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Plateau-télé

DES ENTRÉES SUR LE CINÉMA - par Robert Lévesque

2012-07-26

    Trêve de suggestion d’un titre qui passe à la télé, car un livre vient de paraître qui devrait intéresser tout amateur de cinéma, celui qui va en salle comme celui qui reste chez lui. Un livre, que dis-je, un dictionnaire et pas un dictionnaire comme les autres, genre du cinéma indien, du théâtre canaque, du banjo pour les nuls ou de la littérature bantoue, non, un Dictionnaire de la pensée du cinéma, un autre bon coup d’Antoine de Baecque qui, avec Philippe Chevallier docteur en philosophie à Paris-Est, et après avoir signé une Histoire des Cahiers du cinéma en deux volumes et des biographies magistrales de Truffaut et Godard, livre ici, avec l’apport de 70 plumes de critiques soudain penseurs, un travail désormais incontournable.

    Guidée par une pensée de Godard qui disait que « le cinéma est une pensée qui prend forme, une forme qui pense », ce bon vieux Godard irremplaçable et pas remplacé pour qui le travelling est affaire de morale, la brigade rassemblée par de Baecque et Chevallier fonce dans une entreprise originale, différente des approches connues, en revisitant le cinéma, ses origines, son histoire, ses genres, ses thèmes, ses errances, ses lubies, ses utopies, et en s’attardant avec intelligence sur tout ce que le septième art (une pensée : est-ce encore un art ?) peut donner à penser au spectateur, au consommateur, au rêveur, à l’amateur, au producteur, au lecteur, et au penseur lui-même…, s’il en reste.

    Quatre cents entrées sur le cinéma, c’est quasiment les 400 coups de la nouvelle vague de l’écriture sur la philosophie du vieux et du proche et du prochain cinématographe et, si l’on se tape tout (et les 130 concepts), c’est à bout de souffle que l’on arrivera à la 792ème et dernière page, avec un certain vertigo dans le ciboulot, mais en sachant tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sens sans jamais oser le demander

    Désolé, rien sur le cinéma québécois, pas d’entrée sur la pensée d’ici dans le monde de la pensée cinématographique (il faut déplorer la grande absence de Pierre Perrault à Documentaire) sinon des apparitions (ou plutôt figurations) de Bujold à l’entrée Obsession de Brian de Palma, de Carle pour sa fellation et son éjaculation réelles dans L’Ange et la femme à l’entrée Pornographie, de Brault à l’entrée Rouch, du regretté Gilles Groulx pour avoir servi d’exemple avec Le chat dans le sac, à l’entrée Narboni. dans ses écrits sur le concept changer la vie, et Norman McLaren bien sûr que l’on voit passer dans les entrées Arts plastiques, Temps et Virtuel.

    De l’abhumanisme (qui est un paganisme ludique, concept développé par Audiberti, qui fut un critique de cinéma) au zapping (qui enrageait Fellini pour qui cette invention rendait le téléspectateur despote absolu), on passe et on pense aux concepts d’autocensure, de bruitage, de cliché, de décadrage, d’espace-temps (avec Deleuze, très présent, mais on oublie qu’il a écrit sur Perrault), de fascination, de grand public, d’hypnose, d’immoralité, de jugement normatif (à l’entrée Navet), de littérature, de musicalisme, de narratologie, de politique des auteurs, de romanesque, de subversion, de terreur, de vide, etc. On en a pour des heures, que dis-je, pour sept ans de réflexion

    On y trouve aussi d’excellents papiers sur les grands critiques, d’André Bazin à Louis Skorecki en passant par mes deux chers favoris depuis toujours hélas disparus, du genre qui ne se refait pas, aussi écrivains qu’observateurs amoureux et impitoyables, Michel Cournot et Jean-Louis Bory. Vous y trouverez aussi à l’entrée Télévision, signée par Dork Zabunyan, maître de conférence en études cinématographiques à l’université de Lille 3, spécialiste de Deleuze et Foucault dans leurs rapports au cinéma, de quoi réfléchir sans honte même si vous restez chez vous devant votre écran plat avec un bol de croustilles et un blanc de bon rapport qualité-prix… Pensez-y bien !

Robert Lévesque

Dictionnaire de la pensée du cinéma, sous la direction d'Antoine de Baecque et Philippe Chevallier, coll. Quadrige Dicos Poche, Presses universitaires de France (PUF), 2012.

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