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24 IMAGES AU FNC - Jour 6 - François Jardon-Gomez

2011-10-17

Quelle identité ?

    À travers la multitude de films programmés au FNC, la section Focus, dédiée à la «découverte et vitalité du cinéma québécois et canadien» (dixit le programme du festival), mérite le détour. Deux films de cette section ont déjà été abordés (Laurentie et Les tickets : l’arme de la répression), en voici deux autres qui retiennent l’attention.

    D’abord le dernier Hugo Latulippe, République : un abécédaire populaire, présenté hors-compétition. Si on savait déjà le cinéaste préoccupé par les causes sociales (notamment avec Bacon, le film et Ce qu’il reste de nous), il n’avait jamais autant affiché son positionnement politique que maintenant. On pourrait accuser le jupon du réalisateur de dépasser (le documentaire est notamment coproduit par la CSN), mais ce serait faire fausse route, car ce jupon est ouvertement assumé, voire revendiqué : celui d’une communauté de penseurs réunis en opposition au discours des «lucides» (Lucien Bouchard étant une cible récurrente de certains intervenants) qui constituerait le courant de pensée dominant. Reprenant la forme de l’abécédaire rendue célèbre par Deleuze (si ce n’est que Latulippe ne respecte pas l’ordre alphabétique), tourné ouvertement en réaction à l’élection canadienne du mois de mai dernier, le film réunit 53 penseurs (dont une vingtaine apparaissent à l’écran) qui proposent, sous la forme d’entrevues, des idées nouvelles pour le Québec.

    Nouvelles ? Non, pas exactement. Si le film donne une voix à des artistes, professeurs, politiciens, syndicalistes, philosophes connus et moins connus qui véhiculent dans un même lieu des idées progressistes, on ne peut pas dire que ces idées (réduction de la consommation, crise du capitalisme à l’échelle mondiale, primauté de l’écologie et du développement durable, meilleure gestion des systèmes publics, crainte de la privatisation) n’aient pas été revendiquées auparavant. Pourtant, il reste quelque chose, peut-être de l’air du temps, qui rend le film nécessaire, comme un contrepoids à une pensée ambiante qui semble prendre de plus en plus de place, ici comme ailleurs. Que République ait été tourné et monté durant le printemps et l’été qui auront vu la montée des révolutions dans le monde arabe et du mouvement des indignés en Europe et, de plus, qu’il soit présenté au FNC alors que le mouvement «Occupy Wall Street» semble prendre une ampleur mondiale traduit bien ce ras-le-bol général (bien que les préoccupations locales puissent être radicalement différentes). Est-ce à dire que le Québec est à l’aube, lui aussi, d’une révolution ? Peut-être pas, mais ce film a été conçu comme un manifeste et un appel à l’engagement, il faudrait au moins l’entendre.

    Ensuite, en compétition de Focus, il faut surtout parler du premier long métrage d’Ivan Grbovic, Roméo Onze. Racontant les difficultés d’un jeune homme atteint de dystrophie musculaire à obtenir une emprise sur sa vie, le film propose une réflexion bien menée sur l’isolement en société et ses conséquences. Ce qui frappe, c’est que cet isolement est tout à la fois le moment d’une profonde solitude, triste, qui ne peut que souffrir de la comparaison face à la vie socialement active des gens aux alentours (notamment de la famille), mais également le moment par excellence qui permet l’introspection, ou plus exactement le fantasme, l’illusion, un échappatoire face à la réalité. Mais parce que ce moment ne peut qu’être éphémère, la dureté du réel finira toujours par rattraper les fantasmes de Rami.

    Cette dualité se retrouve cristallisée dans ce superbe plan-séquence à l’hôtel où le jeune homme passe de l’attente à l’angoisse, sachant très bien que la rencontre qu’il espère (après avoir chatté avec une jolie femme en se faisant passer pour un homme d’affaires prospère) ne pourra que mener à l’échec. La performance des acteurs (Joseph Bou Nassar et Ali Ammar qui forment un touchant duo père-fils) et la belle réalisation de Grbovic (surtout avec ces plans voilés de Rami, partiellement caché par une autre personne ou un objet, ou bien visible à travers une embrasure, le laissant se révéler au spectateur par petites touches) font de Roméo Onze une belle réussite.

Suggestions pour la journée de mardi : Politis, programmation de courts métrages dans la section FNC Lab (au Cinéma ONF, à 15h), I am a good person/I am a bad person d’Ingrid Veninger (à ExCentris, à 17h), le drame en noir et blanc Black Blood de Miaoyan Zhang (à ExCentris, à 12h30), le film indépendant libanais Ok, enough, goodbye de Rania Attieh et Daniel Garcia (à ExCentris, à 21h30) et Peace Park, documentaire de David Bouthillier (au Quartier Latin 10, à 21h30).

François Jardon-Gomez

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