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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

LA DER' DE 2011  

2011-12-15

    L’année s’achève et avec elle se dévoilent des cargaisons de listes en tout genre. Les meilleurs, les pires, les plus, les moins, tout y passe, au plus grand plaisir du cinéphile dont il faut bien l’avouer l’établissement de classement est un des exercices préférés. Évidemment, l’équipe de 24images.com n’allait pas passer à côté de l’occasion de partager avec vous ce qui a marqué, selon elle, notre année cinéma. De A à Z, voici donc nos petites revues de 2011.

Éric Fourlanty
- Shame, de Steve McQueen. Parce qu’on n’a pas vu un acteur (Michael Fassbender) tenir autant un film à bout de bras depuis Victoire Thivisol dans Ponette. C’est vraiment le seul lien à faire entre ces deux films.
- Weekend , d’Andrew Haigh. Présenté au 24e festival Image + Nation, un film gay à mettre entre toutes les mains. La découverte d’un Cassavetes britannique.
- Café de Flore, de Jean-Marc Vallée. Les mêmes défauts que ceux du surestimé Tree of Life: bouillie nouvel âge et séquences explicatives. Et les mêmes qualités : un désir de cinéma total, qui fait de la musique avec le 7e art.
- Le bruit des glaçons, de Bertrand Blier. Pour le plan-séquence muet dans une maison vide, bercé par la voix de Félix Leclerc chantant Ailleurs. Surprise, intelligence et émotion.
- La Jetée, de Georges Privet. Un blog jouissif, fouillé et éclairé, qui donne les mêmes plaisirs que le film d’un cinéaste qui a quelque chose à dire et qui sait comment le dire.  

Gilles Marsolais (sans ordre de préférence)
- Les aventures de Tintin : Le secret de la licorne, de Steven Spielberg
- Melancholia, de Lars von Trier
- Vénus Noire, d'Abdellatif Kechiche
- We Need to Talk about Kevin, de Lynne Ramsay
- Le vendeur, de Sébastien Pilote

 Serge Abiaad
- La découverte de Ramon Giger (A Still Jacket) et Matt Porterfield (Putty Hill) aux RIDM, de Édouard Beau (Searching for Hassan) au FNC et de Rosto (The Monster of Nix) aux SCAM
- Deux films coréens avec beaucoup de couteaux : I Saw the Devil de Kim Ji-Woon et The Murderer de Na Hong-Jin  
- Asghar Farhadi, le secret le mieux gardé d'Iran, révélé avec Une séparation  
- « Du nouveau », magnifique texte d’André Habib autour de Tree of Life, publié sur horschamp.qc.ca
- Manoel de Oliveira qui vient de fêter ses 103 ans et qui n’est toujours pas à court d’idées.
Mention spéciale : La réouverture des portes du Ciné-Club de LaBanque  

François Jardon Gomez
- Copie conforme d’Abbas Kiarostami
- Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois
- En terrains connus de Stéphane Lafleur
- Film Socialisme de Jean-Luc Godard
- Melancholia de Lars von Trier  

Robert Lévesque    
- La rétrospective Jafar Panahi au Cinéma du Parc, ses cinq superbes longs-métrages « téhéranais » et ce subtil petit chef-d’œuvre de cinéma de résistance qu’est Ceci n’est pas un film.
- Le poème, du sud-coréen Lee Chang-dong, avec la frêle et lumineuse actrice Yoon Jeong-hee.
- (d’ordre privé) Les correspondances entre Pierre Perrault et Louis Marcorelles puis entre Perrault et Guy Gauthier, des lettres non encore publiées, mais que j’ai pu lire avec la permission et l’hospitalité de Yolande Simard-Perrault à Baie-Saint-Paul cet été.
- La chaîne ontarienne TFO pour (entre autres rendez-vous de 21 heures) la présentation de l’œuvre géniale de Yasujiro Ozu.
- Le Dictionnaire Eustache publié sous la direction d’Antoine de Baecque aux éditions Léo Scheer, avec entre autres la participation d’André Habib qui m’apprend, à l’entrée « Voix », que l’auteur de La maman et la putain avait sur sa table de travail le projet d’un film, La rue s’allume, qui aurait été une longue conversation téléphonique nocturne entre deux amis, « à l’approche du petit matin »…

Philippe Gajan
- « Le sens de la vie » 2011: l’avènement d'un cinéma métaphysique qui prend enfin de la hauteur : The Tree of Life, Melancholia, L'Apollonide, Hors Satan, Habemus Papam, etc. Vive le cinéma qui ne nous prend pas pour des cons et à bas le cinéma réaliste, cinéma-prétexte trop souvent à une pâle copie réactionnaire du réel.
- « Papy fait du 3D » Herzog, Wenders, Scorsese : les « auteurs » inventent le cinéma en 3 dimensions. À ne pas confondre : 3e dimension et relief (ou profondeur de champ). Au moment où le 3D gadget semble (déjà) s’essouffler, les grands sages nous en mettent plein le cinéma.
- « J'ai 30 ans et qu'ai-je fait de ma vie (et je vous emmerde) ? »: Nuit #1 et Laurentie se répondent et donnent une profondeur à l'ère du vide ambiant. On aime ou on n’aime pas et c'est tant mieux!
- L'Iran: Les films quasi clandestins, les cinéastes emprisonnés, la répression... L'année des printemps arabes n'a pas semblé ébranler l'empire perse.
- Montréal: L'imbécile controverse sur le film d'ouverture des RIDM. Wiseman attaqué pour machisme... Et pourquoi pas! Et en vrac, la renaissance d'Excentris, le nouveau festival de Macerola, l'annonce du Phicenter pour mars, une nouvelle direction à la Cinémathèque québécoise... Plus ça change? Espérons!  

Apolline Caron-Ottavi (sans ordre de préférence)  
- The Tree of Life de Terrence Malick
- Once Upon a Time in Anatolia de Nuri Bilge Ceylan
- Shame de Steve McQueen
- Melancholia de Lars von Trier
- Habemus Papam de Nanni Moretti
Mention: Drive, de Nicholas Winding Refn, avec en mention spéciale le mouvement de danse de Ryan Gosling dans la scène de l'ascenseur.  

Damien Detcheberry
- Festival de Cannes : quoi qu'on en dise, de la sélection officielle ou des sections parallèles, le Festival de Cannes reste le plus important rendez-vous cinéphilique annuel. Il a rassemblé cette année encore un nombre incroyable de belles surprises : Arrêt en pleine voie d'Andreas Dresen, Volcano de Rúnar Rúnarsson, Play de Ruben Östlund, Oslo, 31 Août de Joachim Trier, mais aussi L'Apollonide de Bertrand Bonello, L'exercice de l'État de Pierre Schoeller, Once upon a time in Anatolia de Nuri Bilge Ceylan, et surtout Tree of Life de Terrence Malick, qui éclipsera probablement tous les autres, s'il ne doit en rester qu'un.   
- Disparition de Sidney Lumet : puisque le réalisateur de Serpico, d'Un après-midi de chien et de Douze hommes en colère ne fera plus de film, il est plus que temps de réévaluer ses œuvres méconnues et de redécouvrir la carrière incroyable de ce cinéaste discret : The Offence, le plus beau rôle de Sean Connery, La colline des hommes perdus à mettre à côté des Sentiers de la gloire de Kubrick, Fail Safe avec Henry Fonda en plus grand président américain, sans oublier son dernier long métrage, tragique et magnifique, Before the Devil Knows You're Dead.  
- Découvertes québécoises : parce qu'il n'y a pas que Cannes, tout de même — les festivals québécois ne sont pas en reste de belles découvertes : Work in Progress de Bill Stone aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal, Hellacious Acres: The Case of John Glass de Pat Tremblay à Fantasia, Nuit #1 d'Anne Emond au Festival du nouveau cinéma... La diversité des festivals québécois permet plus que jamais de dénicher les talents.  

Helen Faradji
- The Tree of Life de Terrence Malick : qui plane au-dessus de la mêlée, loin, très loin. Une pure expérience de cinéma ou une expérience de cinéma pur, peu importe, le choc et surtout l’absolue adéquation entre cette œuvre et le grand écran de cinéma sont indéniables.  
- L’Iran : Une Séparation, d’Asghar Farhadi, merveille de finesse et de subversion, Ceci n’est pas un film de Jafar Panahi qui pose l’odieuse question «que peut un cinéaste empêché de créer? » et surtout le nombre insensé de cinéastes, techniciens, acteurs et autres artisans du cinéma iranien arrêtés pour des motifs fallacieux. En 2012, ils doivent être libérés.  
- Michael Fassbender : en 2011, il y aura eu deux camps : les Ryan Goslingiens (épatant dans Drive, tout en violence, en virilité et en vague à l’âme, il faut le reconnaître) et les Michael Fassbenderiens. Deux nouvelles gueules, deux nouveaux physiques, deux nouveaux acteurs qui s’engagent physiquement dans leurs rôles et remettent l’acteur au centre du cinéma américain. Mais pour la performance-exploit de Fassbender dans Shame, où l’intensité ne semble plus avoir de limites, la palme lui revient.  
- Le désenchantement : Drive de Nicholas Winding Refn, Nuit #1 d’Anne Émond, Le Vendeur de Sébastien Pilote, L’exercice de l’État de Pierre Schoeller, Take Shelter de Jeff Nichols… et autant de variations sur un même thème : la perte de repères. Notre monde s’écroule? Peut-être, mais ça donne de sacrés bons films.  
- Le renouveau de la comédie : entre Kristen Wiig façonnant avec une verve et un dynamisme inouï le destin de 5 demoiselles d’honneur et d’une mariée dans Bridesmaids (rappelant du même coup que les filles aussi en ont) et l’arrivée de cet ovni qu’est Attack the Block de l’anglais Joe Cornish, mélangeant le film social, la science-fiction et la comédie potache avec grand art, on a ri, et différemment, en 2011. Voilà qui a aussi fait du bien.  

    En attendant de connaître vos coups de cœur, vos coups de gueule, vos immanquables de 2011, que se souhaiter alors pour 2012? Encore plus de bons films? Évidemment. Mais aussi un monde qui respecte ses créateurs, un monde où la dignité voudra encore dire quelque chose, un monde qui se remettra les valeurs à la bonne place.  On se retrouve de l’autre côté. Et d’ici là, bon cinéma à tous, le plus sincèrement du monde.  

L’équipe de 24images.com  

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