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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

CHAUFFE, MARCEL!

2012-06-28

     Les offices de tourisme divers et variés n'y vont pas avec le dos de la main morte. La Venise des Alpes. Un joyau « avec ses canaux romantiques, sa vieille ville aux ruelles pavées, son lac niché dans un écrin de montagnes… ». Mais Annecy, village de carte postale, est aussi un fief connu et reconnu par tous les amateurs d'animation. Depuis 1960 s'y tient en effet le Festival International du Film d'Animation d'Annecy, haut lieu de rencontres et de découvertes en tits bonhommes que vous pouvez suivre depuis maintenant quelques années sur le site de 24images.com. Et comme les meilleures bonnes nouvelles viennent souvent par paire, c'est justement Marcel Jean, par la plume duquel nous vivions virtuellement les aventures annéciennes, qui sera le prochain délégué artistique de la manifestation!

    Joint au téléphone, notre collègue ne pouvait cacher sa joie. Heureux, notre Marcel. Et on le comprend. Si la tâche s'avère évidemment grande (il succède tout de même à Serge Bromberg, entre autres coréalisateur des impeccables docs L'enfer d'Henri-Georges Clouzot et Le voyage extraordinaire), le festival d'Annecy représente ce genre de sommet que l'on frétille d'atteindre dans une carrière digne de ce nom. Le Cannes du monde de l'animation, voilà même comment certains qualifient le festival d'Annecy. « C'est vrai que comme à Cannes, année après année, on y retrouve des gens qui se plaignent, mais qui reviennent toujours! » en rigole Marcel.  

    Mais au-delà du prestige associé à Annecy, à sa fréquentation remarquable (110 000 entrées en 2012) – des forces historiques sur lesquelles Marcel Jean a bien l'intention de compter —, restent plusieurs défis de taille. Liés d'abord au festival lui-même. « Sur le blogue, l'an dernier, précise Marcel, je parlais du fait que les films de la compétition courts-métrage se retrouvaient presque immédiatement sur le web. Je crois vraiment qu'Annecy ne peut pas rester indifférent à cette situation et doit trouver une façon de regrouper ces œuvres sous sa propre antenne. Pourquoi pas en organisant une sorte de festival virtuel qui rendrait les films disponibles sur le site, pendant 2 ou 3 semaines après la clôture? ». Mais c'est aussi le critique qui se montre rapidement derrière le nouveau programmateur quand il nous confie cette autre envie : « Que ce soit par la mise en valeur des textes dans le catalogue, des programmes spéciaux ou des rétrospectives, je voudrais vraiment faire d'Annecy un lieu de réflexion sur l'animation au cœur du XXIe siècle. En 2006, pour le festival, j'avais fait "Quand le cinéma d'animation rencontre le vivant", un cycle de 5 séances accompagné d'un livre et ça, je souhaite le refaire. Il me semble capital qu'Annecy retrouve du poids dans ce domaine. »

    Et aux yeux de celui qui conçoit la réussite d'une programmation à sa capacité à avoir un résultat global supérieur à la valeur des films individuels qui la composent, les matières à réflexion qu'offre le cinéma d'animation aujourd'hui sont plus que nombreuses! « D'abord, on voit de plus en plus d'auteurs qui, avant, se cantonnaient au court, passer au long, que l'on pense à Adam Benjamin Elliot ou Vincent Patar et Stéphane Aubier. Ce n'est pas une tendance qui avait été anticipée puisque plusieurs pensaient que l'esthétique 3D vue notamment chez Pixar et que j'appelle "par défaut" balayerait tout sur son passage, mais au contraire, l'esthétique 2D a été ravivée et on assiste aussi à la montée d'une animation "low tech", beaucoup plus artisanale. L'autre grand questionnement, c'est celui des frontières de l'animation. De plus en plus de films, comme Higglety Pigglety Pop de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski ou The Last Bus des slovaques Martin Snopek et Ivana Laučíková, jouent avec les limites traditionnelles et mélangent les genres. Est-ce que c'est ou non de l'animation?Je crois qu'Annecy doit devenir un lieu où se poser la question de toutes ces nouvelles définitions de l'animation ».

    On ne sait évidemment pas de quoi sera faite la première mouture Marcel-Jeanesque du festival d'Annecy. Mais en guise d'apéritif, on pourra toujours essayer de jouer aux devins avec ces quelques titres que notre collègue revendique comme cultes à ses yeux. « D'un point de vue patrimonial, je cite volontiers Begone Dull Care de Norman McLaren et Evelyn Lambart. Puis, pour le film qui a joué un rôle considérable dans mon approche du cinéma d'animation, Le déjeuner sur l'herbe de Pritt Pärn. Quant au film qui m'a amené à écrire sur le cinéma d'animation, c'est Souvenirs de guerre de Pierre Hébert. Et enfin, plus récemment, celui qui m'a marqué, c'est When the Day Breaks d'Amanda Forbis et Wendy Tilby ». Pour le reste, on gardera les yeux braqués sur cette perle de Haute-Savoie du 10 au 15 juin 2013!  

Bon cinéma  

Helen Faradji  

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