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24 IMAGES AU FNC - JOUR 10 - par Serge Abiaad

2011-10-22

FILMS CONCRETS

    Parfois, le lien qui tisse nos choix de films se fait sur un mode subconscient ; nous constatons bon gré mal gré que la cartographie de ce vendredi s'est dessinée sous le signe de l'expérimental. Ce qui en ressort, ce sont des démarches radicales, certaines dans la forme et d'autres dans le fond.

D'abord Vinyl, Tales from the Vienna Underground de Andrew Standen-Raz un documentaire qui explore, un siècle après le dodécaphonisme de Schoenberg, les multiples facettes de la scène expérimentale viennoise allant de l'iconoclaste Fennesz et les parrains du drum n' bass Kruder et Dorfmesteir, aux plus obscurs performeurs/compositeurs actifs sur la scène contemporaine de la capitale autrichienne. On aurait espéré croiser cet après-midi tous les DJ et autres explorateurs soniques dans cette salle du Quartier Latin, mais il faut croire que ces beaux vampires rodent la nuit et dorment le jour.  Ensuite  Poussières d'Amérique d'Arnaud des Pallières, une des belles surprises du FNC Lab, ravive à travers des rebuts d'archives les grands mythes de la fondation du nouveau continent qui très tôt dans son histoire à fait pendre ses fantômes et laissé pourrir à l'ombre ses indigènes et leurs cultures. Des Pallières montre qu'un film expérimental  qui prend à contrepied les démarches habituelles du cinéma peut être un grand film humaniste. Puisant donc dans un torrent d'archives (aidé du grand archiviste Rick Prelinger, qui s'affiche aussi au générique de Tributes-Pulse de Bill Morrison), le cinéaste français, par l'intermédiaire d'un regard personnel, observe et remonte l'historiographie de l'Amérique de Christophe Colomb en passant par Cortès, Pizzaro et les astronautes américains, ces conquistadors des temps modernes. De multiples histoires nous sont proposées, à nous de nous placer et faire acte de subjectivation, chaque spectateur ne trouvant pas forcément la même part d'universalité. Comme le précisait Philippe Gajan dans une autre de ses pertinentes introductions précédant chaque représentation du FNC Lab, le film de des Pallières est un idéal compagnon de route de Tributes-Pulse de Bill Morrison avec lequel il partage non seulement le nom de Rick Prelinger, mais aussi cette sensation d'un monde qui passe en se désintégrant.

Tributes-Pulse, un des trois films de Morrison à l'affiche au FNC, est une collaboration entre le cinéaste américain et le musicien danois Simon Christensen. À la base, le projet est conçu comme un hommage à quatre compositeurs américains, Charles Ives, Conlon Nancarow, Steve Reich et Trent Reznor (de Nine Inch Nails), ce qui explique l'aspect à la fois répétitif et atonal de la musique qui fait écho dans la réplication et la désintégration des images. Ce mariage d'image et de son a fait fuir plus d'un de la salle ; trop palpitant pour certains, excessivement sériel pour d'autres. Morrison nous force à ouvrir l'esprit, à déboucher les yeux et à faire preuve de témérité pour recevoir cette œuvre qui se présente comme un requiem pour le 20e siècle, à travers la persistance du pouls et la contraction d'un cœur battant.  Mais le cœur n'y était pas toujours, du moins pas pour le programme qui regroupait les premières expérimentations de Gustav Deutsch, programme qui lui aussi a vu plusieurs personnes renoncer en furetant la porte de sortie. Encore loin de son Film Ist a Girl and a Gun, Deutsch pioche dans une énorme collection de films de vacances des années 50 et 60 qu'il réarrange de manière simple et efficace en les montant par bribes. Adria, Holliday films, 1958-1964 (The School of looking) film joyeux et linéaire est suivi de World/Time 25812 min, à la fois un tour de force et un tour du monde où Deutsch  prend une photo par minute pour remonter son voyage en time-lapse, un peu comme si Godffrey Reggio avait décidé de tourner Koyaanisqatsi les yeux bandés et sur acide. Le plus beau Deutsch du programme passe en dernier, c'est aussi le plus beau film que Depardon n'a jamais tourné : Eyewitnesses in Foreign Countries dénonce le regard exotique que posent les occidentaux sur les peuples et terres étrangères et renforce l'idée d'une meilleure compréhension et intégration de l'autre.  Cet étonnant film nous rappelle que l'expérimentation filmique n'est pas que conceptuelle, mais peut et doit porter en elle une esquisse d'un monde brouillon qu'elle réinterprète et rajuste.

Plus que 48 heures, une dernière ligne droite pour voir d'abord Une séparation, le chef-d'œuvre de l'année, ainsi que les deux précédant films de Asghar Faradhi, À propos d'Elly et La fête du feu, le dernier Chantal Akerman, La folie Almayer, adapté du premier roman de Joseph Conrad, et Saya Zamurai, ajouté de justesse à la programmation de temps 0 et qui serait le grand coup de cœur (un autre !) de son programmateur Julien Fonfrède. Dernière chance aussi de voir des films qui ne ressusciteront pas forcement en salle après l'hibernation du FNC ; nous pensons notamment à Hors Satan de Bruno Dumont, Kotoko de Tsukamoto et Poussières d'Amérique que nous vous invitons chaleureusement à découvrir. Mention spéciale aussi pour la projection de Mafrouza 1 – Oh la nuit à la Cinémathèque, qui sera suivie par une table ronde autour du projet, en présence de la réalisatrice du film Emmanuelle Demoris, Richard Brouilllette (L'encerclement), Charlotte Selb (directrice de programmation  des RIDM) et Isabelle Lavigne (La nuit elles dansent).

Quand on est fatigué d'être trop assis c'est que le FNC tire à sa fin. Bonne suite et fin de festival.


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