Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

ET SI…

2012-05-03

    Avec des matraques ou des fleurs, du gaz ou des postures de yoga, les images que nous retiendrons collectivement de ce printemps 2012 sont fortes. Puissantes. Du genre à s’imprimer dans la rétine pour toujours. Parce qu’elles sont vraies, parce que souvent, elles font mal, parce qu’elles disent mieux que tout le reste le courage, la détermination et la créativité de ceux qui sont en train de faire notre avenir à tous. 

    Mais bientôt, un jour, nécessairement, la fiction, merveilleux vampire, s’en mêlera. Et l’envie d’imaginer ce que le printemps 2012 donnera passé à la moulinette de l’imagination de quelques-uns des plus grands noms du cinéma mondial est forte. Que donnerait donc une scène de cette superbe lutte vue…

*À la manière d’Eisenstein : dialectique oblige, trois plans secs et sans appel se succèderaient : une marée rouge envahissant les rues, un conseil des ministres où la tension serait palpable et un plan sanglant de cochons que l’on égorge. 

*À la manière de Polanski : dans un appartement cossu, Line et Jean reçoivent Martine et Léo pour discuter des mauvais comportements de leurs progénitures. De courtoise, la conversation est devenue venimeuse. De rage, Martine finit par vomir sur la table basse où repose une très belle édition reliée du budget 2012.

*À la manière de Desplechins : dans un intérieur bourgeois, un père de famille se prend la tête entre les mains. Son fils vient de lui annoncer son intention de poursuivre ses études à l’université. S’en suit entre les deux une longue discussion sur les mérites comparés de l’université et de l’apprentissage à la dure. Le fils finit par fuir et claquer la porte en s’écriant « salauds de riches »

*À la manière de Woody Allen : dans le même intérieur bourgeois, le même conflit père-fils. Mais cette fois, le fils annonce à son père qu’il ne poursuivra pas ses études pour aller sur le terrain et devenir chroniqueur dans un quotidien montréalais à grand tirage. Proche du désespoir, le père s’isole pour téléphoner à un ami médecin et comprendre de quel mal étrange son fils peut bien souffrir.

*À la manière d’Almodovar : dans une salle sans fenêtre sur laquelle se braquent plusieurs mini-caméras, une créature se prélasse dans un lit. Derrière un écran de contrôle, un chirurgien fou prénommé Jean murmure : « je vais t’appeler Line »… Toute la scène est vue à travers un filtre écarlate.

*À la manière de Scorsese : en off, une voix rauque commente l’arrivée d’un mafieux devant un bureau officiel. « Ce qu’il y avait de bien, au printemps 2012, c’est que personne ne se souciait de nous. On pouvait faire nos affaires comme on voulait. Et puis, avec Ti-Jean dans la poche, qui allait nous empêcher? »

*À la manière d’Oliver Stone : en caméra subjective, fébrilement, nous pénétrons dans un groupe de casseurs juste avant son départ pour une manifestation. Au téléphone, le chef cagoulé de noir semble prendre des ordres. De qui? Nous ne le savons pas. Mais les casseurs sont surexcités et se retournant vers eux, le chef leur lance : « on a le go, lâchez-vous »

*À la manière de Terrence Malick : Gabriel, Léo et Martine se réveillent, hagards, au milieu d’une clairière. Le soleil brille, une douce brise agite les herbes hautes autour d’eux. Un bruit sourd résonne en arrière-fond. Alors qu’ils se lèvent, la caméra s’élève dans le ciel et les observe, distante, courir à travers champ

*À la manière de Kusturica : en plein cœur d’une manifestation nocturne, une chorale est rejointe par un groupe de musiciens. Leur joyeux brouhaha couvre les slogans tandis que l’entière cohorte de manifestants se met à danser et chanter avec l’énergie du condamné à leur côté.

*À la manière d’Haneke : Line, une professeure à la dureté légendaire, tombe amoureuse de Gabriel, un de ses élèves avec qui elle n’a pourtant aucun point commun. Une relation intense et foudroyante qui la mènera à explorer ses propres abysses, sous le regard désapprobateur de son père Jean

*À la manière d’un cinéaste québécois : nous ne voulons pas l’imaginer, nous voulons le voir. 

Bon cinéma 

Helen Faradji 

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Vos réactions (1)

  1. À la manière d'un cinéaste québécois: nous ne voulons pas l'imaginer, nous voulons le voir. Le film existe, il s'intitule "Le Banquet", il contient, j'en conviens, son lot d'imperfections, la démarche d'écriture était cependant sincère, voire engagée, au même titre qu'un film comme " Laurentie ", jugé suspect par les vôtres, mais votre revue, à travers une critique méprisante et assassine (d'ailleurs qu'est-il advenu de Juliette Ruer) a cru bon de le discréditer, et cela, d'un revers de la main. Et pourtant, la réalité d'aujourd'hui, rejoint, à peu de chose près, cette fiction, un temps soit peu maladroite qu'était " Le Banquet ". Il existe, au sein de votre revue, une méconnaissance crasse de la scénarisation au profit de l'image et des nouvelles formes qui, finalement, ne veulent plus rien dire. L'orientation éditoriale de votre revue correspond à ce qui est arrivé à la composition d'une équipe comme le club de hockey Canadien. Hubert-Yves Rose Auteur-réalisateur

    par Hubert-Yves Rose, le 2012-05-03 à 18h42.

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