Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

L'ÉTÉ, C'EST FAIT POUR JASER CINÉ

2012-07-26

    À la télévision, mis à part Premières Vues sur Vox, c’est le néant. Même pas une mini-petite chaîne cinéma sur le câble pour se sustenter. Rien. En imprimé, l’espace dévolu au grand écran qui en mérite pourtant tout un se réduit là aussi à peau de chagrin, les colonnes fondant, fondant, fondant devant les monstres pubs. Quant à la radio, excepté sur les ondes communautaires toujours là pour faire pousser des talents qu’on verra rarement s’épanouir par la suite, c’est carrément le désert. Le cinéma n’a pas droit de cité. Rien pour l’accompagner, l’éclairer, le défricher, faire partager ce qui fait battre ou même s’arrêter le cœur. Sauf bien sûr lorsqu’un untel gagne un prix ou que les sacro-saints chiffres sortent. Là, la voix dans le poste s’affole. Malédiction.

    Comme toujours, c’est donc du côté du web qu’il faut se tourner. En tout cas, de ce côté de l’Atlantique où l’on peut podcaster la chose, miracle de la technologie moderne. Les Français, eux, n’ont qu’à allumer leur poste et syntoniser France Inter, une radio publique digne de porter ce titre, tous les jours d’été entre 11 h et midi. 50 minutes, chaque jour, durant deux mois, voilà ce qu’offre Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert, formidable outil à fouiner le cinéma en compagnie des éclectiques et passionnants Jean-Baptiste Thoret (historien, critique, auteur notamment d’une appétissante somme, Le cinéma américain des années 70 et blogueur comme il s’en fait peu) et Stéphane Bou, journaliste, chroniqueur et maniaque de ciné.

    Chaque jour, donc, une question pour mieux faire vibrer un médium dont on dit pourtant qu’il ne peut réussir à exister à la radio. Chaque jour aussi, en compagnie des deux oiseaux, un invité à qui on laisse la bride sur le cou, hors des lisses sentiers de la promotion. Ainsi, on s’y demande « Quel est le meilleur film d’Hitchcock ? », en compagnie de Nicolas Saada (qui cite, comment faire autrement, North by Northwest ). Ou « Les films d’action doivent-ils toujours aller plus vite ? » avec Olivier Assayas qui en profite pour se lancer dans une défense passionnée du cinéma de Hong-kong malgré les deux animateurs qui notent que le film d’action est un genre incernable sauf par sa vitesse, caractéristique inhérente à l’Amérique. Ou aussi « Pourquoi Scarface est-il devenu un mythe contemporain ? », épisode dans lequel Laurent Vachaud nous fait surtout rêver à la version qu’aurait pu en faire Sidney Lumet (attaché au projet, il le quitta jugeant le script d’Oliver Stone trop léger, pas assez politique !). Mais encore « S’ennuyer au cinéma, est-il bien raisonnable ? » (avec Thierry Jousse), « Pourquoi faut-il aimer la série B ? » (avec Jean-Pierre Dionnet), « Du démocrate Tati au tyran De Funès, qui est le plus drôle ? » ou « Godard est-il vraiment voyou ? » et tant d'autres. Les questions sont bouclées avec un sens du partage et de l’échange aussi rare que précieux, faisant office autant de manuels de cinéphilie avancée que d’entrées en matière pour tous.

    Car c’est avec un souci évident de l’auditeur, choyé, chouchouté, pris pour l’être doué de raison et d’intelligence qu’il est que Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert se balade entre le sérieux et le léger, l’anecdote et la théorie, le savant et le profane, le culte et le tout-venant avec un bonheur et une vivacité qui font honneur au cinéma et à ceux qui le regardent. Une question de fond, donc, entourée d’une chronique d’actualité (180 secondes pour commenter ce qui fait vibrer cette journée-là la planète ciné, livres, rééditions DVD, expo étant particulièrement mises de l’avant) et d’un Instant BO qui comme son nom l’indique voyage dans les archives pour mieux parler de musiques de film (on pourra notamment y entendre l’extrait inédit de la musique composée par Henry Mancini pour Frenzy d’Hitchcock, rejetée par le maître qui la trouvait trop macabre !) et s’achevant par un inouï feuilleton documentaire relatant la vie et l’œuvre de Marcel Ophüls. Un coffre aux trésors, on vous dit. Et quotidien, excusez du peu !

    Des animateurs érudits et passionnants qui versent ce doux miel à nos oreilles charmées dans une émission en direct (décidément, ces types prennent tous les risques), une radio qui pense que ses auditeurs ne deviennent pas d’affreux beaufs incapables de concentration ou d’éclairer leurs esprits durant l’été, de vraies questions de cinéma qui ne cherchent ni à écraser, ni à impressionner, mais à s’immerger, avec cette petite prédilection pour le cinéma moderne qui fait se déchaîner les discussions… Non, vraiment, Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert n’est pas loin d’un petit miracle. Comme ces étoiles filantes qu’on ne peut apercevoir qu’un beau soir d’été.

À suivre ici, pour ne pas passer l’été idiot.

Bon cinéma à la radio

Helen Faradji

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Vos réactions (2)

  1. Bonjour, Merci Helen pour nous signaler cette émission. Je veux signaler, à France culture, l'émission hebdomadaire Projection privée, de Michel Ciment. Un thème différent chaque semaine. J'y suis abonné depuis quelques mois et c'est toujours intéressant.

    par Yves Lever, le 2012-07-26 à 07h36.
  2. Merci pour le tuyau! Nous écouterons ça aussi.

    par Helen, le 2012-07-26 à 07h54.

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