Format maximum

Films de la semaine

MARLEY - critique d'Éric Fourlanty

2012-05-17

RASTA MAN

    Trente ans après sa mort, Bob Marley est l’une des plus riches « dead celebrities », marché extrêmement lucratif où Elvis, Lennon et autres Michael Jackson rapportent plus morts que vivants, au bénéfice des entreprises qui exploitent leur patrimoine – et versent 10 % de leurs profits aux héritiers.

    Le documentaire de Kevin Macdonald (One Day in September, The Last King of Scotland) est une autre pierre apportée à l’édifice érigé à la gloire de Marley, figure de proue du reggae, ambassadeur de la paix mondiale, musicien charismatique et icône des fumeurs de pot du monde entier!

    De Marley, on connaît la musique, les dreads et la ganja. On connaît beaucoup moins la vie et la personnalité de cet homme complexe, réservé, mais strict et autoritaire, humble, mais ambitieux, profondément spirituel et véritable machine à fric. Le sujet est fascinant. Le traitement l’est beaucoup moins, principalement parce qu’il s’agit de la première biographie officielle du musicien, approuvée par ses (très nombreux) héritiers. Marley en a les avantages et les inconvénients.

    Les avantages, c’est d’avoir eu accès à des documents d’archives jusque-là inconnus (photos, enregistrements, captations de spectacles, etc.) et aux témoignages de presque tous ceux et celles qui ont eu une importance significative dans la vie de Marley, de sa naissance à sa mort. Les inconvénients, c’est qu’il s’en dégage un consensus qui rend l’entreprise lisse, informative et quasi-exhaustive mais dénuée de toute vision cinématographique.

    Ça débute par la naissance de Robert Nesta Marley dans les collines verdoyantes de Jamaïque, et ça s’achève par son enterrement dans son village natal, 36 ans plus tard. Au fil de la chronologie, tous les thèmes attendus sont abordés : son origine métisse (mère adolescente noire et père quinquagénaire blanc), son enfance miséreuse dans les bas-fonds de Kingston, ses débuts professionnels, les 10 ans de gloire internationale, la religion rasta, les nombreuses maîtresses et les enfants, encore plus nombreux (11 officiels, et deux « officieux », que le film passe sous silence), l’humanisme, le combat politique, le charisme sur scène, etc.

    Les « têtes parlantes » se succèdent, les archives visuelles défilent à une cadence soutenue, parfois émaillées de séquences qui témoignent du confortable budget dont le film a bénéficié, comme celles – magnifiques – des collines ou des côtes jamaïcaines filmées à vol d’oiseau. Finalement, les 245 minutes de ce luxueux reportage télévisuel passent relativement vite, mais laissent peu de traces. En faisant le choix du human interest, en présentant l’homme derrière l’œuvre, Kevin Macdonald a signé un film, mais ne fait pas de cinéma. On ne saura jamais ce que Martin Scorsese ou Jonathan Demme, d’abord pressentis comme réalisateurs, en aurait fait…

    Il nous reste pourtant en tête cette incroyable séquence où, lors d’un concert pour l’indépendance du Zimbabwe, des gaz lacrymogènes sont lâchés alors que des milliers de personnes tentent de rentrer dans un stade archicomble. La foule se disperse, affolée, et les musiciens quittent la scène. Bob Marley, lui, continue de chanter et de danser, les yeux clos, comme en transe, jusqu’à ce que les vapeurs lacrymogènes se dissipent et que la foule et les musiciens reviennent. Un moment qui touche à l’essence même de ce géant de la culture contemporaine. Mais pour porter un regard de créateur sur ce destin hors du commun, il nous faudra attendre une fiction digne de ce nom…

Éric Fourlanty

La bande-annonce de Marley

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.