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Plateau-télé

LE MYSTÈRE GOULD - par Robert Lévesque

2011-10-27

    Il était frileux et il adorait le Nord. Génie du piano, il détestait les concerts. Fils unique, il demeura célibataire. Fils aimant, il n’alla pas voir sa mère mourante. Dialoguant avec Bach, il adorait hurler en voiture les chansons de Petula Clark. Célébrité mondiale, il refusait de prendre l’avion. Tout le monde connaît le nom si magique de Glenn Gould, mort il y a presque 30 ans, à 50 ans, mais personne ne connaît vraiment son être, son âme, cet homme, car, comme les Marilyn, les Marlon et les Greta du cinéma, il était à la fois une icône et un fantôme, une beauté et une fuite. Insaisissable. 

    Les documentaires télé ou ciné ne manquent pas sur le plus célèbre Torontois, les livres aussi dont certains, touchés par la grâce du sujet, sont des chefs-d’œuvre littéraires comme le Glenn Gould piano solo du psychanalyste Michel Schneider que l’on trouve en Folio (nº 2549) – Schneider s’est aussi intéressé à Marilyn, Marilyn dernières séances chez Grasset – ou le Partita pour Glenn Gould du philosophe Georges Leroux aux Presses de l’Université de Montréal (prix de la revue Études françaises en 2007). Psychanalystes, philosophes, ou cinéastes (tel François Girard et ses 32 films brefs sur Glenn Gould de 1993) sont fascinés par un tel artiste qui renonça à la vie pour se consacrer à son art, celui du clavier, bien tempéré ou pas, celui de la musique et de l’extase qu’elle peut procurer. 
 
    Gould renonça à donner des concerts, car la présence du public le dérangeait, alors que, lui, le temps qu’il joua en scène, ne pouvait s’empêcher de fredonner et chantonner assez bruyamment ses phrases musicales. Avant même que l’on invente l’ordinateur, il désirait à l’utopique que ceux qui écouteront ses enregistrements puissent y faire leur propre montage, trouver leur cadence, leur interprétation de l’interprétation. C’était un génie, oui, il y en a parfois, et il suffit d’entendre ses Variations Goldberg, que ses rares proches appelaient les « Variations Gouldberg », pour s’en convaincre. Il les enregistra deux fois, d’abord dans l’impétuosité de sa jeunesse à la fin des années cinquante (il fit des débuts triomphaux à New York à 22 ans en 1955, il bouleversa les Moscovites et les Russes en deux semaines de ferveur totale en 1957), puis, était-ce dans la sérénité ?, non, dans la recherche encore, dans le renouvellement, à 49 ans, en 1981.  

    Sur ARTV, le lundi 31 octobre à 23 heures, on pourra voir un excellent documentaire sur le mystère Gould (je paraphrase ainsi le titre de Clouzot pour son film sur Picasso), un travail de recherche et de compréhension réalisé en 2009 par Michèle Hozer et Peter Raymont. En une heure trente, on ne perce pas le mystère, mais l’on nous offre des documents et des archives jamais encore vus, comme cette course en taxi dans les rues de New York lorsqu’en 1955 il file vers son premier enregistrement dans les studios de Columbia et qu’il tente de faire fermer la vitre par le chauffeur. On y voit aussi un extrait d’une émission qu’il construisit autour de la chanteuse de Who Am I ? et de Downtown et qu’il titra The Search for Pet. On voit aussi bien des fourrures, bien des visons entrer à Carnegie Hall en 1962. Et on reçoit les confidences prudes et prudentes de celles qui, comme Fran Barrault et Cornelia Foss, la femme du musicien Lukas Foss, furent, paraît-il, ses flammes… Ce docu remarquable a pour titre Glenn Gould, le génie et la passion.  

Robert Lévesque

(P.-S. qui n’a rien à voir (comme Delfeil de Ton en fait encore parfois à la fin de ses chroniques de l’Obs) : le PQ va mourir, ça s’en vient, et lorsqu’il sera mort je retiendrai pour ma part que l’un de ses ministres avait déclaré que l’Ontario n’avait pas de culture… Pas de culture, mais Glenn Gould, Michaël Snow, Alice Munro, Atom Egoyan, Northop Frye, Brad Fraser… 

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