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24 IMAGES AU FNC - JOUR 5 - par Apolline Caron-Ottavi

2011-10-16

À LA LUMIÈRE DE LA MÉLANCOLIE

    Le FNC se poursuit sur les chapeaux de roues. À peine le temps d'un sandwich ou d'une cigarette, il faut filer d'une salle à l'autre, dans l'espoir de réussir à tenir le programme qu'on s'était fixé… Et on n'y arrive pas, parce que la rumeur nous signale toujours un nouveau film à voir absolument. Comme le soulignait François Jardon-Gomez dans son texte de samedi, le bouche à oreille semble bien fonctionner cette année : il n'y a pas que les « gros » films qui sont complets, mais aussi les films d'auteurs peu ou pas connus, comme Oslo 31st August ou Volcano. L'hystérie gagne la billetterie centrale mais aussi les autres salles, où les files de dernière minute prennent des proportions épiques. Réjouissons-nous de ce succès, en regrettant toutefois que la courtoisie y soit parfois laissée pour compte…

    Avant de parler des films qui font déjà parler, commençons par la marge, qui regorge de merveilles : la programmation du FNC Lab est de très haute tenue cette année, avec entre autres trois films de Bill Morrison et trois programmes consacrés à Gustav Deutsch, que l'on a pu entendre vendredi à Concordia pour une conférence passionnante en compagnie de l'archiviste Mark Toscano.

    Samedi était projeté Spark of Being de Bill Morrison, un voyage dans le temps alternant images d'archives et séquences de pellicule décomposée, s'inspirant du Frankenstein de Mary Shelley, avec humour, du fait de la bande musicale et des intertitres (dommage de constater que la moitié du public était constitué des invités du FNC Lab ou de cinéastes expérimentaux…). Puis, toujours autour de la mémoire du cinéma, suivait la séance de Gustav Deutsch, « Cinema, World, Mirror ». Les films, entièrement constitués d'images du début du siècle, reposent sur cette idée très émouvante : « offrir une vie » à des personnes d'autrefois, en figeant leur silhouette dans une scène de foule, et en la raccordant à un film de famille ou un documentaire dont les individus leurs ressemblent.

    Le cauchemar de l'horaire tient aussi à ce que la tendance des grands cinéastes semble être à la démesure (pas seulement en durée, mais en intensité) : la journée de samedi a été chargée en films monumentaux, tous programmés à la suite. À commencer par The Turin Horse de Belà Tarr et ses 2h30. Un film dont on n'a pas vraiment envie de parler en sortant, il faut le temps de digérer. Savoir à quoi s'attendre en y allant, pour ne pas sortir de la salle comme beaucoup : l'arrivée de l'apocalypse chez le couple propriétaire du cheval que Nietzsche avait embrassé avant de sombrer dans la folie ; noir et blanc, une trentaine de plans, une quinzaine de lignes de dialogue. L'occasion pour Belà Tarr de nous faire « vivre », littéralement, dans la durée, la misère de leur quotidien, sa monotonie, son pragmatisme. Éprouvant mais superbe.

    Ceux qui ont pu se procurer une place à temps on découvert le très attendu dernier film de Nuri Bilge Ceylan, Once Upon A Time in Anatolia, Grand Prix du jury au dernier festival de Cannes. Shame était projeté une seconde fois à peu près à la même heure, mais mieux valait choisir le Ceylan, qui risque de ne pas sortir en salle comme le signalait Marcel Jean dans son texte de vendredi.

    Dur de se retenir néanmoins de dire un mot du Steve McQueen. Facilement aussi puissant que Hunger, Shame va jusqu'au bout de la violence de son sujet et surprend à chaque scène, confirmant que McQueen est un metteur en scène époustouflant, et Fassbender un immense acteur. Bref. Pas de souci pour la sortie en salle de celui-ci, nous en reparlerons donc.

    Ce samedi soir enfin, fébrilité devant l'Impérial en attendant Melancholia de Lars Von Trier. L'impérial est sûrement l'endroit idéal pour vibrer au dernier plan du film, dernier plan foudroyant, une expérience de cinéma à lui tout seul. Lars Von Trier touche cette fois au sublime. Tout en étant parfaitement nihiliste, Melancholia procure un étrange soulagement : celui de voir qu'un film aussi indispensable, aussi violent envers nous-mêmes, a été fait aujourd'hui.

    D'étranges résonances ont lieu lorsqu'on enchaîne les films dans un festival, souvent justes. Notons-en une au passage : le cheval blessé, motif de mélancolie, apparaît dans The Turin Horse tout comme dans Melancholia, mais aussi brièvement dans l'impressionnant film russe, Elena… il semblerait qu'il y ait aujourd'hui un puissant retour de la mélancolie au cinéma.

    Ce lundi, il y a l'embarras du choix, avec entre autres Melancholia de Lars von Trier (au Quartier latin, à 21 h), The Miners' Hymns de Bill Morrison, présenté en progrmme double avec Diane Wellington d'Arnaud des Pallières (au Cinéma ONF, à 13 h), le troisième film présenté au FNC cette année par Bill Morrison, Tributes - Pulse (au Cinéma ONF, à 19 h) et Sleeping Beauty de Julia Leigh (au Quartier Latin à 19 h) Levez vos verres, ouvrez les yeux et les oreilles. Mais dormez un peu quand même, le voyage n'est pas terminé.

    Apolline Caron-Ottavi.

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