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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

DU PIRE AU SUBLIME

2007-09-13

Du pire au sublime

    Pendant que la plupart de nos collègues font buddy-buddy avec les amis du Festival de Toronto et se pâment notamment pour le film québécois, attendu il est vrai, Continental de Stéphane Lafleur (qu’on devrait pouvoir découvrir prochainement), notre semaine cinéma, elle, fait la gymnaste de compétition en pratiquant une lente mais mesurée progression entre le très mauvais et le très bon.

    Du côté neurones en berne, on ne s’attardera donc pas sur Mr. Woodcock de Craig Gillespie dans lequel un jeune homme voit sa mère épouser son ancien prof de gym. On allumera par contre quelques cierges pour Susan Sarandon et Billy Bob Thornton perdus dans cette mélasse et à qui l’on souhaite sincèrement de retrouver le chemin des performances inoubliables.

    De la même façon, The Hunting Party, orchestrant la ballade en Bosnie de Richard Gere, Terrence Howard et Diane Kruger (inspirée par la traque réelle du leader serbe Radovan Karadzic) et signée Richard Shepard, ne nous inspirera qu’un hochement de tête poli, de ceux qu’on réserve habituellement aux solliciteurs venant sonner à notre porte à 18h pour nous refourguer leur cargaison de chocolats-dictionnaires-calendriers et autres essentiels.

    The Brave One
, lui, nous mettait davantage l’eau à la bouche. Si on y retrouve encore Terrence Howard, décidemment occupé ces temps-ci, le thriller est d’autant plus anticipé que l’on peut s’y laisser emporter par la présence de Jodie Foster (à l’aise dans le genre, comme elle l’avait montré l’année dernière dans Inside Man de Spike Lee) dans le rôle d’une femme agressée cherchant vengeance. On aura, certes, déjà vu les trompettes de l’originalité résonner pour beaucoup moins que ça, mais on pourra bien laisser un blanc-seing au film étant donné l’identité de son réalisateur : Neil Jordan. Rappelez-vous, sur le papier The Crying Game semblait lui aussi bien banal…

    Les sujets durs et intenses abonderont cette semaine au rayon documentaire. D’abord avec No end in Sight, premier film de Charles Ferguson primé à Sundance, relatant le triste destin de l’Irak depuis la chute de Baghdad en 2003 et mettant directement en cause les erreurs politiques de l’administration Bush, le président détenant probablement le record du nombre de documentaires consacrés à son incompétence.

    Toujours aussi troublant, mais cette fois beaucoup plus intime, Le voyage d’une vie sera présenté dans le cadre de Docville au cinéma du Parc. Réalisé par Maryse Chartrand, le film fut conçu au départ comme le récit de l’année sabbatique d’une famille décidée à faire le tour du monde. Beau projet. Sauf que 10 mois après leur retour, le père, Samuel, se suicida. Maryse Chartrand apprivoisa alors son deuil en transformant son film en documentaire sur le suicide, première cause de mortalité chez les jeunes hommes québécois. Le cinéma conçu comme thérapie et comme document d’aide à d’autres, la démarche est en tout les cas pertinente.

    Tout aussi sombres, bien que davantage accrochés au flanc de la fiction, 2 films, cette semaine, sont à considérer comme des immanquables. Still Life de Jia Zhang-Ke, lion d’or du festival de Venise en 2006, sublime et mélancolique méditation sur le temps qui a passé autour du barrage chinois des Trois Gorges. Le dernier numéro de 24 Images consacre au film et au cinéaste de superbes pages (p.32-41) auxquelles on vous renvoie avec plaisir.

    Eastern Promises
, nouvel opus du décidemment en forme David Cronenberg est pour sa part tout aussi brillant bien que résolument tourné vers les terres du film noir. Film conçu comme un parallèle négatif à son précédent A History of Violence, Eastern Promises sera analysé en détail dans le prochain numéro de la revue 24 Images. En attendant, on peut déjà vous dire qu’il est l’un des immanquables de 2007, aussi glacé qu’il est vibrant, aussi sauvage qu’il est maîtrisé.

    Restait Across The Universe. Après un Frida coloré et poétique, Julie Taymor tâche de retrouver dans cette comédie musicale étrange son sens de l’émerveillement en s’attaquant cette fois à de véritables icônes de la culture pop : les Beatles.

Helen Faradji



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