Format maximum

Blogues

CANNES, JOUR 9 – Amour bis - Par Philippe Gajan

2012-05-26

Finalement, le festival se termine comme il avait commencé, avec un film sur et avec de l'amour. Jeff Nichols (Take Shelter) a fait de ce thème le moteur principal et l'enjeu  de son nouveau film Mud comme Wes Anderson l'avait fait en ouverture plus superficiellement avec Moonrise Kingdom. La comparaison s'arrête là car Nichols vient plonger dans les racines profondes de l'Amérique, celles de Mark Twain ou du Badlands de Malick. À la fois film d'aventure à hauteur d'enfant (un peu comme chez Stevenson) et histoire d'amour désespérée, Mud est un film simple et beau et s'offre comme un hommage à un certain cinéma américain fondateur, celui qui célébrait ses pionniers, héros à la fois tragiques et terriens, porteurs de toutes les contradictions de la dite Amérique.
Celui qui incarne ces contradictions est Mud (Matthew McConaughey, deux fois en compétition cette année). Deux pré-ados vont l'aider à renflouer un bateau échoué à la cime d'un arbre sur une île déserte. Mud est un assassin (par amour), un menteur et un beau parleur. Il est la créature imparfaite façonnée à l'aide de la boue de son nom, comme l'est ce bout du monde, terre de serpent et d'oubli, vouée à disparaître. Il est aussi la moitié d'une histoire d'amour tragique... Un film, un conte cruel, qui pétrit les mythes de l'Amérique éternelle.

Au certain regard, il y avait le très attendu (enfin par moi) regard de Wakamatsu sur Mishima, le cinéaste d'extrême-gauche sur la fascinante icône d'extrême-droite. Le film forme donc un dyptique passionnat avec United Red Army. Bien qu'utilisant une forme très sage (une vidéo « flat », rebutante au premier abord), le cinéaste va droit au but en s'attaquant aux dernières années du grand écrivain et de cette période. Et c'est réussi car jamais Mishima n'a été approché d'aussi près et surtout avec autant de dignité dans ses dimensions à la fois d'homme et de demi-dieu. Sobrement, Wakamatsu déroule le récit des quatre dernières années à partir du moment où l'écrivain, poussé par les événements insurrectionnels qui vont suivre la signature du traité de sécurité américano-japonais (AMPO), prend la décision de mettre un terme à sa carrière littéraire et d'entrer en action. Mishima était déjà mort car il ne pouvait vivre dans le Japon d'après-guerre alors que l'Empereur avait abandonné son statut divin. Il choisit donc le code des hommes d'honneur et donc sa mort. C'est grand, puissant et cela raisonne de façon extrêmement contemporaine sur notre monde.

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.