Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

ENTREZ, ENTREZ, LA GRAND’MESSE VA COMMENCER

2012-07-19

    Seize ans. C'est l'âge où l’on rue dans les brancards, où l’on découvre les joies bruyantes de l'auto-affirmation, où les enthousiasmes autant que les rejets sont définitifs. C'est l'âge où l'adolescence donne tous les droits, notamment celui d'en réclamer plus, toujours plus. Fantasia, qui fêtera son sweet sixteen sanglant cette année du 19 juillet au 9 août, ne fait pas mentir les clichés et flirte avec le « jamais trop » qui caractérise les appétits les plus débridés.

    Plus dodue, plus ambitieuse, plus chronophage, cette 16e édition a presque les yeux plus gros que le ventre. Qu'on est loin du « petit festival de films de genre alternatifs » qui faisait la joie, il y a des lustres semble-t-il, d'une petite communauté de joyeux hurluberlus. Godzilla a atteint sa taille adulte, les vampires sont mûrs, les psychopathes sont devenus invincibles, l’heure est à la domination. Car, ce qui frappe, au survol de l’imposante programmation de Fantasia, c’est bien l’envie assumée que tout le monde puisse y trouver son compte. Des plus petits aux plus hardcores (dans la nouvelle section dédiée à l’animation et qui semble encore chercher un brin son identité, se côtoient ainsi sans complexe le conte pour enfants Zarafa, improbable, mais charmant croisement entre les univers de Kirikou et de Jules Verne ou The King of Pigs de Yeun Sang-ho, regard bien plus brutal sur les petits tyrans scolaires), tout le monde doit pouvoir trouver de quoi manger.

    Même du côté des à-côtés, ces petits trucs en plus que toute programmation tentaculaire se doit désormais d’offrir, l'éclectisme paraît de rigueur. Une louche pour les amateurs de patrimoine, avec la rétrospective consacrée aux films de la société japonaise Nikkatsu qui, après des passages remarqués à New York et Paris, s’arrêtera chez nous en deux temps, à Fantasia (où l’on sortira par exemple des coffres de la vénérable société centenaire le Tokyo Drifter de Suzuki ou Profound Desires of the Gods d’Imamura), puis au Festival du Nouveau Cinéma (eux auront notamment Intentions of Murder d’Imamura ou Charisma de Kiyoshi Kurosawa). Ajoutez une pincée pour les nostalgiques d’un certain cinéma de genre québécois, avec la présentation de la version restaurée numérisée de Dans le ventre du dragon d’Yves Simoneau (1989), avec table ronde en compagnie des principaux artisans en cadeau bonus. Et une dose encore pour les amateurs de curiosités avec une visite guidée par la Cinémathèque dans l’univers de la série B italienne…
 
    N’oublions pas, bien sûr, les cinéphiles de bibliothèques qui auront aussi droit à leur nanane avec la venue de l’illustre théoricien et analyste David Bordwell (quiconque a usé son fond de culotte dans un département de cinéma connaît son nom) à qui Fantasia remettra un prix d’excellence, le lancement du livre House of Psychotic Women de Kier-la Janisse (avec projections spéciales de Possession, de The Haunting of Julia ou de Christiane F., vous avez compris l'idée) ou encore l’inauguration de l’expo If They Came from Within: An Alternative History of Canadian Horror, dans laquelle des graphistes mettent en images des projets d’horreur imaginés par divers cinéastes canadiens.

    Et du côté des « simples » spectateurs sans niche, alors ? Comment s’y retrouver ? La jungle est assurément touffue (plus de 160 films et 125 invités, dont Mark Hamill, oui, le Luke le plus célèbre de l’histoire du cinéma !) et le plus aisé reste encore de se raccrocher aux valeurs sûres. William Friedkin, tiens qui réunit Matthew McConaughey en tueur à gages et  Emile Hirsch en très très mauvais fils dans Killer Joe, mais encore les nouveaux Quentin "j'aime les pneux" Dupieux (Wrong), Takashi "la machine" Miike (en double avec la comédie musicale For Love’s Sake et Ace Attorney), Harmony Korine dans le film à sketches The Fourth Dimension, Pascal Laugier (après Martyrs, s’en prendra-t-il à nouveau à Xavier Dolan dans The Tall Man ?) ou le thaïlandais Pen-Ek Ratanaruang (Headshot). Pour le reste, c’est au gré des descriptions toutes plus barrées les unes que les autres (« un groupe disparate de marginaux défend la Terre contre les vampires-robots-nazis infernaux du Comte Draculon » dans Manborg de Steven Kostanki ou « des superhéros Woody Allen-esque aux superpouvoirs extrêmement inefficaces » dans Alter Egos de Jordan Galland) ou des coups de projecteur donnés ces chers critiques outre-Atlantique (le doc Il n’y a pas de rapport sexuel, de Raphaël Siboni, sur l’univers de HPG, ou Yes, We Can, téléfilm d’Olivier Abbou avaient ainsi eu bonne presse au moment de leur sortie chez eux) qu’il faudra se laisser guider. Au petit bonheur la chance, parfois.

    Le reste, lui non plus, ne sera pas en reste justement avec un mini-hommage à Jennifer fille de son père Lynch, des coups de projecteurs sur les cinémas philippins, danois et norvégiens, une classe de maître de Jean-Marc Vallée, des panels, projections à la belle étoile, rencontres et autres surprises en tout genre. On vous laisse farfouiller dans le site web de Fantasia 2012 comme il vous semble… Un peu de tout, pour tout le monde, donc. N’en jetez plus, la coupe est pleine.

Bon cinéma. De genre ou pas.

Helen Faradji

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.