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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

MA CINÉMATHÈQUE BIEN-AIMÉE

2012-05-10

    Bientôt 50 ans. Cinq décennies à « sauvegarder le patrimoine audiovisuel mondial, en privilégiant les œuvres québécoises, canadiennes et le cinéma d’animation international, pour le mettre en valeur à des fins culturelles et éducatives » tel qu’il est indiqué sur son site joliment revampé. 50 ans d’histoire que la Cinémathèque enregistre, patiemment, sérieusement, pour mieux nous aider à envisager l’avenir. 50 ans de rétro, de rencontres, de découvertes dont nous ne saurions trop souligner l’importance. Comment ne pas le saluer?

    Mais, comme partout, la logique des gros sous fragilise le bon fonctionnement de notre institution. Comme partout, l’argent manque, et les problèmes de gestion vampirisent le temps et l’énergie de ceux qui se battent pour qu’à Montréal, et au Québec, l’idée d’un patrimoine cinématographique ne s’évanouisse pas dans l’air du temps. 

    Afin de trouver une solution, la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre a annoncé la semaine dernière qu’un comité d’experts* se pencherait sur la mission de la Cinémathèque. A priori, toute tentative d’asseoir plus solidement cette dernière ne peut être que la bienvenue. Et en attendant que leurs solutions, économiques imagine-t-on, émergent d’ici l’automne prochain, pourquoi ne pas se donner le droit de rêver notre Cinémathèque idéale?

    D’abord, en lui donnant au moins en songe les moyens à la fois physiques et financiers de ses ambitions. Physique, car, aussi agréables, et formidablement bien situés, soient ses actuels locaux, les récentes et tristes péripéties onefiennes font forcément fantasmer. Et si la Cinémathèque pouvait, par un heureux coup du sort, récupérer l’espace occupé par l’ONF au coin de la rue St-Denis et du boulevard Maisonneuve, et s’étaler ainsi sur un entier coin de rue qui deviendrait, en plein cœur du quartier étudiant, ce lieu dédié à la bobine dont rêvent les amateurs de cinéma? Imaginez un peu… Une salle de cinéma supplémentaire, une salle Fernand Séguin qui pourrait être entièrement repensée, des espaces qui pourraient fusionner, des médiathèques / cinérobothèque qui au lieu de péricliter dans leur coin reviendraient au niveau du sol pour mieux briller, une boutique qui pourrait rouvrir ses portes pour mieux alimenter tous les fétichismes cinéphiles… Et bien sûr, un nouveau lieu d’exposition agrandi qui remplacerait avec bonheur la salle et le foyer de la Cinémathèque et lui permettrait ainsi d’accueillir toutes ces expos qui font palpiter le monde (la Kubrick, la Burton…), mais pas Montréal. Évidemment, ces « aménagements », loin d’être mineurs, demanderaient un sérieux coup de pouce à l’enveloppe budgétaire allouée à la Cinémathèque. Mais qui rêve petit, s’ennuie.

    De la même façon, on aime à imaginer que c’est hors de ses salles de projection que la Cinémathèque pourrait trouver un second souffle. Là encore, peut-être en sauvant ce qui est sauvable du désastre annoncé à l’ONF, la brave institution pourrait par exemple reprendre l’idée des ateliers d’animation offerts aux enfants et ainsi assurer une continuité des publics en formant et enrichissant les regards de nos chères têtes blondes qui en ont assurément besoin. L’idée de lui permettre d’augmenter ses collections est également enthousiasmante et permettrait, éventuellement, d’adapter une partie de sa programmation régulière aux événements d’actualité qui secouent le monde autour d’elle (un cycle cinéma de la Révolution tranquille aurait par exemple été particulièrement bienvenu ces dernières semaines, en particulier augmenté de rencontres entre cinéastes de l’ancienne et de la nouvelle garde) ou encore d’offrir à certains personnages publics et invités des cartes blanches de programmation pour mieux appréhender leur imaginaire (la récente rétro Van Dormael aurait ainsi parfaitement pu être agrémentée d’une sélection de 4 ou 5 films choisis par le cinéaste dans les voûtes de la Cinémathèque qu’il aurait présentés). Tout comme celle de voir le café-bar ou un de ces nouveaux espaces dont nous rêvons accueillir davantage de rencontres et d’échanges entre les différents artisans de notre cinématographie et d’ailleurs et nous public, que ce soit par le biais de classes de maître plus régulièrement inscrites au programme ou de discussions thématiques entre deux cinéastes (tiens, par exemple, une rencontre Falardeau / Grbovic sur la place de l’Autre dans la fiction québécoise, ou des séries de rencontres entre directeurs photo sur l’importance de leur apport à un film, voilà qui stimulerait l’intérêt…). Ou bien sûr, cette idée encore de personnaliser encore plus les rapports entre l’institution et son public en accueillant sur son site le blogue d’un ou plusieurs de ses conservateurs, comme Serge Toubiana tient le sien sur celui de la cinémathèque française.

    Sans rien enlever au travail fait présentement par ses petites fourmis qui, avec les moyens du bord le plus souvent, se démènent pour faire vivre et vibrer l’établissement, il y a toujours de la place pour les améliorations. Toujours de la place pour que la relation entre les Québécois et le cinéma s’épanouisse. Toujours de la place pour que le cinéma soit mieux et plus mis en valeur. Et cette place, c’est en y pensant, tous ensemble et toute ambition dehors, que nous la dessinerons au plus près de nos rêves. 

Bon cinéma 

Helen Faradji  

* Le comité sera composé de M. Daniel Cloutier, directeur général des politiques de culture et de communications du MCCCF, Mme Brigitte Jacques, directrice régionale de Montréal, Mme Béatrice Couillard, Mme Marie-Thérèse Bournival, expert-conseil en muséologie, Mme Catherine Boucher, directrice du développement stratégique et des nouvelles technologies à la Société de développement des entreprises culturelles, et M. Benoît Ferland, directeur général de la conservation à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

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Vos réactions (2)

  1. Comment se fait-il qu'aucun praticien n'en fasse partie? De grâce appelez in comité paritaire de façon urgente... La composition actuelle du comité augure mal...

    par josette bélanger, le 2012-05-10 à 12h11.
  2. Je rêve d'une cinémathèque à l'image de celle de Paris avec ses salles, sa généreuse programmation, ses ateliers, sa boutique ect. Mais à ce jour, j'espère simplement sa survie et de nouveaux sièges! J'espère aussi que le comité sera apte à prendre en compte la qualité grandissante du travail de nos artisans du cinéma et qu'ils auront le désir de faire de la cinémathèque un très grand pôle culturel ouvert aux cinéphiles de tous âge et que la «nouvelle cinémathèque» aura le mandat de promouvoir un certain intérêt pour la cinéphilie chez les jeunes et que l'institution soit ouverte aux écoles pour ainsi leur garantir une nouvelle clientèle.

    par Olivier Bélanger, le 2012-05-10 à 12h37.

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