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TENNESSEE ET LE CINÉMA - par Robert Lévesque

2012-05-03

    Tennessee Williams et le cinéma, ce n’était pas commode. Même si toutes ses grandes pièces furent adaptées et pas par les moindres réalisateurs (Kazan, Mankiewicz, Lumet, Huston, Pollack…), puis interprétées par la caste des brûleurs d’écran (Brando, Magnani, Taylor, Burton, Katherine Hepburn, Monty Clift, Vivien Leigh, Paul Newman, Ava Gardner ; n’en jetons plus, la cour est pleine !), le dramaturge faisait la fine bouche : « Je n’ai aimé presque aucune des adaptations de mes pièces à l’écran », déclara-t-il à Albert J. Devlin dans un livre (Conversations with Tennessee Williams) qui parut trois ans après sa mort…
 
    Dans le « presque » de « presque aucune », il en réchappait deux, du moins cita-t-il quelquefois avec une certaine satisfaction The Roman Spring of Mrs Stone de Jose Quintero (1961) et Boom de Joseph Losey (1968), deux films mineurs en regard de A Street Car Named Desire de Kazan (1951), Cat on a Hot Tin Roof de Richard Brooks (1958), Suddenly Last Summer de Mankiewicz (1959) et The Night of the Iguana de John Huston (64), qui ne sont pas des chefs-d’œuvre de l’histoire du cinéma, certes, mais qui sont de grands films, inoubliables. Dans cette pose un brin snob, on sentait à l’œuvre son esprit de contradiction et son humour vache d’homosexuel folâtre…
 
    À sa décharge, il faut rappeler que, même si le film de Kazan fit sensation en 1951 (en lançant entre autres la bombe sexuelle Brando), pour lui, c’était mal parti, car la censure de l’époque, appelons cela la réglementation morale, fit en sorte que Kazan renonça à rendre au cinéma la liberté de mœurs que le théâtre permettait (du moins que Williams se permettait) et le drame de Blanche Du Bois fut amputé de l’incidence antérieure si importante à sa compréhension, celle de l’homosexualité du jeune amant, comme le viol de Stella par Stanley (viol pardonné…) était évacué. Ajoutons que le premier film tiré d’une de ses pièces, The Glass Menagerie de Irving Rapper en 1950, était une insulte qu’on lui fit avec un happy end, la pauvre Laura (sa lobotomisée sœur Rose étant le modèle) rencontrait l’amour alors que, dans la pièce, elle était abandonnée par un soi-disant boyfriend
 
    C’est Jane Wyman qui interprétait cette Laura qui devient heureuse et le dramaturge, toujours dans Conversations with Tennessee Williams, aura ce mot délicieusement bitch : « Jane Wyman a tourné dans le film de La Ménagerie de verre. Elle s’est mariée avec Ronald Reagan. La fille sans nez a épousé l’homme sans cerveau ».
 
    En délicatesse avec le cinéma qui lui refusait ce thème de l’homosexualité (la même chose avec Richard Brooks pour La chatte sur un toit brûlant, il ne fallait surtout pas penser que Brick avait été attiré par un camarade sportif), on ne se surprendra pas que le grand dramaturge américain (l’un des trois grands avec O’Neill et Miller) en fit à sa guise lorsqu’il présida le Festival de Cannes en 1976. Aujourd’hui, un tel comportement ne s’imagine pas : il quitta sa suite du Carlton pour un hôtel discret afin de draguer les grooms, il ne se présenta pas à la soirée inaugurale tenue en son honneur, il refusa de s’asseoir dans la section des jurés parce que, déclara-t-il, « ça me rend nerveux », son bulldog « Madame Sophia » ne le quittait pas ni sa casquette de loup de mer, il donna une conférence de presse au milieu du festival pour livrer ses impressions négatives sauf pour Cria Cuervos de Saura, et il se déclara en désaccord avec la Palme d’or qui allait à… Taxi Driver
 
    On regarde Boom sur Cinépop le 3 mai à 11 heures 20 ou 23 heures 35. Même s’il épargne ce film (sur une île volcanique de la Méditerranée, une milliardaire lutte contre la mort en retenant auprès d’elle un poète errant…), il affirma à France Soir que Liz Taylor était « trop jeune » pour le rôle et Burton « trop gros »…
 
 Robert Lévesque

La bande-annonce de Boom

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