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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

ILS ONT 30 ANS ET TOUTES LEURS DENTS

2012-02-09

    1982. Deux ans plus tôt, la Semaine du cinéma québécois tirait sa révérence. Mais sous l'impulsion de Francine Allaire, Carol Faucher, Sylvie Groulx, Babalou Hamelin, Pierre Jutras, Daniel Lajeunesse et Renée Roy, l'idée de se réunir l'espace de quelques journées autour de notre cinéma refusait de mourir. À l'époque où l'embouteillage festivalier d'automne préoccupait moins dramatiquement (trois ans plus tard, on investira tout de même l'hiver), les premiers Rendez-vous d'automne du cinéma québécois prenaient donc leur envol. Et les festivités démarraient avec la projection des Fleurs sauvages, portrait de famille subtil et envoûtant, récompensé d'un prix de la critique internationale lors de sa présentation à Cannes quelques mois auparavant. Bonne idée, parmi d'autres, les Rendez-Vous version 2012 (www.rvcq.com) ont ressorti des voûtes ce fort joli film pour mieux le présenter aux jeunes générations (la projection sera suivie d'une rencontre avec quelques-uns des fondateurs de la manifestation). Dans le même ordre d'idée, c'est dans l'année 1989 qu'ils sont encore allé puiser pour en ressortir "Le débat du cru", une tradition du festival accueillant l'avis éclairé d'intellectuels étrangers sur notre cinéma et la représentation qu'il fait du Québec. Voir comment les autres nous voient, l'idée est alléchante et celle des RV de la faire renaître, en piochant dans sa boîte à souvenirs, tout autant.

    Souvenir. Le mot convient bien aux Rendez-Vous. C'est d'ailleurs lui qu'a choisi Emmanuel Bilodeau, porte-parole de la bête, dans son mot d'introduction, évaluant que « les RVCQ sont les spécialistes du 'Je me souviens' ». Car les RV, même s'ils n'hésitent pas à dénicher quelques primeurs (cette année, entre autres, Bestiaire de Denis Côté et Over my Dead Body de Brigitte Poupart), sont d'abord et avant tout conçus comme une vitrine de la production nationale de l'année précédente. Une façon festive et chaleureuse de faire son rattrapage, d'aller vérifier que les Jutra à venir font dans le juste et le pertinent (à ce sujet, l'association entre les RVCQ et la Soirée des Jutra, désormais chapeautée par le même organisme, Québec Cinéma, paraît plus que légitime, elle est naturelle). Une manière de nourrir la mémoire pour mieux appréhender le futur, en somme (c'est également dans cet esprit que 24 Images est très heureux de s'inviter à la fête des RVCQ, le 18 février à 17h, pour vous présenter ses 200 films québécois qu'il faut avoir vus!)

    Une visite dans notre cinéma, donc, mais également un regard tourné vers l'ailleurs, car ce n'est que dans l'échange et le partage que l'on avance. Tiens, cette année, au côté du grand Robert Morin qui nous fera le coup de la leçon de cinéma (en plus d'une présentation de Petit Pow! Pow! Noël, Le journal d'un coopérant et Papa à la chasse aux lagopèdes) et de Jacques Leduc à qui la Coop a décidé de rendre hommage, via à un 5à7 et la projection de Chronique de la vie quotidienne (voire notre dossier spécial consacré au cinéaste), c'est Claire Denis, l'ex-assistante de Rivette, Wenders ou Jarmusch, devenue grande qui sera à l'honneur avec notamment la projection de 35 Rhums, Beau travail, Trouble Every Day, sa réinvention du film de vampires, à notre sens le plus troublant et le plus sauvage de sa filmographie, et son tout dernier White Material, déjà présenté au Festival du Nouveau Cinéma en 2010 mais n'ayant jamais trouvé le chemin de nos salles depuis…

    Une ouverture à l'autre qui se concrétise également dans un accueil plus que favorable que font chaque année les RVCQ aux pratiques différentes de notre cinéma : la vidéo y a toujours été choyée, tout comme le cinéma expérimental ou étudiant. Rien d'étonnant, donc, à ce que cette année s'étoffe tout particulièrement un volet interactif où l'on pourra par exemple discuter avec des spécialistes de web-docs, de transmédia et de création virtuelle ou assister au lancement du site interactif ONF/Burquette (le très sympathique personnage créé par le bédéiste Francis Desharnais) ou à des projections, en présence de leurs créateurs, du Bruit des mots, d'Épopée ou de Code Barre (notre critique).

    Du hier, du aujourd'hui, du demain… De la mémoire, de la fête et de l'anticipation… Du nous, du eux et des passerelles... exactement le programme qui convient lorsqu'on a 30 ans.

Bon cinéma et bons rendez-vous

Helen Faradji

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