Format maximum

Blogues

24 IMAGES AU FNC - JOUR 11 - par Marcel Jean

2011-10-23

LE PLAN NORD

    En couronnant hier soir le long métrage islandais Volcano de Runar Runarsson - Louve d’or et prix de l’AQCC - le FNC a distingué le premier long métrage d’un tout jeune cinéaste connu internationalement pour la qualité exceptionnelle de ses courts métrages (les trois films qu’il a réalisés entre 2004 et 2009 ont cumulé une centaine de prix). Un bon choix au coeur d’une sélection solide, qui comptait aussi Elena d’Andrei Zviagintsev (dont l’actrice principale, Nadezhda Markina, a reçu le prix d’inteprétation) ainsi que Nuit #1 d’Anne Émond, récompensé par le prix de l’innovation Daniel Langlois.

    Dans la section canadienne Focus, c’est logiquement Roméo Onze d’Ivan Grbovic qui a été primé, tandis que dans la section Temps 0, Notre jour viendra de Romain Gavras a reçu le prix du public, ce qui ne surprendra personne étant donné la notoriété dont le film jouissait avant même le début du festival auprès des amateurs de sensations fortes. Du côté des courts métrages, le jury a distingué le film Danois Magma de Marianna Morkore et Rannva Karadottir, tandis que Sur la ligne, variation no 2 de Mario Calvé et Anne-Marie Turcotte a été désigné meilleur court métrage canadien. Il s’agit de deux films explorant les possibilités de la danse au cinéma, ce qui dans la foulée du Pina de Wenders et d’Ora de Philippe Baylaucq semble désigner une tendance. Mais, entre l’Islande et le Danemark, c’est la vigueur du cinéma nordique qui est ici mise en lumière.

    C’est Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau qui a eu l’honneur de clore le festival, après une cérémonie de remises de prix longuette et une insupportable litanie de bandes promotionnelles (le FNC, la SODEC, Téléfilm, l’ONF, la STM, etc.), de quoi venir à bout de la patience du cinéphile le mieux disposé. Avec le talent qu’on lui connait, Philippe Falardeau a toutefois livré un discours amusant, mettant à contribution les jeunes interprètes de son film pour préparer le public à recevoir son quatrième long métrage. Pour une critique du film, on vous renvoie au texte de Sandra Dieujuste publié dans le dernier numéro de 24 images. Contentons-nous ici de dire que Monsieur Lazhar a hier été accueilli très chaleureusement.

    Que retenir, maintenant, de cette quarantième édition du FNC? Tant du côté de la qualité de la programmation que de la fréquentation, ce fut un succès: beaucoup de salles pleines, un public jeune, des soirées animées... Il y avait plus de 200 spectateurs, hier, à la projection de Saya Zamurai d’Hitoshi Matsumoto, un film ajouté à la dernière minute et réalisé par un cinéaste peu connu. Une programmation solide, surtout, dominée par les films de Belà Tarr, de Nuri Bilge Ceylan, de Steve McQueen, d’Alexandre Sokurov, de Philippe Grandrieux, de Bill Morrison... Une présence québécoise convaincante autour des films d’Anne Émond, d’Ivan Grbovic, de Philippe Falardeau, mais aussi du controversé Laurentie de Mathieu Denis et Simon Lavoie, qui n’a pas fini de faire parler, au sein même de la rédaction de 24 images, d’ailleurs, où les avis sont polarisés. La réussite du FNC Lab mérite aussi d’être soulignée: le cinéma expérimental et les nouvelles voies y bénéficient d’un écrin conséquent.

    Du côté des éléments à revoir, on doit s’interroger sur la pertinence de présenter, dans le cadre d’un festival à la programmation aussi foisonnante, une oeuvre de longue haleine comme Mafrouza d’Emanuelle Demoris, constituée de cinq longs métrages totalisant plus de 12 heures de projection. Présentés devant une petite poignée de spectateurs, les films de ce grand cycle auraient sans contredit été mieux servis par la programmation régulière de la Cinémathèque québécoise, par exemple. Ici, la concurrence est trop grande et les cinéphiles sont placés devant la nécessité de sacrifier un large pan de la crème de la production annuelle pour s’immerger dans l’expérience de Mafrouza. Ne reste donc qu’à souhaiter que ce grand cycle soit repris à la Cinémathèque pour qu’il puisse enfin rencontrer son public.

    Marcel Jean

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.