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TAKE THIS WALTZ – critique d’Éric Fourlanty

2012-06-28

PAS DE DANSE

    Couvert d’honneurs, Away From Her, le premier long métrage réalisé par Sarah Polley, montrait avec délicatesse et assurance un couple aux prises avec l’Alzheimer. De beaux débuts derrière la caméra pour cette actrice au parcours sans faute.

    Écrit et réalisé par Polley, Take This Waltz met à nouveau un couple au centre de l’intrigue, mais, cette fois-ci, beaucoup plus jeune et aux prises avec la routine et la perte du désir. Avec des protagonistes au tournant de la trentaine et vivant dans un quartier bobo de Toronto, on peut supposer que l’univers de cette comédie plus amère que douce est proche de celui de la cinéaste de 33 ans, égérie du cinéma indépendant canadien. Mais peut-être était-il trop proche, tant il semble factice et maniéré.

    Acte I : Assis l’un à côté de l’autre au septième ciel (lire : un avion), Margot (Michelle Williams) et Daniel (Luke Kirby) ont le coup de foudre. Il est sexy comme un chanteur de boy’s band, il peint pour exprimer son moi intérieur et gagne sa vie comme conducteur de rickshaw (pourquoi pas?). Elle est mariée – heureuse, mais encore? – avec Lou (Seth Rogen), un cuisinier, auteur de livre de recettes de poulet, bon comme du bon pain. À l’aéroport de Toronto, les deux tourtereaux en puissance se rendent compte qu’ils sont voisins (comme c’est pratique!) et la belle histoire d’amour qui n’a pas eu le temps de commencer finit là. Au fil des jours d’un été torontois tropical, leurs relations de bon voisinage vont dégénérer en flirt platonique, puis en liaison torride qui laissera l’époux aimant sur le carreau. Fin du (très long) premier acte.

    Acte II : Margot et Daniel emménagent ensemble et s’abandonnent à cet amour-là (inéluctable, insurmontable, obligatoire aurait pu écrire une autre Margot – Duras, celle-ci). Pour bien montrer leur passion, d’abord enflammée et inventive (lire : triolisme), puis plus sereine (lire : regarder la télé ensemble), une caméra lelouchienne tourne autour d’eux tandis que Leonard Cohen marmonne la chanson-titre.

    Acte III : Alors que son ex-belle-sœur, alcoolique dans le placard, pète les plombs, Margot revient voir son ex-mari et se rend compte qu’il est passé à autre chose. Elle réalise, mais un peu tard, qu’elle est en train de revivre avec l’artiste sexy le même parcours qu’avec le cuisinier bonasse. Et que, comme le dit si bien un personnage de ce film profond comme une carte d’anniversaire Hallmark : « Tout ce qui est nouveau deviendra ancien ». Est-ce ainsi que les jeunes Torontoises apparemment indépendantes de fortune vivent?

    À la croisée des chemins entre du Rohmer à la canadienne et un soap opera déguisé en film du Festival de Sundance, Take This Waltz ne parvient pas à trouver le ton juste. Plus que les invraisemblances et les hasards forcés de l’intrigue, c’est le manque de naturel et de spontanéité qui plombe ces 116 très longues minutes. Ici, tout a du sens. De la moindre réplique au plus petit détail de décor, en passant par les costumes ou la lumière, mordorée comme un coucher de soleil toscan, tout est réfléchi, pesé et soupesé, rien ne dépasse ou ne déborde et Sarah Polley, tant au scénario qu’à la mise en scène, fabrique du sens plutôt qu'un film vivant.

    Est-ce le syndrome du second film? Le manque de distance de la cinéaste par rapport à ce sujet très « trentenaire »? L’influence, consciente ou non, du consensus d’une cinématographie canadian passée au moule des institutions? Toujours est-il que cette valse amoureuse manque singulièrement de rythme et d’âme. Dommage.

Éric Fourlanty

La bande-annonce de Take This Waltz

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Vos réactions (1)

  1. Il est vrai que le symbolisme de ce film est assez empesé. Le carrousel de la ronde une fois terminé, le mécano éteint les lumières, le concierge balaie les vestiges d'une fébrilité foraine passagère et, désormais esseulée dans son side-car, la jeune femme constate l'éphémérité de son tour de manège...

    par Florian Bognanoff, le 2012-06-29 à 00h03.

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