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CANNES, JOUR 2 – de l'ombre à la lumière – Par Philippe Gajan

2012-05-19

   Après Gomorrah, en gros, un pamphlet esthétisant dopé aux stéroïdes sur la mafia et les poubelles qui avait déjà dans sa mire le « bon peuple » abusé et manipulé, Matteo Garrone s'attaque avec guère plus de courage (et d'invention) aux rêves brisés du « bon peuple » napolitain broyé par la télé-réalité. Ce qui frappe avant tout dans ce film ennuyeux au possible, c'est le côté appliqué et terriblement vain des hommages, tantôt à Fellini, tantôt à De Sica ou encore et surtout à la comédie italienne grinçante des années 60. Le problème est que chez ses modèles le peuple était paillard, jamais à cours d'une connerie à faire ou à déclamer. Et cela donnait des films vivants et jouissifs, plus grands que nature sans pour autant renier leur charge sociétale. Dans Reality, tout semble s'être asséché, la source de vie (et de rire) est tarie (d'ailleurs pas un rire justement n'a ponctué la représentation). La vision du cinéaste ici est au mieux condescendante, alors que ses maîtres débordaient, d'une certaine façon, d'amour (vache) pour leurs personnages.


   Condescendant... Chez Ulrich Seidl, après Dog Days et Import/Export, on en est plus à se poser la question du degré d'amour qu'il porte à ses contemporains et à sa société. Cela confine à l'acharnement thérapeutique, et c'est peut-être là que se jouent ses films, non pas dans son propre regard mais dans celui de son spectateur appelé à endurer. Endurer, c'est à dire durer pour mieux voir. Avec Paradies : Liebe (premier volet d'une trilogie déjà tournée!), le cirque où s'ébattent les victimes de son mépris envers le genre humain est celui du tourisme sexuel, plus exactement celui dans lequel se vautre littéralement des autrichiennes à la chair flasque et livide en quête de « nègres » à croquer pour l'une ou de l'amour pour l'autre. Sur des thèmes plus que proches du Vers le sud de Laurent Cantet, Ulrich Seidl épuise le thème dès les premières images tournées au Kenya : implacables, chirurgicales, abjectes. La suite est une tentative pour provoquer l'overdose chez le spectateur. C'est difficile, même pénible, mais peut-être que la lumière, entendez le réveil après un cauchemar particulièrement nauséeux, est au bout du tunnel.


   La lumière, la vraie, dès lors est venu du grand prix de Sundance, Beasts of The Southern Wild, un premier film plein, riche, dense, extrêmement ambitieux de l'américain Benh Zeitlin, une fête païenne aux accents faulkneriens dans les bayous, un De bruit et de fureur tellurique, qui chante la démesure dans la misère et la misère dans la démesure. Au bout du monde, quelques survivants, dans une nature prolifique aussi généreuse qu'impétueuse, aussi luxuriante que dangereuse, sont menacés par la construction d'une digue et refusent de partir. Et c'est au rythme des forces élémentaires, que, noyés dans l'alcool et rongés par la maladie, ces résistants magnifiques vont mourir et renaître. Un cinéaste est né!


   Pour finir, un autre premier film, à l'ouverture de la semaine de la critique : Broken, de Rufus Norris, dans la plus pure tradition britannique avec une touche fantaisiste fort réussie. Imaginez une sorte de Wisteria Lane habité par les prolos anglais (à chacun sa banlieue)... C'est avec un épatant Tim Roth étonnamment sobre pour l'occasion et c'est très sympathique, si on peut dire dans le cas d'un drame social.

CANNES, JOUR 2 – de l'ombre à la lumière – Par Philippe Gajan

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