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24 IMAGES AU FNC - Jour 3 — François Jardon-Gomez

2011-10-15

OÙ VIVONS-NOUS?

    Le festival est officiellement lancé, les représentations vont bon train (plus de cinquante sont déjà complètes, même pour des films moins attendus; et qu'autant de films différents puissent rencontrer leur public ne peut que nous réjouir, passées les frustrations de ne pas avoir de billet pour certaines représentations !), l'ExCentris revit, animé par une foule qui ne désemplit pas, bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ! Seul petit agacement : certaines représentations qui débutent alors que les lumières sont toujours allumées. Pas un problème majeur, mais on préfère tout de même que la salle soit plongée dans la noirceur avant que la projection commence.

    Côté cinéma, la tendance est à l'implosion de la cellule familiale et à la crise de la société ! Couples au bord de l'explosion, parents absents, familles désorganisées, société sclérosée et écrasée par un marasme généralisé, les premiers bons coups du festival thématisent, directement ou non, ces questions. On sent une volonté évidente chez ces cinéastes de saisir le monde et de confronter leur vision personnelle à la doxa pour en ébranler les fondations.

    Le film coup-de-poing de ce début de festival est sans conteste Laurentie, premier film des Québécois Mathieu Denis et Simon Lavoie. Avec une proposition esthétique forte qui s'impose d'elle-même dès les premières minutes, les réalisateurs ont conçu un film malaisant et dérangeant, qui porte de nombreux coups à la morosité ambiante. Utilisant presque exclusivement des plan-séquences souvent fixes, les cinéastes laissent les acteurs (Emmanuel Schwartz en tête) se déplacer dans le cadre durant de nombreuses minutes, leur permettant de varier habilement de registre et d'émotion — la scène de cuisine est à ce titre exceptionnelle. Du cinéma sans compromis qui n'est pas sans rappeler celui de Michael Haneke (psychologie et sexualité trouble, critique de la société en filigrane, souci accru de la forme).

    Suivant la défaillance sociale de Louis Després, technicien en audiovisuel, en décalage complet par rapport au monde, Denis et Lavoie proposent un film de la cassure (entre l'individu et la société, les générations, les communautés linguistiques et au sein du couple), tout en se situant au-delà du lieu commun de la perte de sens de l'existence dans un Québec post-moderne. Les cinéastes trouvent l'équilibre juste entre portrait intime d'une dérive psychologique et celui, plus général, d'une société sclérosée incapable de s'occuper d'elle-même. À ce titre, les extraits de poèmes qui ponctuent le film en traduisant les états d'âme de Louis (qui lit, au long du film, l'anthologie La poésie québécoise, des origines à nos jours) tout en faisant écho au portrait social se révèlent être un procédé efficace. On peut encore voir le film dimanche à 19h à l'ExCentris.
 
    Belles confirmations aussi du côté du gagnant de la Semaine de la critique au dernier Festival de Cannes, Take Shelter, et du dernier film du belge Bouli Lanners, Les Géants, tous deux littéralement portés par leurs acteurs (Michael Shannon et Jessica Chastain dans le film de Jeff Nichols; Paul Bartel, Zacharie Chasseriaud et Martin Nilssen chez Lanners).

    Encore un petit mot pour vous parler d'un documentaire plus qu'essentiel, Les tickets : l'arme de la répression, d'Éric «Roach» Denis. L'ancien punk de la rue devenu cinéaste continue dans la veine de ses films précédents en épousant à nouveau la cause des sans-abris et autres laissés-pour-compte de la société. Sous la forme d'un documentaire d'enquête, «Roach» expose les failles du système de judiciarisation des itinérants, axé sur la répression et le profilage social. La discrimination dont sont victimes les itinérants leur enlève toute possibilité de s'en sortir et la voie répressive — plutôt que l'établissement d'une politique sur l'itinérance — ne provoque qu'un engorgement inutile des prisons (les tickets impayés entraînent un séjour à Bordeaux), une bureaucratisation excessive et une hausse des coûts du système. Le film rejoue ce soir à 21h45, au Quartier Latin 17. On gardera un oeil ouvert du côté d'Hugo Latulippe, pour son nouveau documentaire République : un abécédaire populaire, qui promet, lui aussi, de brasser notre cage collective (samedi au Quartier Latin 10, 17h15; lundi au Quartier Latin 10, 15h00).

    Autres suggestions pour la journée : Once upon a time in Anatolia de Nuri Bilge Ceylan (Quartier Latin 13, 12h00), Roméo Onze, premier film du canadien Ivan Grbovic (ExCentris, 19h00), 30 tableaux, un autoportrait documentaire de Paule Baillargeon (ExCentris, 19h15) et l'étrange The Ballad of Genesis and Lady Jaye, de Marie Losier (Quartier Latin 10, 19h15).

François Jardon-Gomez
 

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