue de l’entomologiste.

    Chaleureusement accueillies par le public jeune qui emplissait le QG du FNC, ces 49 Flies constituent une fort belle réussite — tant sur le plan visuel que musical — témoignant de la capacité d’Hébert de continuer à se renouveler après presque trois décennies de performances de cinéma en direct (ce qui, en soit, est un exploit). Hier soir, la qualité graphique et chromatique des constructions d’Hébert offrait la démonstration éloquente d’une maîtrise exceptionnelle, résultat d’une rigueur conceptuelle imparable, d’un travail patient, d’une utilisation efficace de la technologie et d’un goût du risque non entamé.

    En deuxième partie de la soirée, les Allemands Jürgen Reble et Thomas Köner présentaient Materia Obscura, où les «chimiogrammes» en 16mm produits par Reble se succèdent et sont enveloppés par les basses fréquences de Köner. Appelé par l’écriture, j’ai dû quitter après une vingtaine de minutes, mais ce que j’en ai vu constituait un voyage hypnotisant dans l’espace indéfini des molécules cristallisées, le travail sonore de Köner contribuant à accentuer la dimension méditative des images.

    Autant le spectacle d’Hébert/Freedman était organique, jusque dans sa disposition scénique où les corps des artistes étaient bien présents sous le grand écran, sans compter que les mains d’Hébert apparaissent fréquemment dans le cadre, autant celui de Reble/Köner était minéral, jusque dans la position en retrait des artistes, au fond de la salle, comme pétrifiés devant leurs ordinateurs portables. Félicitons les programmateurs d’avoir eu l’idée de ce programme double offrant deux expériences complémentaires.

    Côté achalandage, une trentaine de séances affichaient déjà complet hier midi et l’attente pour se procurer des billets était longue au QG du festival. Un conseil: achetez plutôt vos billets aux autres points de vente (à Ex-Centris, au Quartier Latin ou, le soir, à la Cinémathèque québécoise). Parmi les projections déjà complètes, le Pedro Almodovar, le Lars Von Trier et Shame de Steve McQueen... Personnellement, je n’ai jamais trop bien compris ce qui poussait les cinéphiles à se précipiter en priorité sur des films qui vont sortir en salles commerciales dans les prochains mois... Complètes aussi, les projections de Once Upon a Time in Anatolia de Nuri Bilge Ceylan, ce qui est plus justifiable, car ce film turc qui fait 2 h 30 a peu de chances de sortie en salles.

    Quant à nos recommandations pour ce vendredi pluvieux: Oslo, August 31st du Norvégien Joachim Trier (Quartier Latin 10, à 14h15), Volcano de l’Islandais Runar Runarsson (Salle Fellini d’ExCentris, à 17h), le programme de courts métrages Voyage (Cinéma ONF, à 19h) et, surtout, un rendez-vous à ne pas manquer pour les amateurs de films expérimentaux, Gustav Deutsch III: Film Ist. (1995-2009) (Cinémathèque québécoise, à 20h30).

    Marcel Jean

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