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MARIA DE PÉRIBONKA - par Robert Lévesque 

2012-05-24

    Nous comptons trois Maria Chapdelaine. Dans l'ordre : Madeleine Renaud en 1934, Michèle Morgan en 1949, Carole Laure en 1984. Trois stars du cinéma pour une héroïne de roman paysan. C'est beaucoup. Elle aura été chanceuse la petite Canadienne imaginée par un journaliste sportif de passage au Québec le temps de deux étés et deux hivers, ceux de 1912 et 1913. Louis Hémon avait 33 ans quand il envoya son manuscrit à Paris. Puis il part, go west young man, vers les Prairies, mais il meurt sous les roues d'acier d'un train en gare de Chapleau. Il n'aura pas connu le sort populaire de sa Maria de Péribonka…  

    Un sort étonnant. Publication en feuilleton dans le journal Le Temps qui était le plus prestigieux de la Troisième République (c'est Le Monde qui prendra sa place en 1945). Parution chez Grasset en 1921 pour inaugurer la collection « Les Cahiers verts ». Traduction en plus de 20 langues. Le cinéma s'empara de cette histoire d'amour déchirant (une fille, trois soupirants) située dans les « quelques arpents de neige »… Duvivier le premier, en 1934, qui avait alors derrière la cravate deux Poil de carotte, une Maman Colibri, une adaptation du Au Bonheur des dames de Zola, une vie de Thérèse de Lisieux, bref des tas de choses, mais pas encore ce que l'on appellera ses chefs-d'œuvre, dont ne fait pas partie sa Maria Chapdelaine.  

    Nous ne nous attarderons pas sur celle de Marc Allégret, plus mauvaise encore, avec Michèle Morgan dans un rôle qui ne lui allait pas pantoute…, la Morgan qui avait encore de beaux yeux, tu sais… mais dont le déménagement dans une ferme du lac fut contre nature. Notons que la grande Françoise Rosay y jouait Mme Chapdelaine mère, mais que Roger Vadim jouait un Indien, ce qui devrait suffire à passer outre ces « folkloristeries » coloniales… Celle de Carle, la plus moderne adaptation, mais qui compte déjà plus de 32 ans, demeure la référence, question authenticité, encore que la présence de Donald Lautrec au générique étonne encore…  

    Celle que vous verrez sur TFO le 31 mai à 21 heures, celle de Duvivier, je n'ai pu la revoir, car elle n'existe pas dans ces machins modernes que sont les cassettes VHS ou DVD… Mon souvenir est flou, mais c'est sans aucun doute un film français, dans tout le sens du mot, du ton au trait, de l'accent à l'allure. C'était Gabin en François Paradis le trappeur (sorti de Pigalle, il allait se retrouver (et Duvivier aussi) dans Pépé le Moko deux ans plus tard), c'était Madeleine Renaud en pauvre Maria, et Jean-Pierre Aumont en Lorenzo Surprenant, ce qui n'est pas peu dire…  

    Dans sa biographie de Madeleine Renaud, Noëlle Loriot (Presses de la Renaissance, 1993) raconte un peu ce qui se passa. Gabin était impressionné, il allait jouer avec Mme Renaud pour qui elle représentait le théâtre « noble », pensez donc, elle était du « Français » comme disent les Français au sujet de la Comédie-Française, une affaire alors aussi respectable que Molière (qui n'était pas respectable dans son temps). C'est une carrière dans ce théâtre-là qu'avait désiré pour lui son père, monsieur Moncorgé. Tout compte fait, ils s'entendirent à merveille quand, le soir, après le boulot, il chantait des airs de caf'conc' et racontait des anecdotes de sa carrière de boy chez Mistinguett…  

    Jean-Pierre Aumont a confié à la biographe de Madeleine Renaud (la plus grande actrice de théâtre que j'ai pu voir à l'œuvre dans ma vie) que celle-ci, lorsqu'ils arrivèrent à Montréal et qu'un bus les attendait pour aller au lac Mistassini en traversant le parc des Laurentides, lança un : « Allons-y à pied ! ». Aumont lui expliqua que c'était peut-être loin… Madeleine Renaud répliqua : « Dieu, que tu es paresseux ! Un parc, c'est un parc. Ça ne t'arrive jamais de traverser le parc Monceau ? »… 

Robert Lévesque

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