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Plateau-télé

ROMY, HORST, GERT ET LES AUTRES… - par Robert Lévesque

2011-11-10

    S’il pleut ferme, s’il vente fort ou s’il neige dru l’après-midi du dimanche 13 novembre, faites une expérience de cinéphile « cocooneur » et curieux, ouvrez la télé à la chaîne TFO qui présentera, à 13 heures, Un petit coin de paradis. Avec un cappuccino et des tuiles aux amandes, ce sera votre petit coin de télé-ciné-phage qui ne rechigne jamais à tout voir, y compris (et surtout) des films oubliés, romances, mélodrames, citrons d’époque aux parfums d’hier et d’avant guerre, plaisirs démodés et trésors enfouis pour les nostalgiques finis de l’Agfacolor…  

    Ce coin de paradis, dans lequel vous trouverez en guise d’ange la Romy Schneider de 18 ans, une étoile naissante, est un film allemand de 1956 tourné dans l’Allemagne renaissante (la fédérale) du chancelier Adenauer, mais dont l’action tout de même romantique malgré la misère se passe à Londres en 1730 dans le monde des usines de textile. On est au coton, peuvent ou pourraient se dire les quatre personnages de prolétaires qui se brisent les poumons pour quelques shillings et qui rêvent d’aller s’échouer dans l’île merveilleuse que vient d’inventer au roman, onze ans plus tôt, Daniel Defoe. Le titre allemand est moins cucul et plus beau : Robinson soll nicht sterben.  

    On y voit Daniel Defoe, d’ailleurs, incarné par un comédien oublié du nom de Erich Ponto. C’est le Defoe en disgrâce (un mercier devenu mercenaire) qui va bientôt mourir et qui habite dans un garni près de la filature de coton, en ménage avec la mère de Maud, et cette Maud c’est l’ouvrière au coton et aux trois potes rêveurs que joue la débutante Romy Schneider alors que c’est sa mère à la ville, l’actrice Magda Schneider, qui joue la vieille maîtresse de Defoe et donc sa maman itou, comme elle le faisait dans les pas oubliés Sissi des années cinquante, de 55 à 57, question de surveiller, en maman chaperon, son ado adulée qui grandissait en beauté…  

    Le film est oublié (raison de plus pour l’attraper) et son réalisateur le serait aussi s’il n’avait tourné, sur commande de Joseph Goebbels en 1943, le fameux et magnifiquement kitsch  Münchhausen qui est un pur trésor de cinémathèque (Les aventures fantastiques du baron de Münchhausen). Il s’appelait Josef von Baky, ce cinéaste attaché à la UFA et que Goebbels appréciait, mais dont tous les films (une trentaine, de 1936 à 1961, car il a survécu à ses compromissions de tâcheron dans l’Allemagne du Troisième Reich) sont des navets ou nazis ou confits sauf cette histoire spectaculaire et anachronique d’un « baron » de 200 ans qui nous raconte, tel un Capitaine Bonhomme de vieux sang bleu, ses aventures avec des tzarines et des Turques, ses déplacements sur des boulets de canon et ses voyages dans la lune aux habitants qui peuvent se prendre la tête dans leurs mains pour la déposer et s’en reposer…  

    Quand passera Münchhausen à la télé, je vous le signalerai, on sortira nos smokings, mais en attendant vous auriez tort de ne pas plonger (ou monter) en pyjama dans ce petit coin de paradis oublié dans lequel la Romy de nos rêves (Sissi l’impérissable) a l’âge de Justin Bieber et tellement plus de charme. À ses côtés, Horst Buchholz qui lui vole des baisers, et puis Gert Fröbe en méchant patron de filature. Vous avez déjà vu, vous, des vieux films, allemands ou autres, sans Gert Fröbe dans un second rôle ? Gert Fröbe dont le sommet de la carrière (le rôle de sa vie, comme on dit) fut atteint quand, en 1965, il joua la crapule internationale Auric Goldfinger dans le susdit James Bond… Cet ancien du nazisme fila doux quand Goldfinger fut projeté en Israël… Il tenta de prouver qu’il avait tout de même sauvé deux Juifs ! 

Robert Lévesque    

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