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DES VENTS CONTRAIRES - critique d'Éric Fourlanty

2012-07-12

MÉLO D'HOMMES

    Découvert en 1999 dans Ressources humaines, de Laurent Cantet, Jalil Lespert a, depuis, eu un remarquable parcours d'acteur en jouant, entre autres, pour Alain Resnais, Benoît Jacquot, Xavier Beauvois et Robert Guediguian. En 2006, il passe derrière la caméra et signe 24 mesures ou 24 heures dans la vie d'une prostituée. Six ans plus tard, l'acteur-cinéaste opte pour le monde des hommes, leurs violences, leurs fragilités, leurs silences et leurs cris.

    Au cœur de ce mélo sensible et inégal : le lien filial masculin tous azimuts – père, frère et fils. Cet univers, rarement montré au cinéma dans toutes ses dimensions paradoxales, prend ici la forme d'un parcours du combattant : celui de Paul (Benoît Magimel), un écrivain en berne qui, suite à la disparition de sa femme (Audrey Tautou) – enfuie ou morte? On ne le saura qu'à la toute fin – , revient sur ses pas en déménageant, avec son garçon et sa fillette, dans la maison de son enfance, à Saint-Malo. Ses parents sont morts, son frère (Antoine Duléry) lui donne un boulot dans l'école de conduite familiale qu'il a reprise en main et ses enfants s'ennuient ferme de Paris et de leur mère. En tentant de recoller les morceaux de sa vie, l'écrivain torturé croisera le chemin d'un père qui sort de prison (Ramzy) et de son ex-femme (Lubna Azabal, of Incendies fame), celui d'une apprentie-conductrice précoce (Marie-Ange Casta, sœur de…), d'un ex-alcoolo au grand cœur (le cinéaste belge Bouli Lanners), d'une vieille dame légère comme tout (Aurore Clément) et d'une flic malouine bien intentionnée (Isabelle Carré). Deux pas en avant, trois pas en arrière : la rédemption du papa-pélican-au-bord-de-la crise-de-nerfs sera chaotique, mais aboutira à la publication d'un roman qu'on présume couronnée de succès. Tout est bien qui finit bien au royaume des hommes!

    Adapté d'un roman d'Olivier Adam, Des vents contraires agace parfois par l'alternance systématique entre séquences dramatiques et scènes plus légères, et le choix du réalisateur de confier les seconds rôles à des vedettes (fussent-elles hexagonales) distrait le spectateur de bonne volonté qui, en plein de cœur de cette odyssée intime qui aurait gagné à être plus âpre, se dit : « Tiens, Amélie Poulain a disparu », « Ben, si c'est pas le type du duo comique Éric et Ramzy » et autres « V'là-ti pas la fille d'Incendies! ».  Le suspense (« Amélie Poulain » est-elle morte ou disparue?) est totalement artificiel et certaines situations ne manquent pas de tomber dans le cliché, mais les personnages, presque jamais, pour la plupart complexes, opaques, vivants. Ici, merci M. Lespert, pas de père manquant, fils manqué!

    Hormis ces quelques irritants qu'on peut mettre au compte du manque d'assurance d'un cinéaste presque vert, Des vents contraires émeut et convainc par sa sincérité. Drôle d'adjectif à accoler à un film, mais ici, il prend tout son sens, jusque dans ses défauts. Bien que la mise en scène ne se mette jamais en vedette, chaque plan est assumé et les acteurs (vedettes ou non) sont tous impeccables, sans aucun morceau de bravoure, tout particulièrement Magimel, corps trapu et regard perdu, qui incarne l'essence même de ce film charnu et à fleur de peau.

Éric Fourlanty

La bande-annonce de Des vents contraires

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