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NÈGRES ROUGES D’AMÉRIQUE - par Robert Lévesque

2012-04-12

    Le lien entre The Searchers de John Ford et The Unforgiven de John Huston, deux westerns tournés aux USA dans la seconde moitié des années 50, c’est d’abord le thème du racisme entre les Blancs et les Indiens, dits alors les Peaux-Rouges (les Red-Niggers, donc les Nègres rouges d’Amérique…), un racisme franchement exposé, pour ne pas dire exploité, mais un racisme qui se retournerait contre lui-même, un racisme percé à jour et, au finish, doucement dénoncé dans des happy ends édifiants. Dans le film de Ford, La prisonnière du désert, John Wayne sauve la « devenue Comanche » alors qu’il se devait de la tuer, dans celui de Huston, Le Vent de la plaine, Burt Lancaster épargne celle qu’il sait sa sœur adoptive, mais dont il apprendra qu’elle est bel et bien une Indienne, une Kiowa.

    Dans les deux cas, c’est l’amour qui triomphera de la haine. La victoire du cœur sur le sang. Dans les deux cas, le cinéma américain et blanc passera subtilement au manifeste antiraciste, mais non sans avoir à profit fouillé les entrailles de cette peste morale, de ce sentiment violent, viscéral, d’où vient tout le mal…

    Ces deux scénarios adaptaient des romans du romancier américain Alan Le May (1879-1964) qui venaient tout juste de paraître. Ford, en 1956, sauta sur l’idée d’adapter The Searchers qui était paru en 1954, et Huston, en 1959, accepta vite d’adapter The Unforgiven paru en 1957. Il y avait comme une urgence en la demeure hollywoodienne, un désir d’exaucement humaniste afin de montrer, si l’on peut dire, patte blanche (bonne volonté ou grandeur d’âme) devant le problème lancinant et humiliant et usé du rapport entre les races fondatrices et occupantes… Ces efforts de bonne volonté ne suffirent pas, cependant…, et un Marlon Brando, en 1973, refusant son Oscar pour The Godfather, se fera remplacer à la cérémonie par une femme Apache qui dénonça le racisme toujours vivace, en particulier dans l’affaire de Wounded Knee…

    Revenons au film de Huston que vous verrez à Télé-Québec le mercredi 18 avril à 21 heures. Malgré ce qu’en a dit et écrit son réalisateur, c’est un excellent western dont la montée vers la finale est sans failles et justement pas du style cucul-la-morale. Dans son autobiographie, An Open Book, parue en 1980 chez Knopf à New York (on la trouve en français chez Pygmalion, Paris 1982), Huston se trompe lorsqu’il avoue : « Je voyais dans cette histoire un potentiel dramatique plus large que celui qui était prévu. Je voulais en faire un plaidoyer contre l’intolérance, le racisme, la morale couramment admise. Malheureusement, les producteurs ne voulaient qu’un banal film d’action, avec un homme de l’Ouest plus beau que nature. J’eus le grand tort de ne pas tout envoyer promener. Certains de mes films ne me plaisent guère, mais celui-ci est le seul que je déteste vraiment. Tout y est faux, grandiloquent, démesuré. Récemment, on le passait à la télévision. J’ai tourné le bouton avant la fin de la première bobine. J’avais honte ».

    Cinéphiles, ne tournez pas le bouton. Et puis vous ai-je dit que la Kiowa supposément blanche est jouée par Audrey Hepburn, la plus belle nuque de l’histoire du cinéma occidental ? Et que Burt Lancaster était à trois doigts de voler vers Visconti ? Et que si vous avez un œil de lynx vous apercevrez en Mexicaine basanée errante Rita Hayworth herself qui donnait, caprice de star, dans la figuration…

Robert Lévesque

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