Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

ALEA JACTA EST

2012-08-09

    Le « printemps érable », faute de meilleure dénomination, aura au moins eu cet immense mérite de mettre franchement la question sur la table : de quel Québec voulons-nous au juste? Et même si la campagne électorale qui bat son plein ces temps-ci semble bien davantage menée selon l’idée de « voter contre » plutôt que par celle de « rêver pour », reste qu’en son cœur palpite tout de même une tentative d’imaginer un autre Québec que celui qui mène les gens dans la rue par milliers.

    Le choix à faire n’est en réalité ni limpide, ni simple. D’un côté, l’engluement dans des sables mouvants de mensonges, d’autoritarisme condescendant. De l’autre, des projets confus, touts croches, certes portés, en tout cas pour certains, par un espoir sincère d’un pays plus juste et droit, mais qu’il faut deviner sous les déclarations de politique politicienne et autres jeux de communication qui n’ont, avouons-le, pas grand-chose à voir avec la démocratie. Au milieu de ce magma d’idées, d’effets de manche, de stratégies et de calculs, restent les programmes que le brave électeur peut s’amuser à éplucher (c’est le temps) pour essayer d’y voir un peu plus clair. Bonne chance.

    Bien sûr, l’enseignement, la santé, l’emploi, l’intégrité ont pris les premières marches du podium ces derniers jours. Mais quid de la culture? Seule la CAQ a décidé, pour le moment de publiciser l’enjeu en annonçant, fier comme Artaban, un investissement de 100 millions de dollars en culture (50 millions pour le milieu scolaire, le reste pour le développement de nouveaux marchés à l’étranger). Venez à moi, petits artistes… Mais soyons concrets. Qu’en est-il réellement, noir sur blanc, des différents engagements de ces partis qui nous font le rare plaisir de courtiser nos voix?

    Passons vite, et malheureusement, sur le cas du Parti Libéral du Québec qui n’a pas jugé utile de laisser son programme ou sa plate-forme sur son site web, préférant transformer ce dernier en blog où les grandes lignes d’engagements bien sommaires se suivent à la queue leu leu sans qu’aucun ne soit consacré à la culture. Un morceau de robot à quiconque trouvera quels sont réellement les engagements du parti au pouvoir en culture…

    Du côté du Parti Québécois, et passé un engagement fort envers la langue française, la plate-forme mise pour sa part sur huit mesures relativement concrètes mais encore imprécises, telles que renforcer l’enseignement de l’histoire à l’école, inviter des artistes en résidence dans les écoles primaires, offrir un crédit d’impôt pour l’enseignement ou l’apprentissage des arts par les enfants ou « donner à Télé-Québec les ressources nécessaires » (vague, vous avez dit vague?). Pour plus de détails, c’est dans le programme que se donnerait un éventuel gouvernement souverainiste qu’il faudra aller fouiner

    Chez la CAQ, même souci du rayonnement culturel avec des propositions visant à augmenter les sorties culturelles dans les écoles ou à soutenir de façon encore plus marquée les « grands événements culturels » (lesquels? Le grand jeu de chaises musicales est commencé!)

    Pour Québec solidaire (là encore, les détails appartiennent au programme), la plate-forme s’en tient à trois grandes idées, cette fois portées par l’idée d’un soutien à une culture artistique diversifiée : augmenter le financement dédié à la réalisation de projets artistiques et appuyer la relève et les pratiques alternatives, s’assurer que les élèves assisteront à au moins quatre manifestations culturelles par année et appuyer le développement des pratiques artistiques en amateur (champions de crochet et autres rois du macramé, enfin, on pense à vous!).

    Quant à Option « Cendrillon » Nationale, pas de distinction entre programme et plate-forme, ni entre culture et langue, mais là encore, trois grandes idées proprement liées à la culture : aider fiscalement l’acquisition, la production, la diffusion, l’exportation de l’offre culturelle québécoise, augmenter le financement de la pratique et de la fréquentation de l’art dans les écoles et consolider le financement des musées (notamment).

    Finalement, c’est encore du côté du Parti Vert que les choses sont établies de la façon la plus nette. Dans un « plan pour la culture » faisant partie intégrante de la plate-forme 2012, on distingue entre les mesures destinées aux créateurs (mise en place de coopératives, de systèmes de conseils financiers appropriés, éliminer les taxes sur les livres, intégrer les thérapies par l’art au système de santé…), aux citoyens (créer des programmes d’échanges culturels dans la francophonie, créer une commission d’étude sur les impacts des jeux vidéos sur les moins de 18 ans…) et aux organismes (créer un musée d’histoire naturelle, donner un budget de 180 millions au CALQ, de 150 millions à la Sodec, de 50 millions au programme de production de longs-métrages, créer un fonds pour la production régionale et un pour la production dite de « genre non-traditionnel »!,…). Plus net, donc, mais aussi bien plus farfelu, soyons honnêtes.

    Entre le flou des énoncés creux de « missions de développement », d'« épanouissement » et d'autres « soutiens » qui sont promis et le réel manque de sérieux se dégageant des propositions plus établies, l’impression est tenace : ce n’est pas la culture qui fera, cette année, la différence. Alors que c’est pourtant elle qui pourrait la faire dans cet autre Québec que tous nous vantent.

Bon cinéma, si ça intéresse encore quelqu’un

Helen Faradji

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Vos réactions (1)

  1. Bonjour Hélène, Très intéressant billet. Merci pour la synthèse sur les politiques culturelles. Vous devriez envoyer votre billet aux quotidiens pour sortir de l'érudition confidentielle et avoir une plus large diffusion… «Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents», me faisais-je dire il y a plus de cinquante ans. Je me suis réjouis du «réchauffement» depuis l'hiver dernier. Où cela nous amènera-t-il? Je suis un peu pessimiste, car j'ai beaucoup de «réchauffements» dans ma vie. Si, à chaque fois, un peu plus de chaleur artistique et intellectuelle a surgi, la conjoncture actuelle me semble bien différente. Mais, comme aimait à le répéter Claude Jutra, un cinéma qui n'est pas en crise n'est pas un cinéma vivant…

    par Yves Lever, le 2012-08-09 à 07h51.

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