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LE CINÉMA SOUS L’ARBRE - par Robert Lévesque

2011-12-15

    La trêve des confiseurs ? Vous ne savez pas ce que c’est ? Certes, l’expression est plus française que québécoise, mais la coutume est assez générale en Occident. C’est – ô bonheur – le silence des politiques, leur cinéma devient muet. C’est la cessation des babillages de députés et ministres durant presque deux semaines. Quelques jours bénis durant lesquels on n’entend, ni ne voit les salariés de l’Assemblée nationale et des Communes qui ont alors la décence de débiter leurs conneries en privé, en famille, ou en voiture. Quelques jours sans Harper, sans Pauline la pas fine et le caporal Drainville, sans, comme le chante délicieusement Mononc’ Serge, les « Vieux péquistes ».
 
    Aujourd’hui on ne sait plus si ce sont les vieux péquistes reprisés ou les ex-adéquistes cousus soudain caquistes qui sont les plus ridicules. Moi, vous savez, je me débrouille plutôt bien dans ma rue Mentana, j’ai Amir comme député et je l’admire, j’ai contribué à débarrasser les ondes publiques du « Casque de bain Duceppe » aux dernières fédérales, et j’ai le maire Ferrandez qui me lance des bonjours quand je le croise à vélo sur le Plateau. Pour l’instant, ça va…
 
    Cela dit, parlons cinéma tout de même. Quand les confiseurs dormiront, et que les politiques rongeront leurs freins, nous, au chaud, avec nos ratines et nos tartines, on pourra se taper à loisir de la pellicule au petit écran. Je vous propose, comme ça, au hasard Balthazar, quatre titres, quatre genres, un Leconte, un Mocky, un Demy et un Resnais. Quatre Français ? C’est comme ça.
 
    D’abord une histoire d’ami, tiens. Mon meilleur ami, de Patrice Leconte, met en scène un marchand d’art qui a dix jours pour trouver son « meilleur ami ». Comment trouver un meilleur ami ? Vous verrez. Et vous verrez qu’on ne triche pas en cette matière. Je vous refile cependant, pour la petite histoire, que le scénariste et dialoguiste de ce film est entré dans le cinéma par amitié. Il s’appelle Jérôme Tonnerre et c’est parce qu’il était le voisin de Truffaut à Paris, et qu’il causait avec lui, qu’il a fait le saut, encouragé par le cinéaste de La femme d’à côté. Et puis aussi, c’est le dernier film qu’alla voir en salle mon ami Luc Perrault… À Télé Québec le 17 décembre à 21 heures 45.
 
    Vous voulez, Noël aidant, visiter des églises ? Vous en verrez plein, et des belles, dans Un drôle de paroissien de Jean-Pierre Mocky. Le film est de 1963, il date un peu, mais l’irrévérence en toute matière de Mocky, qui est un drôle de cinéaste, est toujours rafraîchissante. Ici Bourvil et Jean Poiret pillent des troncs. Mais il y a un inspecteur qui va les repérer et l’inspecteur n’est nul autre que Francis Blanche. Plaisir garanti avec ce trio vintage. Les esthètes en chapelles et basiliques pourront admirer autels et chandelles, piliers et prie-Dieu de paille, confessionnaux et vitraux, entre lesquels circulent nos deux grenouilles (pardon, fripouilles) de bénitiers… À Télé Québec le 18 décembre à 23 heures 25.
 
    Que ferez-vous le 25 ? Vous vous remettrez du 24, sans doute. Quoi de mieux qu’un conte merveilleux pour oublier les frasques et désastres de la veille ! Pour ne plus penser à rien d’autre qu’à l’histoire invraisemblable que l’on vous raconte. Je vous propose Peau d’âne, le conte de Perrault (pas Luc, voyons, Charles !) réalisé par Jacquot de Nantes, le mari de Varda, le cher Jacques Demy, mort il y a 21 ans après ses treize films. Avec Deneuve en princesse qui va vivre comme une souillon dans une forêt, affublée d’une peau d’âne pour échapper à son père qui veut la marier, mais attention, la marier à lui, le paternel. Demy faisait merveille du tabou de l’inceste. Mais l’amour, le pur, avec le surgissement d’un prince charmant (joué par Jacques Perrin, beau minois), l’emportera, bien sûr, car il y a une fée, dite des Lilas, qui veille au grain et qui est jouée par la sublimissime Delphine Seyrig… Sur TFO le 25 décembre à 13 heures, au saut du lit quoi !
 
    Et pour une soirée réussie, entre l’apéro et le dîner, quoi de mieux qu’un film qui fleure le vin blanc haut de gamme (entre Chablis et Sancerre) ? Providence, un chef-d’œuvre d’Alain Resnais, avec le grand John Gielgud. Parfois, je m’identifie à ce vieil écrivain qui, pour trop boire tant de millésimes, ne fait plus la différence entre le réel et l’imaginaire…
 
 
 Robert Lévesque
 

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