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SAUVER L’HONNEUR DE L’HOMME - par Robert Lévesque

2012-04-19

    Le citoyen cinéaste Jean-Pierre Melville (1917-1973), qui avait traversé la 39-45 en rejoignant les rangs de la Résistance, a consacré trois de ses 13 films à ce mouvement héroïque et cette époque sombre. Dès 1947, il signa l’adaptation d’une œuvre majeure de la littérature issue de cette page d’histoire, Le silence de la mer de Vercors (un officier allemand francophile loge dans la maison de campagne d’un homme qui, avec sa nièce, opposent un silence farouche à toutes les tentatives de rapprochement). En 1961, il récidive en douceur avec un autre roman, celui de Béatrix Beck, Léon Morin, prêtre (dans un village occupé, une athée révoltée, dont le mari est mort à la guerre, se sent attirée par un jeune curé chez qui elle découvre la générosité humaine), avant de tourner, en 1969, avec la distance nécessaire, un grand film sur la ramification et l’ensemble d’un réseau de résistants, des hommes et femmes non pas tant héroïques qu’humains. C’est L’armée des ombres, un scénario de Joseph Kessel dans lequel l’écrivain malaxa les propres souvenirs de Melville et l’action menée par Lucie Aubrac et son mari Raymond, ces grandes figures de l’armée des « Justes ».
 
    On verra ce film sur TFO le 23 avril à 21 heures. Or, il se trouve qu’il y a quelques jours, le 8 avril 2012, mourait à 97 ans, cinq ans après sa femme Lucie, Raymond Aubrac, l’un des derniers Français à avoir connu Jean Moulin, ce nom-symbole et « panthéonnisé » de tous ceux-là qui, devant les Allemands, risquèrent leur vie pour sauver l’honneur de l’homme et puis celui de leur pays. L’histoire a de ces hasards jolis lorsque l’on constate que ce Raymond Aubrac, un ingénieur des Ponts et chaussées, était né à Paris le jour même de l’assassinat du grand Jaurès, le 31 juillet 1914.
 
    Mais le hasard est aussi malicieux et laid puisque le jour de la mort de Raymond Aubrac mourait aussi, à 92 ans, l’une des sales figures de la collaboration avec l’ennemi nazi, le Français François Brigneau, un type que l’Épuration et la Justice épargnèrent, lui qui avait été du Rassemblement national populaire du cancrelat Marcel Déat, puis de la Milice de Joseph Darnand, avant de filer ses jours d’après-guerre en écrivant ses crachats antisémites dans les pages de Rivarol puis de Minute, en priant à l’église avec les intégristes de Mgr Lefebvre, et en cofondant en 1972, avec Jean-Marie Le Pen, l’actuel Front National ! Une ordure.
 
    En connaissance de cause, Melville et Kessel (qui avait rejoint l’Angleterre en 1942 pour devenir, comme Romain Gary, capitaine d’escadrille de la France Libre) décrivent magistralement ce que pouvait être la vie constamment risquée dans ces cellules closes et isolées dans lesquelles, et par lesquelles, les combattants de l’ombre devaient tout sacrifier à l’intérêt collectif sans cependant risquer d’être victime de délations et de succomber aux pulsions du désespoir. Dans ce long film de Melville (150 minutes), on ne tombe pas dans la célébration de l’héroïsme, au contraire, à travers les visages de Signoret, de Ventura, de Reggiani, on voit le fil tendu des contradictions et les interrogations vers lesquelles les mènent les situations les plus banales, les plus risquées, les plus fatales. Signoret, pour la petite histoire, avait eu avant la guerre Lucie Aubrac comme professeur d’Histoire…
 
(Je dédie cet article à Gabriel Nadeau-Dubois, le porte-parole de la CLASSE, qui offre dans le conflit entre la jeunesse étudiante et le vieux pouvoir politique un magnifique exemple de résistance aux forces établies, aujourd’hui libérales, demain péquistes, toutes corrompues.)
 
Robert Lévesque
 

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