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DU VEUF ET DE LA VEUVE - par Robert Lévesque

2012-05-17

    Un homme et une femme, ce que j’ai pu en pincer pour ce film, jadis. En compagnie d’un copain avec qui je m’occupais d’un ciné-club, nous étions partis en stop de Rimouski pour (ça ne pouvait pas attendre) aller le voir à l’Élysée de la rue Milton dès sa sortie montréalaise peu après le Festival de Cannes de 1966 en espérant pouvoir en louer une copie, ce qui avait été possible. On était revenus en stop, fiers, les bobines en mains. En l’espace de dix jours, je l’avais visionné huit fois, jusqu’à encore soif. J’aimais ce film, ne renions pas nos tocades passées, ne boudons pas les plaisirs d’antan, mais aujourd’hui, évidemment, et même pas au vu et au su de la carrière subséquente de son auteur, force est d’admettre que le béguin, pour être fort, était parfaitement superficiel…
 
    Décortiquons le coup de foudre : Anouk Aimée d’abord ; à 22 ans je fus en fait autant amoureux d’elle que fou du film ; le beau Jean-Louis Trintignant, coureur automobile mélancolique et véritable acteur ; l’idéalisation d’un couple incertain et probable ; la musique de Francis Lai, les chansons de Pierre Barouh, les cha ba da ba da… cha ba da ba da… enjôleurs, les panoramas en Maserati, les pulls, les cœurs lourds de conjoints morts, le romantisme du veuf et de la veuve, les enfants qui rapprochent ces beaux amants du hasard et surtout, surtout, la caméra qui enrobait la boisson diabolo-cinéphilique, ce qui faisait tout le vertige, caméra virtuose, complice…
 
    À l’époque, j’avais aimé aussi, dans une moindre mesure, deux Lelouch : L’amour avec des si et Une fille et des fusils, aujourd’hui des vieilleries sans intérêt, que du travail de caméra sans matière, que de l’espace-temps roulant à vide. Jean-Louis Bory avait vu juste, lui qui ne marcha pas dès ces premiers pas d’un cinéaste qui allait, passé Un homme et une femme et son Oscar du film étranger, devenir un cinéaste plus que mineur, le pire plouc prétentieux des hommes de cinéma, le cinéaste des croûtes photoromanesques, le vendeur de romances fabriquées en série et de sucreries générationnelles indigestes, le producteur de produits, le proxénète insistant d’histoires de réussites et de retrouvailles que certains respectent encore, ce qui signifie que le monde du cinéma en est parfois un de grande flagornerie, de forfanterie et de pure imbécillité. Une certaine critique tient encore compte des merdes de ce type, ce qui est au déshonneur du métier de Bory, de Cournot et de Marcorelles et des autres… qui se reconnaîtront, je parle de ceux, rares, et dans les petites revues ou sites web, qui sauvegardent encore l’honneur du septième art et qui ont à jamais rejeté cet escroc artistique de Claude Lelouch.
 
    Il tourne encore, le louche…, l’industrie n’étant pas morale. Et son public afflue, qui demeure timoré et insensible à l’absence d’art. Ce « chef d’entreprise » (comme l’écrit Jean-Pierre Jeancolas dans Cinéma des Français), cet « industriel de l’amateurisme » (ai-je lu dans une codification de Télérama) appelait les Français, il y a tout juste, à voter pour garder Sarkozy à l’Élysée, disant qu’il voyait en lui « un grand metteur en scène ». Qu’est-ce qu’il en connaît, lui, de la mise en scène, ce signataire de merdes cycliques qui engage un Bernard Tapie pour le box-office et plonge un Jeremy Irons dans la guimauve… ? C’est d’un metteur en boîtes, dont on parle, comme l’était le Sarkozy…
                             
    À ne pas regarder à Télé-Québec ce dimanche 20 mai à 21 heures. Il y a tant d’autres choses à faire, se balader avec son carré rouge quant à moi.
 
Robert Lévesque
 

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Vos réactions (1)

  1. Dites donc, monsieur Lévesque, vous êtes d'une telle violence contre pauvre Lelouch... C'est à se demander s'il en méritait autant...

    par E.Bermudez, le 2012-05-21 à 23h43.

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