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CANNES, JOUR 5 et 6 – Par Philippe Gajan

2012-05-23

In Another Country de Hong Song-Soo, qu'on qualifiera de Hong Song-Soo « light », peut facilement être assimilé à un film classique, par sa parenté avec la nouvelle vague et notamment dans ce cas à Rohmer. Trois sketches, trois variations scénaristiques autour du personnage d'une française en villégiature coréenne. On ne peut s'empêcher de penser que le cinéaste a surtout voulu filmer Isabelle Huppert, juvénile et espiègle dans ses tenues d'été, Huppert justement en actrice rohmérienne (il faut la voir bêler pour appeler des chèvres). Tout est donc léger ici, y compris l'alcool, personnage récurrent de l’œuvre du cinéaste coréen qui film avec un plaisir tout ici espiègle maladresses et gaucheries des hommes qui la frôle. Elle est de passage, dans un autre pays, ni tout à fait touriste (il n'y a rien à voir à Mohang, station balnéaire dont les visteurs peinent à se souvenir du nom), ni tout à fait là d'ailleurs. Trois petits tours et puis s'en va, comme le film d'ailleurs, avec délicatesse cela va sans dire.

Ken Loach, aussi à sa manière, fait dans la légèreté. Non pas qu'il se soit renié, et son Angleterre (enfin ici, c'est l'Écosse) est bien celle des prolos, des laisser-pour-compte, des victimes de l'ordre social et politique qu'il dénonce. Mais Loach ne croit pas au déterminisme social. Alors, dans son dernier film, Angel's Share, il rassemble une équipe de bras cassés, ou plutôt de gueules cassés, et progressivement, sa comédie prolétaire va se muer en film de casse. Mais pas n'importe quel casse, on est quand même en Écosse. Il s'agit donc de détourner un whisky hors de prix. La part des anges, c'est la leur, bien sûr, mais c'est aussi, quand le film emprunte le chemin très sérieux d'un docu sur la boisson nationale, les 2% d'alcool qui s'évaporent lors du vieillissement en fût. Instructif? Oui, mais surtout tendre et désopilant.

Tout ça, c'était finalement, la récréation. Cannes fait tout de même très rarement dans la légèreté et la villégiature. Et donc quand quand le tragique du monde reprend ses droits...

Eh bien cela donne Killing Them Softly d'Andrew Dominik qui reprend là où il nous avait laissé avec The Assassination of Jesse James..., western minimal sombre et dense. Ici, le western devient contemporain, les tueurs à gages formant la nouvelle élite de la frontière. Le film dans son propos se résume à la dernière phrase lâchée par Brad Pitt : « L'Amérique n'est pas un pays, c'est un business » phrase qui vient résonner sur les discours d'Obama qui sans cesse font interruption dans le récit. Ma collègue Helen, en parle beaucoup mieux que moi, notamment sur la mélancolie inhérente à cette Amérique qui n'existe pas et qui affronte ses propres mythes, Amérique que dénonce film après film le cinéaste. Tout le problème de ce polar existentiel et tristounet vient donc de la greffe entre le politique et le régime du genre car le film instaure un faux rythme (un peu à la Tarantino, des scènes alertement dialoguées entrecoupées de brefs éclairs de violence) qui peine à soutenir l'attention. D'où l'impression d'un tragique un peu artificiel, curieusement désincarné.

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