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TO ROME WITH LOVE - critique d'Éric Fourlanty

2012-07-19

SALADE ROMAINE

    Il paraît qu’à une époque pas si lointaine, si on écrivait seulement « Bons baisers de… » – de Russie ou d’ailleurs – sur une carte postale, on pouvait l’expédier gratuitement. Légende urbaine ou fait historique? Toujours est-il que To Rome With Love ressemble délicieusement à une carte postale sommaire. Côté recto, l’image est jolie et séduisante et côté verso, le texte est succinct et prévisible, mais, malgré tout, quel plaisir de recevoir une carte postale de la Ville éternelle.

    Ça commence par une jeune Américaine perdue dans Rome et secourue par un bello ragazzo. Coup de foudre mutuel. D’entrée de jeu, on est dans le cliché pleinement assumé. En fait, Woody le voyageur immobile ne fait rien d’autre, depuis ces débuts, que parcourir son univers immuable en changeant la toile de fond : qu’il s’agisse de Central Park, de Montmartre, de Barcelone, de Londres ou de la Russie tsariste, il jongle avec les clichés comme avec les gags.
Il n’y a pas de fumée sans feu : Rome n’est pas toujours baignée d’une lumière dorée, on n’y tombe pas toujours amoureux et les Romains ne chantent pas tous comme Pavarotti sous la douche. Mais c’est aussi ça une ville : une vue de l’esprit, un fantasme, le parfait objet du désir des cinéastes du monde entier. Ceux qui connaissent Rome ne découvriront rien de neuf ici et ceux qui n’y sont jamais allés la verront telle qu’ils se l’imaginent.

    L’intérêt n’est ni dans le décor, magnifié par la photo de Darius Khondji, ni dans les intrigues croisées qui ont un air de déjà vu. Il est tout d’abord dans la présence du réalisateur à l’écran, une première depuis Scoop, en 2006. Toujours aussi névrosé, fébrile et attachant, il incarne un metteur en scène d’opéra qui ne s’en remet pas d’être à la retraite. Tant qu’à être à l’écran, autant se dédoubler et le New-Yorkais verbomoteur se décline lui-même en version italienne, incarnée par Roberto Benigni, en version fantasmée, savoureux personnage imaginaire qui a la superbe d’Alec Baldwin, et en version jeunesse sous les traits de Jesse Eisenberg, plus vrai que nature. L’habituelle cohorte de femmes est au rendez-vous, plus prévisible que sa contrepartie masculine : Judy Davis, en épouse psychiatre compréhensive, Penelope Cruz, en pute au grand cœur, Alison Pill, en jeune fille rangée, et Ellen Page, en jeune actrice ambitieuse.

    Le charme de ce 43e long métrage de Woody l’infatigable réside aussi dans le fait que le tiers du film soit sous-titré.  D’entendre les acteurs et actrices italiens jouer dans leur langue maternelle ajoute une couleur inédite au monde allenien et permet à Woody le clown de placer plusieurs bonnes répliques comme s’il s’adressait directement au public. Par exemple, à son futur beau-fils qui lui dit que le monde de la musique est infesté de requins, le retraité amer répond : « Dans le règne animal sous-marin, je serais tout au plus une méduse ». Du pur Woody Allen.

    La seule différence entre une comédie et une tragédie, c’est, dit-on, le moment où l’histoire s’arrête. Ici, nous sommes en pleine comédie romantico-cynique, moins réussie que Vicky Cristina Barcelona, mais plus agréable que le surestimé Midnight in Paris. Conclusion : rien de bien nouveau sous le soleil romain et à 112 minutes, la sauce alla romana est quelque peu étirée, mais lorsque Woody l’amuseur public ne sera plus là, on s’ennuiera certainement de son opus annuel. Alors, profitons-en, en attendant son prochain Untitled Project, tourné à San Francisco, avec Cate Blanchett, Alec Baldwin et Andrew Dice Clay!

Éric Fourlanty

La bande-annonce de To Rome with Love

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