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CANNES, JOUR 3 – Films de genre – Par Philippe Gajan

2012-05-20

   Lawless de John Hillcoat, un western / polar au temps de la prohibition, réussit très bien à camper son décor : un comté rural, une fratrie au commande du trafic d'alcool, des légendes locales (l'ainé est indestructible), des désirs à la pelle, des gueules. Et puis s'en vint le cancer de la grande ville, les flics pourris, les politiques corrompus, la mise en coupe réglée... Et le scénario peu à peu de s'épuiser, autour du personnage (le moins intéressant des trois frères) joué par Shia Laboeuf (insipide). Dommage, on était bien dans cette série B en hommage au bon vieux temps. Il est étonnant de voir que Nick Cave est capable tout autant de produire des chansons envoûtantes et des scénarios paresseux au service d'un metteur en scène peu inspiré.


   En parlant de film (de genre) qui s'épuise, le premier film du fiston Cronenberg, Antiviral, était très très attendu. La première partie du film est épatante et offre une surprise de taille. Le cinéma est génétique! Brandon reprend là ou David le paternel nous avait laissé dans les années 80 (notamment Videodrome et Dead Ringers) en moins organique toutefois. En mieux au niveau visuel! Un sujet formidable : un trafic de virus de stars que les fans s'arrachent à prix d'or pour se sentir plus proche de leur idole et un combat de l'ombre entre multinationales et magouilleurs sans scrupules pour s'accaparer de ce lucratif marché); une caméra et un rythme glacés et glaçants à souhait; un film clinique, tout blanc, servi par une intrigue précise et incisive, bref un film d'anticipation qui donne froid dans le dos. Las, dans la deuxième partie alors que le régime du film change et devient un thriller qui puise beaucoup dans les codes du film d'horreur, c'est beaucoup plus convenu et laborieux. Dommage.


   Pour rester dans les film de genre, il est clair qu'Audiard a maintenant des émules. Élie Wajeman, pour son premier film, Alyah, réalise un polar plutôt bien ficelé au niveau scénaristique, déjouant à différente reprise l'attente du spectateur. Cela ne révolutionne rien (c'est l'histoire de... dans ce cas un jeune homme, enlisé dans sa non vie qui tourne autour de petits trafics de drogue, d'une famille juive et de relations amoureuses gâchées, décide de partir en Israël pour donner un sens à sa vie mais pour cela doit trouver de l'argent et couper le cordon avec son frère) mais son honnêteté et sa propension à utiliser les mêmes forces que le cinéma d'Audiard (adéquation personnages / acteurs, scénario, mise en scène efficace et transparente...) sont dignes de mention pour le devenir d'un bon cinéma populaire.


   Donc, oui, plus que jamais le film de genre est présent à Cannes dans les différentes sélections mais manifestement on cherche encore celui qui saura convaincre que le décloisonnement du film d'auteur occidental passe par là, à l'instar d'un cinéma asiatique et notamment japonais qui a pavé la voie depuis de nombreuses années.


   Venons en maintenant à l'un des premiers films vu sur la Croisette cette année qui va probablement diviser radicalement. Car certes, il y a toutes les raisons du monde de détester La chasse, le nouveau film et le grand retour sur le devant de la scène de Vinterberg. Ces raisons sont connues depuis Festen (1998, déjà...), son acte de naissance, celle du Dogme aussi. La chasse (Jagten) est un film puissamment manipulateur, au sujet miné (dans une petite bourgade tranquille, un homme, accusé à tort de pédophilie, est rejeté par sa société qui sombre dans une spirale de violence inouie). Le problème est que le film, un film choc haletant d'un bout à l'autre, est un véritable tour de force en terme d'efficacité et un film violemment à charge contre la société des biens-pensants, sur la rumeur, les mensonges qu'elle engendre. Pas de doute, nous sommes bien au pays de Lars von Trier, une société malade dont le vernis de respectabilité ne demande qu'à craquer, un pays finalement pas si éloigné que cela du nôtre. Dès lors, difficile de ne pas laisser chacun juger et répondre à LA question : est-ce que la fin justifie les moyens? Notons tout de même, que Vinterberg ose oser et que la principale qualité de son film, au-delà d'une maîtrise du médium stupéfiante, est d'affronter tous les pièges qu'une telle démarche suppose plutôt que de tenter de les éviter. Car dans le genre, c'est très réussi.

CANNES, JOUR 3 – Films de genre – Par Philippe Gajan

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