Format maximum

Plateau-télé

NON PARFUMÉ - par Robert Lévesque

2012-08-02

    Remarquez qu’il y a des choses bien pires que de se taper durant un avant-midi le Pudding chômeur de Carle – par exemple aller voter pour un péquiste pour mettre fin au règne de Charest (excellent papier lu ce matin 1er août dans le Devoir, signé Julien Boucher, un étudiant en droit qui cerne bien le dilemme moral de la problématique électorale sans dire comment il votera le 4 septembre ; moi, entre le vote stratégique et le vote authentique, selon ses termes, mon choix est fait, j’ai voté Amir, je demeure solidaire) – mais ce Pudding de Carle, tout de même, c’est loin d’être un moment agréable à passer, ça vous empiffre vite et ça reste sur l’estomac. C’était le plat de trop. Car il se trouve qu’en 1996 c’était le dernier que Carle, le cher Carle des popotes d’antan, servit avant de remettre son tablier, laissant sur la table un hors-d’œuvre (Moi, j’me fais mon cinéma) qui faisait oublier ce dessert…

    Né à Maniwaki l’année de la grande crise et habitué des cuisines de chantier qui lui donnèrent des plats costauds, mais savoureux comme Les mâles et La vraie nature de Bernadette du temps des frères Pilon, Gilles Carle en resto de ville (sauf pour son béni des dieux cinématographiques La Vie heureuse de Léopold Z) n’était plus le même cuistot et c’est ce déménagement urbain du queux de campagne qui avait gâté un film comme Le viol d’une jeune fille douce par exemple, et précipité dans la nullité une chose comme Fantastica. Carle n’était pas Jutra. Pas de petits plats dans les grands pour lui. Pas de fourchette à tartelette. Il lui fallait toute la campagne et ses labours pour réunir ses ingrédients naturels, multiples, colorés, non raffinés, bruts, et servis à la bonne franquette, à la fortune du pot.

    Vinrent La guêpe et La postière et là on ne parla plus de cuisine multiple, mais simplement de navet, et de citron à la rigueur… C’était le Carle croyant qu’une fille nature, colorée, non raffinée, brute de décoffrage, pouvait servir d’assaisonnement à un scénario, et ce fut Chloé Sainte-Marie (que je salue bien bas pour tout ce qui arriva après, son dévouement envers son homme, son talent de chanteuse, son charme, sa finesse, tout) qui hélas jouait comme un pied, et encore un pied bot, et ce fut Michèle Richard que je m’abstiendrai de qualifier tant son monde est à quelques planètes éteintes du mien (mais je suis autorisé à dire, tout de même, qu’elle est la pire actrice, si tant est qu’on la dit actrice, que j’aurai vu dans ma vie, sauf une pauvre fille que personne n’a connue, mais dont je me souviens des débuts, si l’on peut parler de début, quand j’étais adolescent et pas encore appelé à devenir un méchant critique…).

    Bref, je ne vous conseille pas le Pudding chômeur qu’on servira deux fois à Cinépop les 6 et 7 août à minuit vingt, à une heure où votre nuit sera compromise et votre estomac compressé par ce gâteau d'asphalte qui fait du centre-sud de Montréal une cour des miracles où, sauf la sainte Yoyo (Chloé), tout le monde est pourri…, car ce sera tant pis pour vous, et bonne nuit les dégâts ! Les pervers évidemment seront au poste comme d’habitude, et les voyeurs aussi, car dans du Carle de ce genre de cru, il y a toujours un dénudement assez complet et dans ce cas de figure, il se fait dans la sueur d’équipements d’exercices physiques… (il fallait qu’elle l’aime son Gilles, la pauvre Chloé), et, autre public possible, les aspirants à l’académie du rire de Rozon, car ils verront que ce n’est pas le talent qui est nécessaire pour faire son chemin dans la merde…

Robert Lévesque

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Vos réactions (2)

  1. Comme d'habitude (ou presque!), je souscris mot pour mot et mot à mot à cette audacieuse, féroce, mais juste mise en pièces d'une icône sacro-sainte de notre cinéma national.

    par Jean Antonin Billard, le 2012-08-02 à 12h06.
  2. Une chose que l'on ne peut déplorer des «plats» de Gilles Carle, c'est d'être fades et tièdes. Carle était un cinéaste très doué et son oeuvre est porteuse d'un souffle poétique tout à fait original. Ne faisant rien dans la demie-mesure, quand il se plantait, il se plantait royalement. À propos de Pudding chômeur, j'emprunterais les mots de Grand Louis en qualifiant cette oeuvre comme «quelque chose de pas envisageable». En fait, regarder ce film jusqu'à la fin relève du masochisme.

    par Stéphane Turgeon, le 2012-08-03 à 19h16.

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