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17 FILLES - critique de François Jardon-Gomez

2012-02-16

UN CORPS À SOI

    17 filles, premier long-métrage de fiction des sœurs Coulin, tire sa matière d’un fait divers survenu en 2008 au Massachusetts, mais transpose l’histoire à Lorient, en Bretagne. Les filles du titre, ce sont des lycéennes qui décident d’avoir un enfant en même temps : un acte de rébellion, d’émancipation, mais aussi une quête de sens face à une société qui ne semble leur offrir aucun avenir.

    Ces adolescentes n’hésitent pas à revendiquer haut et fort leur droit à la liberté : la loi interdisant aux parents de forcer une mineure à avorter, elles ont beau jeu de se projeter dans des lendemains qu’elles espèrent chantants. Elles désirent changer le monde, elles sont frondeuses, leur regard est haut et fier et elles ne se soucient guère des obstacles. Au-delà de l’évident clivage des générations, c’est toute une communauté qui reste interdite devant cette situation que nul n’arrive à interpréter. Tandis que parents et professeurs rejettent la faute et la responsabilité les uns sur les autres, le petit groupe des jeunes filles devient de plus en plus nombreux : de cinq meilleures amies, il y en aura douze, puis quinze, puis dix-sept lycéennes unies par le même rêve un peu fou.

    Les sœurs Coulin ne réinventent certainement pas le genre du film d’initiation (coming of age movie), dont 17 filles relève à n’en point douter, mais elles y imposent une manière, un ton, notamment avec des dialogues très bien écrits, qui élèvent leur film au-dessus de la mêlée. Inscrivant leur œuvre dans la veine d’un réalisme social, les auteurs travaillent une mise en scène qui n’est pas sans rappeler celle de Laurent Cantet (l’actrice principale, Louise Grinberg, jouait d’ailleurs dans Entre les murs), toute en lumière naturelle, usant à bon escient de la caméra à l’épaule. C’est filmé doucement, avec une grâce dépourvue d’érotisme, à coup de gros plans qui s’attardent délicatement sur les corps de ces jeunes filles, scrutant les yeux, le grain de la peau, ces ventres arrondis qui sèment l’émoi dans toute une communauté. La scène de gymnastique prénatale à la piscine, tandis que la caméra s’attarde sous l’eau à ces corps libérés du poids du monde, est d’ailleurs emblématique de cette posture.

    Le film est ponctué d’humour — notamment lors de la scène de visite en groupe à la pharmacie — de moments de légèreté où l’insouciance peut encore avoir sa place dans ce monde de futur(e)s adultes — comme la partie de football sur la plage avec un ballon enflammé —, mais également de moments sombres. Car après l’insouciance, la peur et le doute s’installent, cette histoire n’est pas un conte de fées et la réalité rattrape le spectateur autant que les personnages, signe que la gravité du sujet n’échappe pas aux réalisatrices. L’insertion de plans statiques des adolescentes seules dans leur chambre, en proie à l’ennui, mais d’un ennui qui ne passe pas avec la grossesse pourtant porteuse d’espoir, fixe avec intelligence la gravité du sujet.

    La réussite de 17 filles tient notamment à ce que l’énergie des jeunes interprètes, toutes très justes, est contagieuse, à un point tel qu’on se prend à espérer que le rêve continue, que la réalité ne refasse pas surface et que le film dévie de la fin malheureuse inévitable, typique de ce genre cinématographique. Or, si les sœurs Coulin ne transgressent pas les limites du genre, elles ont le bon goût de ne pas imposer une morale sentencieuse qui jugerait de haut l’échec des personnages. Au contraire, le film, en laissant la parole finale à une des protagonistes, en voix hors-champ, qui rappelle qu’« on ne peut rien contre une fille qui rêve », s’enivre lui-même du rêve de ces adolescentes qui revendiquent leur liberté. S’agit-il d’un geste féministe, politique, d’un coup de gueule contre la routine du monde adulte et la platitude du système scolaire, ou simplement d’un geste immature ? Heureusement, les réalisatrices laissent le spectateur se débattre avec ces questions.

François Jardon-Gomez


La bande-annonce de 17 Filles

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