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CANNES, JOUR 7 – Le grand écart - Par Philippe Gajan

2012-05-24

Glissons sur l'adaptation du livre culte de la contre-culture de Kerouac, qui elle-même glisse sur … tout. Le problème du film de Salles est d'ailleurs presque un cas d'école du problème au cinéma de l'adaptation littéraire. Au mieux illustrative, la tentative de Salles apparaît extrêmement académique et surtout sans souffle, comme une mise bout à bout de scènes peu inspirées tirées du bouquin. À moins que son projet se situe ailleurs... Il faudrait se livrer à une étude comparative de ses deux derniers films, The Motorcycle Diaries et On The Road, pour voir si le mythe n'est pas au centre de son étude. Mais franchement, actuellement, je ne m'en sens pas le courage.

Autrement intriguant est le nouveau film de Reygadas, Post Tenebras Lux. Copieusement hué lors de la projection de presse, ce film fait pourtant paradoxalement beaucoup de bien dans une compétition qui a essentiellement livré des œuvres somme toute sans surprise. Il faudra laisser les nouvelles énigmes de Reygadas décanter, maturer, voir comment elles vont se transformer avec la distance et le temps. Une chose est sûre, les thèmes sont bien-là : le Mal, Belzébuth, fait une double apparition en silhouette rouge lumineuse; le sexe et la mort se côtoient. La foi et la misère sexuelle, intimement liées dans l’œuvre du cinéaste mexicain... On a par contre changé de classe sociale : ici, une grande maison bourgeoise, un fils issue d'une grande famille qui se félicite de réunir tant de talents liés aux arts, sa belle épouse et ses deux enfants. Et toujours également cette relation très particulière avec les éléments et la terre. D'où cette première scène fascinante où la petite fille, une enfant de deux trois ans, qui arpente un champ et qui nomme son environnement : les vaches, la lune, maman... Lumineuse et formidable première séquence, tout est placé : l'innocence de la prime enfance, en caméra subjective par moment. Mais déjà, les nuages s'amoncellent, l'orage va bientôt éclater. L'image du film, étonnante par la diffraction omni-présente sur les bords du cadre participe de ce processus de quête, celle du titre, celle de la lumière qui doit succéder aux ténèbres, une quête sous le signe du doute que le nouveau film de Reygadas nous enjoint de rejoindre. Une quête aux allures d'un récit radicalement déconstruit. Quant à l'épilogue, un match de rugby entre jeunes anglais (à priori), eh bien … Non, je n'ai pas compris. Qu'importe, le cinéma n'est pas là pour apporter des réponses ou jeter des anathèmes mais pour offrir un temps de réflexion, pour voir au-delè. Peu de films cette année empruntent cette voie difficile mais ô combien gratifiante et altruiste.

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