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Plateau-télé

PINA AU PINACLE - par Robert Lévesque

2011-11-24

    D’abord, on va parler ici de ballet et non de cinéma. On va parler d’art, en fait. Je pense au Vissi d’arte que la Callas chante dans Tosca. De la vie dans l’art. De génie, donc. Car ça existe le génie. Du moins peut-on se rassurer quand on regarde vers l’arrière. Le vingtième siècle, lui, bel et bien fini, a eu au moins vingt génies, vingt vies vécues dans l’art, dans la peinture, la musique, le théâtre, le cinéma, la littérature, le cinéma et… la danse. Vingt ! Et la danse, c’est Pina à elle seule. Pina Bausch. Philippina Bausch morte à 68 ans le 30 juin 2009 à Wuppertal. Elle était née en 1940 à Solingen dans le fracas hystéro-hitlérien, et son œuvre, comme celle d’Heiner Müller au théâtre (« derrière nous les ruines de l’Europe »), est née de ce fracas, dans ce ressac.
 
    Vingt génies ? Je ne sais pas pour vous, mais moi je m’en compte au moins vingt : Picasso, Kafka, Schönberg, Brecht, Beckett, Karajan, Fellini, Chaplin, Joyce, Bresson, Callas, Bergman, Gould, Bernhard, Gracq, Woody Allen, Billie Holliday, Borges, Bacon, Pina Bausch. On pourrait en rajouter : Freud, m’sieur-dames, Cartier-Bresson, et Faulkner et Pasolini…, Giacometti et Louise Brooks. Bon, ça ira…, ça ne manque pas de génie derrière nous…, c’est devant que ça m’inquiète…
 
    Ceux qui, comme moi, sont déjà persuadés du génie de Pina Bausch, ont un rendez-vous pressant à Ottawa ce week-end. Sa troupe-veuve, le Tanztheater Wuppertal, est au CNA pour donner deux représentations, les 25 et 26 novembre, de Danzon, un ballet créé en 1995. Ceux-là ont sans doute déjà vu le Pina de Wim Wenders au Festival du Nouveau Cinéma, ce qui n’est pas mon cas et je vais me rattraper lors de la sortie en salle. J’ai cependant vu, au cinéma du Parc, le touchant documentaire de Anne Linsel et Rainer Hoffman, Dancing Dreams ou Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch, dans lequel on voit une bande de garçons et filles d’aujourd’hui s’atteler à danser le fameux Kontakthof, ce ballet qui me scia en deux, qui me jeta par terre, qui m’époustoufla lorsque j’assistais à la salle Maisonneuve de la PdA à mon premier spectacle de Pina Bausch au milieu des années 1980.
 
    Eh bien là, maintenant, suggestion du plateau-télé : le 4 décembre sur ARTV à 19 heures vous pourrez visionner l’excellente et émouvante captation d’un de ses premiers travaux, c’était son cinquième ballet, en 1975, le second qu’elle concevait à partir d’un opéra de Gluck, c’était, après Iphigénie en Tauride, Orphée et Eurydice. Une pure merveille. C’est la jeune Pina Bausch qui déjà se dégage du langage classique qu’elle possède pourtant à fond et qui commence à imposer ses propres images (robes amples, fuites, rondes, saccades, poursuites, chaises, corps indifférés, miroir), son langage à elle fait de celui de tous les autres et à elle plus encore, un langage inouï.
 
    Cette captation n’est cependant pas celle de la création allemande avec la troupe de ses danseurs. C’est celle de la reprise le 16 février 2008 au Palais-Garnier avec les danseurs de l’Opéra de Paris. Yann Bridard et Marie-Agnès Gillot y sont Orphée et Eurydice, que chantent Elizabeth Kulman et Svetlana Doneva. À la fin, sous les applaudissements, on la voit s’avancer en scène, elle est toute de noir habillée, elle sourit, elle est belle, elle a 67 ans (mon âge !), elle va mourir dans seize mois, laissant le monde en deuil d’elle, unique, timide et impératrice.
 
 
 Robert Lévesque
 

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Vos réactions (1)

  1. Et Dali? et Orson Welles ? et Jean Renoir ? et Proust ? et Jackson Pollock ? et Stanley kubrick? et Céline?

    par thomas, le 2012-02-21 à 09h37.

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