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QUÉBEC SOUS ORDONNANCE - Critique d'Helen Faradji

2007-10-04

Allo, maman, bobo

    On peut bien s’en désoler, ça n’y changera rien : il y a belle lurette que le journalisme s’est transformé. À grands coups de sensationnalisme, de scoops, de human interest, il est peu ou prou devenu au monde ce que le kraft dinner est à la haute gastronomie. Un succédané tout triste, tout mou. Ce nouveau journalisme s’est même ici, au Québec, trouvé un fier représentant : Paul Arcand.

    Car ne nous y trompons pas, Québec sous ordonnance, nouveau film d’Arcand après Les voleurs d’enfance, n’est pas un documentaire. Il est plutôt un exemple de cette nouvelle façon de faire vite et choc. Rien à voir avec du cinéma. Au mieux, un long reportage TVA sans pauses publicitaires. Au pire, un survol bâclé du paysage de la santé au Québec qui n’apprend d’ailleurs rien de bien neuf.

    Inutile donc de parler de mise en scène, il n’y en a tout simplement pas. Accolant plans misérabilistes, symboles de première année option bricolage et résumés approximatifs, Québec sous ordonnance voit beaucoup trop large pour son propre bien. Voulant faire un check up général de la situation, il ne donne en fait qu’un portrait fragmenté du tout, passant du coq à l’âne comme un accro en manque de sensations.

    Les pressions des industries pharmaceutiques, le coût des médicaments, les erreurs médicales, les médicaments achetés sur internet ou dans la rue, tout y passe donc sans jamais oublier ce bon vieux principe : montrons les conséquences, avec plein de gros morceaux de pathétique dedans, ça nous évitera d’avoir à nous pencher sur les causes. Et surtout, mettons tout au même niveau, sans priorité : le doc Mailloux, le ministre Couillard, la pauvre gamine à qui on donne par erreur une surdose de potassium. L’important : secouer le bon monde en faisant pleurer matante dans les chaumières. C’est encore ce qui marche le mieux.

    La tentation serait grande de faire de Paul Arcand notre Michael Moore. Les collages et le cynisme s’y ressemblent, il est vrai. Mais Arcand, lui, n’a ni le sens de l’humour de Moore, ni son sens de l’efficace. Il a par contre le sens de télé. On n’y gagne vraiment pas au change.
 
Helen Faradji

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Vos réactions (2)

  1. Ce qui est encourageant: le film semble tellement baclé que ce sera peut-être le dernier film de Paul Arcand. Ce qui est inquiétant: le film est tellement baclé que si il marche quand même, non seulement ce ne sera pas son dernier mais il pourrait inciter d'autres dans le documentaire "hit and run".

    par Etienne, le 2007-10-04 à 11h25.
  2. Après Aurore, une autre belle demande «sociale» de Denise Robert. Elle nous dit de Paul Arcand «...c’est sa curiosité avant tout qui m’intéressait. Je n’ai pas fait appel à lui pour qu’il fasse un documentaire en forme de carte postale. Je le voulais lui pour son talent à questionner et à obtenir des réponses. Sa force, c’est qu’il pose sans détour les questions que monsieur et madame Tout-le-monde ont envie de poser. Il n’a pas peur de poser les questions, et il va continuer à les poser jusqu’à ce qu’il obtienne ses réponses». Évidemment, ça n'a ABSOLUMENT RIEN À VOIR avec le fait que Les Voleurs d’enfance avaient engrangé 1,7 million de dollars au box-office québécois, un record pour un documentaire d’ici. KE-CHING!!!$$$ C'est drôle comment le human interest coïncide avec les profits. Comme les Américains qui défendent la démocratie là où coule par hasard le pétrole...

    par Antoine, le 2007-10-04 à 19h15.

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